Etats-Unis – Union européenne : Après une querelle de plus de 20 ans, la guerre des taxes fait rage

Le vendredi 18 novembre à 00H01 heure de Washington (04H01 GMT), les droits de douane supplémentaires sur un éventail de marchandises des pays de l’Union européenne, imposés par les Etats-Unis, sont entrés en vigueur, en représailles d’un litige entre les géants de l’aéronautique : Airbus et Boeing. Cependant, quand certains commercent en jurant par les taxes, d’autres font preuve de perspicacité.

L’Union européenne et les Etats-Unis : je t’aime… moi non plus.

Les nouveaux droits de douane imposés par l’administration Trump ont été acceptés par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), dans le cadre d’une vieille querelle entre Airbus et Boeing. En effet, dans les années 90 et après une bataille juridique entre Washington et l’Europe, au sujet d’aides allouées à leur constructeur respectif, les deux parties décident un accord de cessez-le-feu en 1992. Cependant, l’européen Airbus surpasse son concurrent en 2003 dans le secteur de l’aviation civile, ce qui déplaît fortement aux Etats-Unis qui décident de se retirer de l’accord en 2004, et porte plainte auprès de l’OMC pour dénoncer les subventions illégales versées au constructeur européen par le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et l’Espagne. Même si un an plus tard, l’UE accuse aussi Boeing d’avoir obtenu 19,1 milliards de dollars de subventions illégales, c’est le mercredi 2 octobre 2019 que l’OMC intervient et donne l’opportunité aux Etats-Unis de mettre en place leurs représailles, après des années d’une bataille sans fin.

Une bataille juridique entre les Etats-Unis et l’Union européenne depuis plus de 20 ans.

Une bataille juridique entre les Etats-Unis et l’Union européenne depuis plus de 20 ans.

« L’Union européenne est prête à riposter »

C’est donc le 18 octobre 2019 que les premiers droits de douane supplémentaires sont entrés en vigueur, d’une valeur de 7,5 milliards de dollars (6,8 milliards d’euros), imposés à un éventail de marchandises, industrielles et agricoles (taxées à hauteur de 25%), et sur les avions d’Airbus (taxées à hauteur de 10%), en provenance des pays de l’UE, quand ils sont importés outre-Atlantique. Aujourd’hui, les européens craignent également que l’administration Trump impose courant novembre des droits de douane plus élevés sur les voitures européennes, ce qui affecterait notamment l’Allemagne et son secteur automobile.

Cependant, l’UE n’est pas en reste, car elle sera probablement elle aussi autorisée par l’OMC l’année prochaine à sanctionner les Etats-Unis avec de nouveaux droits de douane, pour avoir subventionné illégalement Boeing entre 1989 et 2006. Comme l’a prévenu Bruno Le Maire, ministre français des Finances, le 17 octobre 2019 à Washington lors d’une réunion du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque Mondiale, « L’UE est prête à riposter », alors qu’ils plaident depuis longtemps pour une discussion, plutôt que pour une guerre commerciale.

Le porte-parole de la Commission européenne, Daniel Rosario, précise que cette guerre commerciale peut avoir de lourdes conséquences sur les deux parties. En effet, ces tarifs douaniers toucheront les consommateurs et entreprises américaines, mais aussi et surtout les PME européennes.

L’administration Trump impose des droits de douane supplémentaires à l’EU d’une valeur de 7,5 milliards de dollars

Face aux taxes, un grand cubi !

Dans cette bataille entre les Etats-Unis et les pays de l’UE, les producteurs et consommateurs sont atteints. Ainsi, certains usent de stratagèmes et contournent les droits de douane, comme la Florida Caribbean Distillery, une distillerie en Floride qui importe du vin français. En effet, l’entreprise transporte le breuvage sur le territoire américain dans des poches géantes contenues dans des conteneurs de 6 à 12 mètres de long, le vin est ensuite mis en bouteille aux Etats-Unis dans leur usine. Ainsi, les taxes ne s’appliquent pas car elles ne concernent que les bouteilles de vin de moins de deux litres. Un heureux hasard pour la Florida Caribbean Distrillery, qui ne cherche pas à contourner les taxes, mais seulement à profiter de l’engouement pour le rosé français aux Etats-Unis. En bref, du commerce à la française.

Cependant, il est fort probable que d’autres entreprises essayeront d’exploiter des failles des nouveaux droits de douane pour s’assurer de leur compétitivité, ce qui peut créer un environnement assez dangereux pour l’activité économique.

Les vins français sont imposés à 25%, comme d’autres produits industriels et agricoles européens

Ce qu’il faut retenir 

A la suite de la bataille juridique entre Boeing et Airbus qui dure depuis les années 90, l’OMC autorise les Etats-Unis à taxer un éventail de produits importés depuis l’Union européenne. Face à cela, les pays de l’UE comptent bien riposter. Cependant, cette guerre économique peut être néfaste pour les consommateurs et producteurs des deux côtés de l’Atlantique, et notamment dans un contexte où les Etats-Unis de M. Trump, qui usent parfois d’une politique protectionniste, font déjà face à une autre grande puissance économique : la Chine. Face aux risques de pertes de compétitivité des entreprises et producteurs, ces dernières useront pour certaines de stratagèmes afin de contourner ces politiques, ce qui peut être problématique pour l’économie.

Jordan Piednoir


Sources :

AUCUN COMMENTAIRES

Désolé, les commentaires ne sont plus admis pour le moment.