La Russie au coeur de la propagation de fake news autour du coronavirus

L’accusation revient à chaque mouvement social ou situation de crise : la Russie a une fois de plus été accusée de propager de fausses rumeurs afin d’exacerber les tensions entre les États-Unis et la Chine. Cette campagne de désinformation s’inscrit cette fois dans un contexte pandémique ; celui du coronavirus Covid-19 qui touche tous les continents, l’Amérique du Nord pouvant rapidement devenir le nouvel épicentre de l’épidémie.

L’Europe et les États-Unis à la charge

Dans un rapport de neuf pages daté du 16 Mars 2020, le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) avance que “les médias d’information russes et pro-Kremlin mènent une campagne de désinformation relative au Covid-19”. Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borell, a rappelé qu’en cette période de crise, “la désinformation, c’est jouer avec la vie des gens, la désinformation peut tuer”. Le budget attribué à la lutte contre les fake news a donc été augmenté et s’élève aujourd’hui à cinq millions d’euros. Quant aux États-Unis, le sous-secrétaire d’Etat chargé de l’Europe et de l’Eurasie, Philip Reeker, estime que “le but de la Russie est de semer la discorde et d’affaiblir de l’intérieur les institutions des États-Unis et leurs alliances, y compris au travers de campagnes souterraines et pernicieuses”.

 

Plus de cent cinquante fake news sur les réseaux sociaux

 

En effet, nombre de fake news ont été diffusées et relayées sur la toile et les réseaux sociaux. Le premier article faisant mention d’une intox au sujet du coronavirus est en date du 22 Janvier 2020 et est apparue sur le média d’état russe Sputnik News, supposant que le virus serait créé par l’OTAN. De nombreux articles ont suivi et avancent l’idée que le virus aurait été généré par les américains afin  de “faire la guerre économique à la Chine”, qu’il s’agirait d’une “arme biologique inventée par la CIA” ou encore une stratégie occidentale de “messages anti Chine”. De plus, certains tweets accusent Bill Gates, PDG de Microsoft, d’être lié à la création du virus.

 

Ce n’est donc pas la première fois que le Kremlin se retrouve accusé d’utiliser la désinformation comme stratégie de déstabilisation politique : guerre en Syrie, manifestations chiliennes ou encore la crise des Gilets Jaunes en France, sont autant de mouvements sociaux dans lesquels la désinformation et les fake news ont inondé les réseaux sociaux, jusqu’à parfois être relayés par des médias officiels.

 

La cellule de lutte contre les campagnes de désinformation étrangères américaine, le Global Engagement Center du département d’État, rapporte des messages quasi identiques à chaque crise, “typiques de la doctrine Russe de confrontation informationnelle” avec des milliers de comptes qui travaillent de concert, quotidiennement et avec des tons et phrases similaires.

 

Alors que l’activité de tels comptes concernant d’autres sujets n’excède en général pas trois jours, ceux-ci s’activent depuis maintenant plus d’un mois. Les responsables américains y voient là un signe de l’importance qu’accordent les Russes à cette affaire, dans le but d’utiliser le contexte informationnel pour semer la discorde entre la Chine et les États-Unis à moindre coût, et avec une efficacité redoutable, particulièrement en Asie et en Afrique.

 

Des accusations réfutées

 

Le Kremlin réfute ces accusations.

 

Le Kremlin se défend néanmoins de telles accusations, qu’il qualifie de “gratuites” et qu’il s’agit d’une « tentative immorale de masquer via des accusations infondées sa propre incapacité à lutter contre la pandémie » a déclaré Maria Zakharova, la porte-parole de la diplomatie russe. Elle poursuit en indiquant que « ce n’est pas la première fois que l’UE cherche à imputer à Moscou certains problèmes auxquels elle fait face« .

 

Pierre Chevalier-Ressencourt

Retrouvez notre article précédent sur les impacts économiques du Coronavirus Covid-19.

 

Sources :