L’Europe joue la carte de la sécurité économique en nommant un procureur commercial

Alors que l’Europe commence à peine à sortir d’une période inédite de son histoire, mettant en avant sa dépendance envers d’autres continents pour se fournir en matériels médicaux, elle décide de mieux protéger ses intérêts stratégiques. La Commission européenne veut défendre son « autonomie stratégique », en nommant un procureur commercial chargé de contrôler les investissements étrangers sur son sol. Le but est d’empêcher les entreprises étrangères subventionnées par leur État, d’investir dans des entreprises stratégiques européennes afin de contrôler le marché et créer une concurrence déloyale.

 

La défense commerciale de l’Europe face aux gros groupes américains et chinois.

 

Alors que le mardi 16 juin les autorités européennes de la concurrence ont annoncé avoir ouvert plusieurs enquêtes à l’encontre de possibles pratiques anticoncurrentielles du groupe américain Apple, la vice-présidente de la Commission européenne en charge de la concurrence, Margrethe Vestager, s’exprimait face aux Commissions européennes des deux parlements français. Elle a affirmé que l’Europe devait « utiliser tous les instruments à sa disposition pour lutter contre les pratiques déloyales ». L’Union européenne doit donc repenser sa politique commerciale, mais aussi renforcer ses contrôles sur les investissements étrangers dans les entreprises européennes. La Commission européenne s’engage donc dans une refonte de sa politique commerciale après une accentuation de l’unilatéralisme américain et chinois mettant de plus en plus en péril l’économie européenne.

 

Quelques chiffres :

 

Selon une étude de l’agence de presse Thomson Reuters, sur les six premiers mois de l’année 2017, 62,4 milliards de dollars d’investissements chinois sont comptabilisés en Europe alors qu’en 2015, il y avait seulement 27,7 milliards de dollars d’investissement sur l’ensemble du continent. Des investissements stratégiques avec par exemple le rachat de l’industriel italien Pirelli par China Chemical Corporation, ou l’achat de 67% du port du Pirée par Cosco. Un phénomène qui touche aussi la France qui séduit de plus en plus les investisseurs étrangers comme les États-Unis, le Canada, le Japon ou encore la Chine…

 

 

 

 

Une stratégie de sécurité économique de l’Union européenne pour mieux contrôler son marché.

 

Pour Margrethe Vestager, la vice-présidente de la Commission européenne « l’Europe est une économie ouverte et étroitement interconnectée au reste du monde. Pour que cela reste une force, nous devons être vigilants » alors que la crise sanitaire du COVID19 se transforme en une crise économique qui va toucher l’ensemble de l’industrie européenne. Il ne faut pas que cette crise se transforme en une opportunité d’investissement pour les entreprises étrangères subventionnées par leurs États, et désireuses de profiter de la fragilité de nombreux acteurs européens. L’Union européenne décide donc de durcir les contrôles de ces investissements étrangers visant à la mise en place d’un filtrage des investissements étrangers dans les entreprises les plus stratégiques afin d’éviter la concurrence déloyale.

 

Cette stratégie de sécurité économique vise à mieux protéger et promouvoir les intérêts stratégiques de l’Europe dans un monde où la dépendance est devenue la norme. Cette protection de son économie montre que l’Union européenne veut stopper la fuite et le rachat de ses entreprises, mais aussi assurer la protection de son périmètre de souveraineté.

 

Dans cet objectif, la Commission européenne a présenté ce 17 juin, un livre blanc qui veut définir « l’établissement de conditions de concurrence équitables », qui sera soumis à une consultation publique jusqu’au 23 septembre, et qui donnera lieu par la suite à une proposition de loi. Ce livre blanc fixe les conditions suivantes. Une entreprise étrangère à l’Union européenne qui souhaitera acquérir plus de 35% des parts d’une entreprise européenne dont le chiffre d’affaires est supérieur à 100 millions d’euros devra préalablement en informer la Commission européenne. Si la Commission s’aperçoit que l’entreprise étrangère a bénéficié d’une subvention de plus de 10 millions d’euros de son État, elle pourra infliger une amende ou décider de bloquer le rachat.

 

L’Europe se montre plus exigeante pour protéger son autonomie, mais veut rester ouverte.

 

Ce livre blanc pose des conditions qui peuvent paraitre contraignantes, mais la vice-présidente de la commission assure : « Il n’est pas question d’interdire de racheter une société européenne. L’Europe souhaite rester une terre ouverte aux investissements. Mais il faut vérifier qu’aucune entreprise européenne qui était en concurrence pour racheter la même entreprise n’a été lésée ». La Commission européenne veut donc favoriser l’achat d’entreprises européennes par des entreprises européennes, en fixant des conditions d’acquisition plus dures pour les entreprises étrangères. Le but de cette opération est donc de « se protéger des politiques déloyales, voire hostiles » pour préserver l’autonomie de l’Europe face à l’appétit des États-Unis et de la Chine.

 

En optant pour une stratégie de sécurité économique, la Commission européenne veut démontrer qu’elle ne veut pas être reléguée au second plan en se montrant plus exigeante, et favorisant l’échange entre Européens. Son objectif est de défendre son marché en veillant à ce que les pays étrangers à son sol n’essayent pas de mettre la main dessus : une stratégie de défense des intérêts stratégiques et économiques.

 

Julien Pejot

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