Etats-Unis VS Iran : vers une nouvelle guerre économique historique ?

L’accord de Vienne,qui cadre le programme nucléaire iranien, finalisé le 14 juillet 2015, est aujourd’hui menacé. Il avait été mis en place en échange de la levée des sanctions économiques instaurées contre l’Iran.

Le 8 mai 2018, Donald Trump, 45ème président des Etats-Unis,  déclare que les Etats-Unis d’Amérique vont se retirer de l’accord nucléaire négocié et signé entre l’Iran et les plus grandes nations du monde.

L’accord de Vienne en quelques points

L’accord de non-prolifération nucléaire en Iran se base sur quatre grands points :

  • La réduction du nombre de centrifugeuses d’uranium dans le pays ;
  • La limitation de l’enrichissement de l’uranium ;
  • La limitation de la création de plutonium ;
  • L’accès pour les inspecteurs de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) aux centrales iraniennes

L’ensemble des premiers ministres des pays prenant part à l’Accord de Vienne.

Si l’Iran respecte ces quatre principes, il bénéficie en échange de la levée des sanctions qui lui sont incombées. De ce fait, l’économie iranienne a pu se relancer. Le pays a recommencé à exporter des matières premières (notamment du pétrole et du gaz) d’une part et les investissements étrangers qui s’effectuent en Iran ainsi que les partenariats commerciaux se sont développés d’autre part.

Les conséquences du retrait des Etats-Unis

Depuis le 9 mai 2018, date du retrait des Etats-Unis, l’Iran ne profite plus de ces avantages économiques confiés par le pays aux 50 états. La décision de retrait de Donald Trump entraîne les sanctions suivantes : le blocage des transactions financières entre les deux nations ou encore de celui des importations de matières premières. Matières premières dont l’exportation avait été relancée depuis 3 ans environ par l’Iran. Certains secteurs d’activité sont plus ciblés que d’autres. Les Etats-Unis ont choisi de pénaliser les achats de l’Iran dans les domaines de l’automobile ou encore dans l’aviation commerciale. Les exportations de pétrole et de gaz vont être prochainement touchées elles aussi.

De plus, les sanctions additionnées au fort taux de chômage, à l’inflation élevée et à la baisse de près de deux tiers du rial (monnaie iranienne) risquent de plonger l’économie iranienne dans un chaos difficile à combattre.

Par ailleurs, tous les contrats conclus entre des entreprises américaines et iraniennes ont été sanctionnés. Il faut ajouter à cela la pratique d’extraterritorialité du droit américain. Ainsi, toutes les entreprises étrangères ayant des filières aux Etats-Unis, réalisant des transactions en dollars ou travaillant avec des fournisseurs d’accès internet américains seront également réprimées. Il est alors imaginable qu’un nombre faramineux de contrats soient touchés, ce qui entraînera de fortes tensions. Des tensions qui ne semblent pas déranger le gouvernement américain puisque John Bolton, conseiller à la sécurité nationale, a affirmé que le but des sanctions est de « mettre le plus de pression économique possible sur l’Iran et leur dénier l’accès aux revenus qu’ils auraient eus ». Hassan Rohani, président de la République Islamique d’Iran, a d’ailleurs réagi à ces propos et face à l’attitude des Etats-Unis en dénonçant l’institution d’une guerre psychologique. Il accuse Washington DC de vouloir séparer les iraniens les uns des autres.

D’autres conséquences peuvent voir le jour après la décision du gouvernement Trump. D’un point de vue politique, les politiciens iraniens qui souhaitent négocier avec les Etats-Unis se retrouvent sans issues, ce qui donne l’opportunité à des régimes plus durs et dangereux d’arriver au pouvoir.

Donald Trump pendant sa campagne, certifiait que s’il était élu président, les Etats-Unis se retireraient de l’Accord de Vienne.

Cependant, un brin de lumière pourrait éclairer la situation de l’Iran. Le président Trump serait prêt à discuter avec les autres membres de l’accord pour trouver une « solution beaucoup plus large » aux futurs problèmes iraniens. Mais, pour le président de la République Islamique, négocier avec Donald Trump serait pris comme un affront envers le peuple, puisque l’Iran fait partie des pays ayant une idéologie anti-américaine.

Quelle réaction de la part de la France et de l’Europe ?

L’hexagone s’oppose aux Etats-Unis et se place en position d’allié à l’Iran. C’est le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, qui blâme la maison blanche en expliquant qu’« il n’est pas acceptable  que les États-Unis se placent en gendarme économique de la planète ».

Jean-Yves Le Drian, ancien ministre de la Défense et aujourd’hui ministre des Affaires Étrangères, expose le point de vue de la nation française en soutenant que l’accord « n’est pas mort ». Plus largement, il soutient que la France et l’Europe sont toujours en contact pour le maintenir. Le ministre va également réunir l’ensemble des entreprises françaises qui sont en affaires avec l’Iran afin d’éviter de subir le droit d’extraterritorialité imposé par les Etats-Unis.

Le président français Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel et la première ministre anglaise Theresa May ont d’ailleurs rencontré Hassan Rohani dans le but de trouver un ou plusieurs moyens pour sauver l’accord.

L’Allemagne contre également les américains en se ralliant à l’Europe alors que les Etats-Unis lui demandent de stopper ses activités car elle est l’un des principaux partenaires commerciaux de l’Iran. Ce pays subit alors le pouvoir d’extraterritorialité puisque l’ambassadeur américain à Berlin, Richard Greenell, estime que « les entreprises allemandes faisant des affaires en Iran doivent cesser leurs opérations immédiatement ». Le constructeur automobile allemand Daimler a montré l’exemple en cessant toute activité dans le pays.

Ce qu’il faut retenir

Le retrait de l’accord de Vienne des Etats-Unis gouvernés par Donald Trump provoque de véritables tensions avec l’Iran mais également avec l’Europe et d’autres pays du Moyen-Orient. Ceux-ci réagissent de manière vive en s’alliant avec l’Iran pour contrer les Etats-Unis et leur président, jugés trop virulents.

Cette affaire met en avant de multiples menaces : une guerre économique et financière est en possible développement entre trois continents. Une guerre psychologique pèse sur les populations et se construit entre les deux pays principalement concernés. Enfin, une guerre géopolitique, regroupant tous ces aspects, est peut-être en train de se former puisque l’Iran détient des ressources rares et importantes pour le fonctionnement des pays développés.

Carole EVANNO


Sources :

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