Pékin contre Washington : une guerre technologique

L’hégémonie technologique est l’enjeu majeur de la guerre commerciale de ce 21ème siècle. Deux acteurs sortent du lot : les États-Unis et la Chine. Par sa puissance, ses alliés économiques et l’avènement des GAFA, les États-Unis sont en avance.  Par la mise en place de son économie de « rattrapage » et notamment aux transferts de technologies, la Chine a considérablement compensé l’écart dont elle souffrait. Entre nouvelles salves de taxes douanières, poignées de mains et méfiance, il est difficile de caractériser la relation de ces deux « grands ». Cette guerre technologique risque bien de marquer les prochaines années voire les prochaines décennies.

Le président chinois Xi Jinping et le président américain Donald Trump.

L’affaire Huawei : Illustration de la crise commerciale et de la guerre technologique sino-américaine

Le 1er décembre 2018, une citoyenne chinoise est arrêtée par les autorités canadiennes à Vancouver, sur ordre des États-Unis. Cette citoyenne n’est pas n’importe laquelle. Directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou est aussi la fille du fondateur de l’entreprise. La cause annoncée : une accusation de violation de l’embargo posé par les américains contre l’Iran : un signal fort envoyé à Pékin. Difficile de s’en prendre à un personnage plus emblématique de la puissance chinoise. Un élément donc, qui ne facilitera pas les relations sino-américaines surtout lorsque l’on apprend que quelques heures auparavant, Donald Trump et le président chinois Xi Jinping se rencontraient lors du G20 à Buenos Aires.  Une rencontre à bilan positif, qui avait fait l’objet de négociations commerciales. Cette réunion mène à plusieurs résultats : 90 jours de trêve de conflits commerciaux, et ce, avant que Washington ne mette à exécution sa menace d’accroissement des droits de douane punitifs.

La croissance fulgurante de Huawei, simultanée à celle de la Chine, est redoutée par les américains. Les États-Unis ont l’année dernière, exclu Huawei de tout appel d’offre public et fait pression sur les opérateurs pour qu’ils cessent de commercialiser les smartphones chinois.

À l’avenir, le risque pour Huawei serait que les États-Unis interdisent aux entreprises américaines comme Intel ou Qualcomm de vendre les équipements électroniques dont le géant chinois est entièrement dépendant.

Le siège de Huawei à Shenzhen, en Chine.

Une rivalité technologique qui gagne de plus en plus d’ampleur

En février dernier, les agences de renseignement américaines avaient ouvertement déclaré la guerre aux technologies chinoises. FBI, CIA et NSA recommandent désormais aux dirigeants des entreprises et citoyens américains de proscrire l’utilisation des appareils chinois, en particulier les téléphones Huawei.

Au-delà de l’exemple d’Huawei, c’est tout le domaine technologique qui est concerné. Washington veut empêcher la Chine de rattraper les États-Unis dans ce secteur-clé d’avenir.

De son côté, la Chine a défini les secteurs technologiques comme prioritaires avec le programme « Made In China 2025 ». Les ambitions chinoises inquiètent alors de plus en plus l’Occident.

Un autre cas expose cette rivalité : Beidou, le système de navigation et de positionnement par satellite. La Chine a envoyé, à ce jour, 38 satellites dans l’espace. L’objectif est lancé, d’ici 2020, ces satellites couvriront l’intégralité de la surface de la terre.  Le GPS (Global Positioning System) américain pourra alors disparaître des smartphones et des véhicules chinois.

Ce qu’il faut retenir : peut-on faire des estimations quant au gagnant de cette bataille ?

À première vue, les entreprises chinoises semblent plus vulnérables et sensibles à d’éventuelles nouvelles sanctions douanières de la part des États-Unis. Les champions américains de la technologie auraient, eux, moins à perdre. « Alibaba est fort en Chine, car Amazon y est restreint. Tencent est dominateur sur son marché domestique – via ses réseaux sociaux et les jeux – car Facebook est banni. Baidu domine l’internet chinois, car Google n’existe pas en Chine » déclare Julien Leegenhoek, analyste des actions technologiques à l’Union Bancaire Privée, dans un article du site d’information « Le Temps ». Le combat semble ainsi devoir donner l’avantage aux États-Unis, qui ont notamment davantage le pouvoir d’influencer leurs partenaires anglais, australiens et néo- zélandais dans le boycott des produits chinois. À l’heure actuelle, les tensions sont loin d’être apaisées et les deux géants se livrent bataille pour l’innovation « à l’origine de la prochaine révolution technologique » pour laquelle la Chine a pris de l’avance : la 5G.

La 5G présentée par Ren Zhengfei, président d’Huawei.

Anne PENDUFF


Sources :

 

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