Electrification de l’automobile en France et en Europe, quand la législation presse le pas

Cela fait maintenant plusieurs années que le secteur des transports occupe une place de choix dans l’actualité. Celui-ci est responsable en Europe de 27% des émissions de gaz à effet de serre, l’automobile concentrant 44% de celles-ci. Les constructeurs ont d’ores et déjà amorcé leur grande transition écologique, qui va s’accélérer au cours des prochains mois sous l’impulsion de l’Europe.

Maximiser les profits des véhicules thermiques les plus polluants jusqu’à fin 2019

Chaque année, le projet loi finances est attendu fébrilement par le monde automobile. Effectivement, le projet de loi 2020  prévoit au premier janvier prochain un durcissement du malus écologique avec l’abaissement du seuil de 117g/km à 110g/km pour les véhicules neufs. A titre indicatif, la valeur moyenne d’émission d’un véhicule particulier neuf en 2018 est de 112g/km.

Si la hausse répercutée sur la première tranche du malus reste contenue, passant de 35 à 50 €, les montants des autres tranches s’envolent ensuite, atteignant plus de 12 500 € pour les véhicules émettant plus de 180g/km. Le barème commence donc sept grammes plus bas qu’en 2019 mais se termine également 18 grammes moins haut. Une voiture neuve sur deux serait touchée par le malus en 2020 contre 37% en 2019.

 

Pour prévenir cette hausse répercutée uniquement côté consommateur, certaines marques ont fait passer des informations à leur réseau de distribution, leur demandant de stopper la vente de véhicules propres jusqu’à la fin de l’année, à comprendre les véhicules électriques et hybrides rechargeables.

Transport & Environment (T&E), organisation européenne regroupant une cinquantaine d’ONG actives dans le domaine du transport et de l’environnement, avait des doutes sur ces pratiques et a ainsi fourni fin septembre une nouvelle preuve à cette thèse. T&E fait référence à une lettre publiée sur Twitter. Selon MovElCan, celle-ci proviendrait de Kia  et aurait été envoyée à l’ensemble du réseau de distribution en Espagne. Le constructeur automobile y demanderait aux concessionnaires de reporter au 1er novembre 2019 l’homologation des voitures électriques et des véhicules hybrides rechargeables. D’après cet écrit, les restrictions de vente seront levées à temps le 1er janvier 2020.

Pour l’organisation, cette lettre prouve que « les constructeurs automobiles ont retardé les ventes de voitures plus propres jusqu’à ce que les nouvelles normes de CO2 entrent en vigueur en 2020 ». Le but est aussi  de « maximiser les profits des SUV ». Les Sport utility vehicle sont effectivement les plus rentables pour les constructeurs mais également les pires élèves en termes d’émissions de CO2, d’où cette nécessité de les vendre avant 2020.

Toujours selon l’ONG T&E, si ces freins étaient levés côté constructeur, les ventes de véhicules électriques et hybrides-rechargeables pourraient atteindre le million d’unités sur l’année 2020.

2020, une année cruciale pour les constructeurs automobiles

Il est certain que l’année 2020 sera décisive pour les constructeurs automobiles européens qui souhaitent échapper aux lourdes amendes qui pourraient leur être infligées en 2021 concernant les émissions de CO2. Selon une étude réalisée courant juin 2019 par AlixPartners, cabinet de consultants en gestion spécialisés dans la résolution des défis d’affaires , l’amende due à Bruxelles pourrait se situer à près de 4,8 milliards d’euros pour les 13 constructeurs présents en Europe, à condition que la moyenne des émissions des véhicules vendus ne diminue pas en 2020.

Si ces prévisions s’avèrent exactes, le groupe Wolkswagen serait le plus pénalisé avec une amende s’élevant à 1,8 milliards d’euros suivi par FCA (Fiat Chrysler Automobiles) avec 746 millions d’euros. Le groupe français PSA devrait quant à lui s’acquitter de 665 millions d’euros tandis que l’alliance Renault-Nissan n’aurait que 28 millions d’euros à payer, fort de leurs bonnes ventes de véhicules électriques (Renault ZOE et Nissan LEAF).

Ces chiffres sont à relativiser car ils se basent sur les ventes de flottes en 2017. La proportion de véhicules électriques et hybrides rechargeables vendus devrait augmenter dès janvier 2020. Cela permettra dans un premier temps d’équilibrer puis de faire baisser la moyenne des émissions de CO2, l’objectif étant d’atteindre 95g/km en 2021.

Les constructeurs se disent confiants. Il est clair qu’aucun ne veut payer une amende aussi importante. Ils vont ainsi tout mettre en place à partir de janvier 2020 pour s’en tenir à l’objectif européen. La stratégie adoptée par les constructeurs passe par la diversification des offres comprenant désormais de l’électrique ou de l’hybride rechargeable à l’image de PSA, qui livrera ses premiers véhicules propres comme la Peugeot e-208 début février.

La marque au lion lance son offensive verte grâce à sa nouvelle citadine qui embarque une motorisation électrique, la Peugeot e-208. Source : Peugeot

Ce qu’il faut retenir 

Les constructeurs proposant déjà des véhicules propres privilégient jusqu’à fin 2019 la vente des véhicules les plus polluants sans malus pour le consommateur, ce qui ne sera plus le cas avec le changement du seuil d’émission pour le déclenchement du nouveau malus en 2020. Ils peuvent ainsi compter sur leurs ventes de véhicules propres en 2020 pour faire baisser leur moyenne d’émission de CO2et passer à travers les amendes record de Bruxelles début 2021.

Ils misent donc sur leurs ventes de véhicules propres en 2020 pour faire baisser leur moyenne d’émission de CO2et passer à travers les amendes record de Bruxelles début 2021.

Séverin Peccoud


Sources :

AUCUN COMMENTAIRES

Désolé, les commentaires ne sont plus admis pour le moment.