Crise du secteur automobile en France : vers une relance « verte »

Cinquième producteur européen dans le secteur automobile, la France fait face, comme ses voisins, à une crise sans pareille. Ce secteur, représentant selon la Direction Générale des Entreprises (DGE), 4.000 entreprises industrielles, 400.000 salariés et générant 155 milliards d’euros de chiffre d’affaire, est touché de plein fouet par les conséquences du COVID-19. En France, on estime notamment que les ventes ont chuté de près de 90% le mois dernier.

 

 Un effondrement du marché

 

En mars dernier, le directeur général de l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA), Eric-Mark Huitema, déclarait : « Il s’agit de la pire crise qui ait jamais touché l’industrie automobile ».

 

En effet, après les mesures de confinement mises en place le 17 mars dernier afin de lutter contre la crise sanitaire du COVID-19, la fermeture des concessionnaires a créé une paralysie du secteur.  Ainsi, en Europe, on observe une baisse des ventes de 76.3% en avril selon le journal Les Echos, avec une crise plus prononcée en Italie (-97.6%), en Espagne (-96.5%) et en France (-88.8%).

 

Dans une étude publiée par l’INSEE l’an dernier, la France serait tributaire tant d’importation de véhicules que de pièces détachées, ce qui pourrait expliquer sa difficulté particulière à poursuivre son activité en cette période où les échanges commerciaux sont fortement perturbés.

 

Renault en difficulté

 

En février dernier, le groupe Renault (Renault, Dacia et Alpine) annonçait ses premières pertes nettes depuis la crise de 2009. La crise touchant le secteur automobile vient donc fragiliser le groupe déjà en difficulté.

 

Dû à un recul de ses ventes de 83.9% en avril dernier selon Auto Plus, ainsi qu’une baisse de ses livraisons de 79%, Renault fait face à un manque de liquidités. Le société souhaite donc mettre en place un plan de restructuration de 2 milliards d’euros sur 3 ans, et compte sur une aide de l’Europe.

 

Concernant ce plan de restructuration, quatre usines françaises sont en danger : le groupe pense fermer les sites de Flins, Dieppe, Choisy-le-Roi et La Fonderie de Bretagne, ce qui mettrait en péril 3.634 emplois.

 

Cependant, le gouvernement, qui n’a pas encore signé le prêt garanti par l’Etat (PGE) de 5 milliards d’euros approuvé par la Commission Européenne le 29 avril dernier, fait pression sur le groupe automobile français. Ainsi, le principal actionnaire de Renault (l’Etat détient 15% des actions du groupe) demande le maintien des différents sites français en l’échange de cette aide.

 

Le nouveau plan de restructuration devant être révélé le 29 mai prochain, nous en saurons plus concernant l’avenir de ces quatre usines de production française.

 

Plan de relance « verte »

 

 

 

Le gouvernement souhaiterait, selon Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances, « faire de cette crise et de la réponse à cette crise un levier pour décarboner notre économie ». Actuellement, les véhicules électriques et hybrides représenteraient 5% du marché neuf automobile selon l’argus. Ces voitures restent très minoritaires, mais sont en croissance constante : sur les huit premiers marchés européens du secteur (Allemagne, France, Royaume-Unis, Norvège, Pays-Bas, Suède, Italie et Espagne), leur vente a atteint en avril dernier un record de 13% des ventes totales d’automobiles. Dans ce contexte de crise du secteur, la demande pour les véhicules hybrides et électriques est donc en hausse, raison de plus pour que l’Etat soutienne cette voie.

 

Ce mardi 26 mai, Emmanuel Macron a ainsi pris la parole afin d’annoncer les différentes mesures du gouvernement, qui seront applicables dès le 1er juin. Ce plan de relance de 8 milliards d’euros comprendra tout d’abord des aides afin de relancer la demande :

 

  • L’instauration d’une prime pour l’achat d’un véhicule hybride à hauteur de 2.000 euros ;
  • L’augmentation de la prime d’achat pour un véhicule électrique : elle sera de 5.000 euros pour les entreprises (contre 3.000 euros actuellement) et passera de 6.000 à 7.000 euros pour les particuliers. De plus, le gouvernement s’engage à installer 100.000 bornes électriques pour 2021 ;
  • La prime à la conversion d’un vieux véhicule thermique, disponible sous condition de revenus, sera désormais accessible à ¾ des ménages, contre 50% actuellement. Concrètement, pour l’achat d’un véhicule neuf ou d’occasion moins polluant, la prime sera de 3.000 euros et pourra monter, dans le cas de l’achat d’un véhicule électrique, à 5.000 euros.

 

Cette dernière mesure est indispensable car, selon un article du Figaro « les voitures en stocks dans les usines et les concessions automobiles représentent une valeur de plus de 10 milliards d’euros », et « 96% de ces stocks sont constitués de modèles thermiques », ce qui signifie qu’un nombre important de modèles moins respectueux de l’environnement, tels que des véhicules Diesel, devront être écoulés. Cependant, il ne faut pas oublier que ces véhicules thermiques sont beaucoup moins polluants que les anciens modèles encore en circulation : l’achat de voitures Diesel neuves réduit donc malgré tout l’impact environnemental global du secteur.

 

 

Concernant le soutien des différentes entreprises du secteur, l’Etat prévoit 200 millions d’euros de subventions pour les équipementiers, 600 millions de fonds d’investissement afin de moderniser la filière et 150 millions en recherche et développement. L’objectif est ainsi de dynamiser le secteur automobile français, dans l’optique que la France devienne le premier producteur d’automobile électrique en Europe.

 

En échange de ces diverses aides venant relancer le secteur automobile, le gouvernement souhaite un maintien des sites de production français, et une relocalisation de certains sites au sein de l’Hexagone.

 

 

Clara Devaux

 

Sources :

 

AUCUN COMMENTAIRES

Désolé, les commentaires ne sont plus admis pour le moment.