Covid-19 : la liberté des français à l’épreuve du « contact tracing »

Lors de sa dernière allocution, lundi 13 avril, Emmanuel Macron annonçait la prolongation du confinement jusqu’au 11 mai 2020. Son discours a mis en lumière les différentes mesures prises pour lutter contre l’épidémie. Parmi celles-ci, la mise en place d’une application de contact tracing : Stopcovid. Toutefois, sécurité des données personnelles et sécurité sanitaire semblent incompatibles, au regard des français, qui se divisent sur le sujet.  

 

Une application sur le postulat du volontariat et de l’anonymisation des données

 

L’ordre du jour est à la sécurité des français, pour le gouvernement qui continue de mener la « guerre » au Covid-19. Ces dernières semaines, pour enrayer la propagation du virus, l’utilisation des données personnelles est souvent intervenue dans le discours des spécialistes. L’intérêt est de surveiller les déplacements individuels par l’intermédiaire des portables, pour contrôler la circulation du virus. 

 

 

 

 

Les premières interrogations débutent le 24 mars 2020, lorsque le gouvernement français déclarait la création du Comité analyse, recherche et expertise (CARE). Un comité auquel le gouvernement a demandé de réfléchir à « l’opportunité de la mise en place d’une stratégie numérique d’identification des personnes ayant été au contact de personnes infectées ». Deux semaines plus tard, le 13 avril 2020, le président confiait aux français : « (…) plusieurs innovations font l’objet de travaux, avec certains de nos partenaireseuropéens, comme une application numérique dédiée, qui sur la base duvolontariat et de l’anonymat permettra de savoir si oui ou non l’on s’esttrouvé en contact avec une personne contaminée ».

 

Désignée StopCovid, l’application se base sur le contact tracing,ou traçage des contacts. Elle constatera les interactions entre les individus volontaires à l’installation du dispositif. Leurs portables échangeront des données lorsqu’ils se réuniront dans une même zone, par l’intermédiaire du Bluetooth. Ainsi, toute personne intégrant la zone d’une autre testée positive au Covid-19, recevra une notification l’en informant.

 

Les pays européens travaillent en coopération pour veiller à ce que ces données soient anonymes. Selon la CNIL, le contact tracing est conforme au RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) et à la loi informatique et libertés. La durée de conservation des données doit, toutefois, être limitée et l’installation de cette application doit partir du volontariat.

 

Vers une société de surveillance ? 

 

 

Il s’agit d’une alternative qui fait fit au backtracking, utilisé en Corée et en Chine. Plus intrusif, le backtrackingsurveille l’historique de géolocalisation des individus. Au contraire, le contact tracingne requiert pas de données de géolocalisation. Dans l’ensemble des régions du monde, des dispositifs similaires sont progressivement imaginés. En Russie et en Chine, la reconnaissance faciale a été consentie pour épier les habitants ne respectant pas le confinement qui leur a été imposé. En Israël, l’État récolte, sans autorisation préalable de la justice, les données de géolocalisation des citoyens. Chaque individu déclaré positif au Covid-19 voit son chemin retracé, pour identifier et confiner toute personne l’ayant côtoyé les 14 derniers jours. Des moyens qui semblent faire passer la surveillance et la sécurité sanitaire au premier plan, au détriment de la liberté individuelle et le respect de la vie privée. 

 

En France, Orange a permis au gouvernement, dans le respect de la confidentialité, « d’estimer les mobilités par zone pour vérifier l’effectivité des mesures de confinement »,« d’évaluer la discipline collective, et d’adapter en conséquence, à l’échelon national ou local, les mesures prises »et « d’adapter en temps réel le système de soin ».C’est désormais au tour d’Apple et Google de venir en aide aux autorités. Ils ont annoncé travailler ensemble pour proposer une solution dans le déploiement d’applications de tracking. Dans la mesure où nos données sont constamment collectées par ces entreprises, devons-nous craindre ces collaborations ? 

 

L’opinion publique française divisée

 

Source : La Quadrature du net

 

A quel prix installer Stopcovid ? Qu’en sera-t-il de ces données, post épidémie ? La liberté individuelle est-elle menacée ? Selon un sondage Ifop publié le 12 avril, pour la Fondation Jean-Jaurès, 46% des français seraient pour l’installation d’une telle application et 45% contre. Des chiffres qui témoignent de la division des français sur le sujet. Pour l’ancienne ministre de la justice, Christiane Taubira« en Europe, ces inquiétudes sont peut-être encore plus fortes qu’ailleurs, compte tenu de l’histoire récente de l’Europe sur la façon de stocker des informations, d’identifier des individus et de prendre le risque qu’un mauvais usage » en soit fait.

 

D’un côté, les partisans de l’application évoquent l’importance de ménager l’intérêt individuel au profit de l’intérêt collectif, en téléchargeant celle-ci. La priorité est pour eux la santé des français. 

 

De l’autre côté, les opposants de l’application énoncent ses limites et ses effets néfastes. D’après ces derniers, il faudrait que l’ensemble de la population, ou presque, soit en possession d’un smartphone. Or, 77% des français en sont équipés et seulement 44% des personnes de plus de 70 ans, les plus vulnérables. Les enfants, premiers impliqués par la levée du confinement, ne seront paradoxalement pas concernés par cette application. De plus, l’application aurait tendance à générer de la discrimination envers les contaminés, dont les identités pourraient être facilement dévoilées. Enfin, ils évoquent l’importance de diffuser amplement les tests pour s’assurer des effets bénéfiques de l’application. Des tests qui ne peuvent porter que sur une minorité de la population, à ce jour.

 

Ainsi, le flou persiste. Dans quelle mesure spatio-temporelle le Bluetooth opérera ? Comment agira-t-elle dans des lieux densément peuplés ? Ne risque-t-elle pas de créer un faux sentiment de sécurité ? Les prochains jours devraient apporter plus de précisions sur les modalités et, rassurer ou au contraire, inquiéter davantage les français. 

 

Maud Le Teuff

 

Sources :

 

 

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