L’influence de la fiction sur notre réalité

La fiction influence vraiment notre vision de la réalité ? Notre manière de consommer ? Que ce soit pour décrire une situation (émotionnelle ou physique), faire une référence ou adopter un style vestimentaire, la fiction imprègne nos sociétés.

L’influence de la fiction : exemple de films et séries

Il est reconnu que notre perception d’une œuvre d’art est influencée par notre vision de la réalité. Que ce soit grâce au contexte géopolitique, économique ou personnel, la compréhension d’une œuvre en sera différente. Prenons l’exemple du film “La nuit des Morts-vivants” de George A. Romero. Ce film est en réalité une violente critique de la société de consommation. De plus, la mort du héros noir engagera ce film dans la lutte contre le racisme, rappelant la mort de Martin Luther-King.

Mais l’inverse est-il aussi véridique et présent ?

On peut constater que notre sympathie pour un.e acteur.rice change en fonction du personnage campé, plus populaire ou plus récent. L’actrice de Game of Thrones, Lena Headey (Cersei Lannister) a reçu de nombreuses menaces de mort à cause de son rôle dans la série. Certains fans ne faisant plus la distinction entre l’actrice et son personnage. C’est également le cas d’Iwan Rheon (Ramsay Bolton) qui a perdu en popularité entre son rôle dans la série Misfit et Game of Thrones. Ainsi, notre affection pour un acteur varie (en partie) selon le rôle dans lequel nous le connaissons.

 

Lena Headay, actrice interprétant Cersei Lannister et Iwan Rheon, ancien interprète de Ramsay Bolton dans Game of Thrones. Source : Wikipédia.

Le cinéma influence également notre manière de consommer. Les placements de produits permettent notamment des actions marketing importantes. En 1989, Nike créé pour le film Retour vers le futur 2 la Nike Mag, une paire de chaussures qui se lacent toutes seules. En 2015, Nike revient sur ce placement de produit en commercialisant 89 Nike Mag, disponibles grâce à un système de loterie en Amérique du Nord. La nostalgie a également développé notre fascination pour le hoverboard.

Publicité de la marque Nike pour la paire de Nike Mag, introduite durant le film « Retour vers le futur 2 ». Source : Sneakers.

Le magazine universitaire The conversation développe donc l’axiome “Pas de fiction, pas de désir”. Pour le vérifier, la question de l’absence ou de l’omniprésence de certains métiers dans nos fictions préférées est posée. Les métiers manuels, d’ingénieurs en bâtiment ou de femmes dirigeantes sont sous-représentés dans la pop culture, ce qui ne permet pas aux étudiants et étudiantes de se projeter. Les métiers omniprésents à l’écran sont ceux du droits ou en rapport avec la loi (Damages, Suits, The Good Wife, …), de la médecine (Urgences, Grey’s anatomy), notamment les médecins légistes (Les Experts, NCIS, …) et des cadres en communication (Scandal, Mad men), en finance (Billions, House of lies, Scalp) et en informatique (Halt and catch fire, Silicon Valley, Mr. Robot).

Un des exemples les plus parlants est la popularisation du métier de médecin légiste avec la série “Les Experts” (CSI en version originale), à partir des années 2000. Cette série de quinze saisons et quelques 330 épisodes qui plus est complétée par trois séries dérivées. Les effets de ces séries sont une augmentation du succès des programmes médico-légaux à l’université, sur l’activité policière (qui recueille plus d’indices) et sur la charge de travail des laboratoires, qui ne sont malheureusement pas aussi luxueux qu’à l’écran.

La fiction qui s’impose en politique

Le dimanche 21 avril 2019, le comédien Volodymyr Zelensky a remporté les élections présidentielles en Ukraine avec une majorité écrasante de 73 % des voix. Sans programme et sans expérience politique, M. Zelensky est élu grâce à son rôle phare dans l’émission télévisée “Serviteur du Peuple”. Dans cette série, son personnage incarne un professeur d’histoire devenu par hasard président d’Ukraine. La popularité du personnage est due au fait qu’il ne soit pas un produit du système. Ce nouvel événement démontre l’influence de la fiction sur la réalité.

Volodymyr Zelensky, nouveau président ukrainien. Source : Wikimedia.

En outre-Atlantique, les acteurs aussi deviennent des personnages influents. C’est le cas d’Arnold Schwarzenegger, qui avant d’être élu au poste de gouverneur de Californie (en 2003 et 2006), a été bodybuilder, Mister Univers, homme d’affaires (dans l’immobilier) et bien entendu acteur de blockbusters américains.

Arnold Schwarzenegger, célèbre interprète du personnage Terminator et ancien gouverneur de la Californie. Source : Wikimedia.

Ronald Reagan a également eu une carrière dans le divertissement avant d’être nommé président des Etats-Unis en 1980. Le 40e président a été animateur radio puis acteur au cinéma et à la télévision. Knute Rockne, All American, Crimes sans châtiment et Bedtime for Bonzo font partie de ses films les plus connus.

Ronald Reagan, ancien acteur et président des Etats-Unis. Source : Wikipédia.

Donald Trump lui, est aujourd’hui connu comme un homme qui aime faire parler de lui, en bien comme en mal. Magnat de l’immobilier, il s’illustre sur le petit écran grâce à son émission The Apprentice, diffusée sur NBC. L’objectif est de faire passer une série d’entretiens d’embauche à plusieurs candidats pour n’en sélectionner qu’un seul. Le gagnant remporte un contrat d’un an dans une de ses sociétés avec un salaire de 250.000 dollars. L’émission est connue pour l’impitoyable réplique «You’re fired» («Vous êtes viré») lancée aux différents postulants de l’émission.

Donald Trump, 45ème président des Etats-Unis. Source : Wikipédia.

Tous ces hommes utilisent leur notoriété pour s’engager politiquement. Leur popularité auprès du public et leurs connaissances font qu’avec de la détermination, il est même possible d’atteindre la présidence.

Ce qu’il faut retenir

Que ce soit notre intérêt pour un acteur, un métier ou encore une marque, la fiction influence notre manière de penser. Les stéréotypes et les idées détournent notre façon de penser, de consommer et maintenant de voter. Enfin, la fiction reste un moyen d’expression influent pour critiquer nos sociétés. Ainsi, la fiction et la réalité s’influencent mutuellement.

Simon Brillaud


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