« France-Chine, les liaisons dangereuses »

Dans son livre (paru le 2 octobre 2019), le journaliste Antoine Izambard se préoccupe de la guerre secrète que mènent la Chine et la Bretagne. Espionnage, business, séduction … la région « intéresse au plus haut point » les espions chinois. Revenons sur les observations de l’auteur.

Temps gris pour les bretons

Pourquoi l’Empire du Milieu s’intéresse-t-il autant à la Bretagne ? Tout simplement car la région est un emplacement fort du dispositif militaire français. On y trouve le cœur de la dissuasion nucléaire française, l’Ile Longue et sa flotte de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, les écoles d’officiers de Saint-Cyr-Coëtquidan pour l’armée de terre et Lanvéoc pour la marine, mais aussi le pôle d’excellence cyber à Rennes et à Lorient, la DGA Maîtrise de l’information sans oublier les quelque 400 entreprises qui œuvrent pour l’industrie de la défense.

Les étudiants chinois l’ont bien compris, la Bretagne est la place où il faut être. Selon un rapport confidentiel du Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN), ils constitueraient « le deuxième effectif de nationalité étrangère au sein de l’Université de Bretagne Occidentale et de l’Ecole nationale supérieure de techniques avancées. » De manière générale, ce sont 30 000 étudiants chinois qui représentent potentiellement une menace pour notre territoire. Beaucoup sont implantés dans certaines écoles d’ingénieurs bretonnes, en lien avec le secteur militaire. Sur les trente doctorants d’une école française dont le nom n’a pas été cité, dix sont chinois et issus de l’Institut de technologie de Harbin, administré par une agence gouvernementale travaillant directement pour l’Armée chinoise. Ces étudiants sont autorisés à travailler et expérimenter des machines à un usage civil mais aussi et surtout, militaire.

Par-delà l’éducation, l’économie locale est une cible première. En 2016, la Chine et son leader de l’éducation en ligne, Weidong Cloud Education, ont pris le contrôle de Demos, pionnier de la formation continue en France. Ce leader possède l’école de commerce Brest Business School et propose des formations aux concours militaires, un accès pour Weidong à certaines bases d’informations stratégiques. C’est sans compter sur la présence d’un des seize instituts Confucius présents en France, qui visent à mieux appréhender la culture et la langue chinoises. Enfin, le pays peut toujours faire pression sur les membres de leur communauté, même si leur dernier séjour en Chine remonte. Comment les services de contre-espionnage peuvent-ils lutter ?

Site nucléaire de l’Ile Longue.

Militaires et ingénieurs ont la cote

Le même rapport du SGDSN nous montre un nombre anormalement élevé de mariages entre militaires, ingénieurs bretons et de jeunes étudiantes chinoises. « Le rapport s’inquiète des approches répétées de militaires par des étudiantes chinoises de l’Université de Bretagne occidentale à Brest », explique l’auteur lors d’une interview. Finalement, « c’est toute la communauté de la défense qui semble fortement sollicitée ». Ces étudiantes chinoises sont-elles liées, au plus important service de renseignement chinois, le Ministère de la sécurité d’Etat ?

Une précédente affaire avait révélé la présence d’un homme lié au Ministère de la sécurité d’Etat dans les locaux d’une start-up travaillant sur l’exploitation des ressources marines. Rappelons également différentes cyberattaques repérées par la communauté internationale en provenance de Chine ciblant Thales, Sanofi, Airbus, Dassault et Safran entre 2014 et 2018. Sur un classement dressé par la DGSI (Direction Générale de la Sécurité Intérieure), la Chine est le pays qui mène le plus de raids informatiques contre les entreprises françaises.

« L’entrisme » chinois

La Chine a lancé un vaste plan dans les secteurs de la technologie, de l’aéronautique, de la production électrique ou encore dans le secteur des produits médicaux.  Un seul but : devenir leader. Pour cela, elle investit dans les laboratoires français, qui se plaisent à recevoir de l’argent privé. Les financements des grandes écoles et des contrats de recherche sont eux aussi généreux. En contrepartie, la Chine se voit offrir le droit de propriété intellectuelle. Souvenez-vous du contrat entre l’Institut Mines-Telecom Atlantique et Huawei, ce dernier étant toujours sous surveillance par le comité de pilotage Cerbère dans les bureaux de Bercy.

Une fois les technologies acquises, les chinois s’empressent de conquérir les marchés, soutenus par les banques publiques chinoises. L’un des exemples les plus connus est celui de Huawei, qui a reçu 30 milliards de dollars entre 2005 et 2009 pour son développement à l’international. Les entreprises, françaises entre autres, peinent à faire face, et difficile pour l’Etat de s’opposer sous crainte de se voir interdire le marché chinois.

N’oublions pas que les services de renseignement tentent de nous alarmer suite à une récente tentative massive des services de renseignement chinois de corrompre presque 10 000 fonctionnaires et salariés français via le réseau professionnel LinkedIn. Cette technique permet à la Chine de collecter des informations stratégiques et de dérouler une stratégie amenant les personnes visées à donner de plus en plus d’informations.

« De la naïveté »

Les services de renseignement et hauts fonctionnaires français ont vent de cette problématique d’espionnage, mais le problème vient des politiques. Les chinois paraissent investir, mais il n’en est rien. Selon Antoine Izambar, « les investissements chinois en France ne sont pas convaincants, à peine 1.6 milliards d’euros. Parfois même cela tourne au fiasco ». On peut citer comme exemple, le rachat de l’aéroport de Toulouse, celui de l’entreprise Desseilles, produisant de la dentelle calaisienne ou l’usine de poudre de lait Synutra.

Selon l’auteur, la Chine s’accaparerait en douce les ressources, les routes maritimes et terrestres afin de développer sa marine militaire. Suite à un rachat, tout document de grande valeur peut être envoyé vers les usines chinoises. A ce sujet, Mediapart nous cite un papier publié en juin 2019 où il était évoqué l’envoi « d’une centaine de dessins » de l’entreprise Desseilles vers des usines chinoises.

« France-Chine Les Liaisons dangereuses » de Antoine Izambard – 2 octobre 2019

Ce qu’il faut retenir 

La Chine ne cache pas ses ambitions pour se développer dans les différents domaines qu’elle cible et tous les moyens sont bons pour y arriver. Malgré certaines solutions mises en place par l’Etat français, il est difficile de s’opposer à l’Empire du Milieu au risque de se voir interdire l’accès au marché chinois et à certaines ressources stratégiques. Comme indiqué par l’auteur, il reste une certaine « naïveté » de la part du monde politique face aux enjeux qui peuvent se jouer au travers du positionnement chinois. Nous conclurons donc sur les paroles de l’auteur : « nous ne nous méfions pas assez de la Chine ».

Valentin Sainz & Capucine Chicault


Sources :

1COMMENTAIRE
  • Plocher
    14 novembre 2019

    Un article très intéressant qui nous montre bien l’intérêt que peut avoir une nation étrangère sur un territoire stratégique.