Crise dans l’organisation des JO 2020 : le Président du comité olympique japonais mis en examen

LE NUMÉRO 1 DU COMITÉ OLYMPIQUE JAPONAIS, TSUNEKAZU TAKEDA, A ÉTÉ MIS EN EXAMEN POUR « CORRUPTION ACTIVE » DANS LA CAMPAGNE D’ATTRIBUTION DES JO 2020.

À 18 mois du lancement des JO 2020 à Tokyo le 24 juillet prochain, les juges d’instruction français, Renaud Van Ruymbeke et Stéphanie Tacheau, viennent de prononcer la mise en examen pour corruption active du président du Comité Olympique Japonais, Tsunekazu TAKEDA. Cette affaire met en lumière trois ans d’enquête.

Logo des Jeux Olympiques et Paralympiques de Tokyo 2020.

Une enquête qui perdure

En 2013, alors que la ville de Tokyo fait campagne face à Madrid et Istanbul pour les JO 2020, Tsunekazu Takeda est président du COJ (Comité Olympique Japonais) et membre du CIO (Comité International Olympique). Il aurait autorisé deux versements du comité de candidature de Tokyo d’un montant total de 2,3 millions de dollars (= 1,8 millions d’euros) sur le compte d’un cabinet de conseil inconnu : Black Tidings, sous le libellé « Tokyo 2020 Game Bild ».

Cette société basée à Singapour serait liée à Lamine Diack, membre influent du CIO à l’époque et ancien patron de la Fédération Internationale d’Athlétisme et à son fils, Papa Massata Diack.  Tous deux se trouvent au cœur de multiples enquêtes de corruption au sommet du sport mondial et de blanchiment d’argent aggravé. Black Tidings aurait donc servi d’intermédiaire pour le versement de pots-de-vin, afin d’obtenir des votes en faveur de Tokyo, de la part des membres du CIO lors de l’attribution des JO à une ville.

Lamine Diack, membre du CIO.

En 2017, Takeda avait déjà répondu aux questions des procureurs de Tokyo, à la demande de la justice française. Cependant, aucune suite crédible n’avait été donnée à cet interrogatoire, puisque l’avocat Yoshihisa Hayakawa qui a supervisé l’enquête, avait ensuite déclaré ne pas avoir pu accéder à toutes les personnalités nécessaires à la résolution de cette enquête comme les Diack.

Aujourd’hui, c’est la justice française qui reprend l’enquête et met en examen le numéro un des JO. La justice française paraît légitime dans cette affaire internationale : en effet, les fonds versés auraient été blanchis en France.

Un rapide démenti

L’ancien cavalier olympique a tenu une conférence de presse, le 15 janvier dernier, afin de démentir toute accusation. Au cours de cette courte conférence de sept minutes, il a essayé de dissiper tous soupçons. Tsunekazu TAKEDA a affirmé, comme il y a trois ans, que les paiements étaient légitimes et a refusé de répondre aux questions des journalistes.

Cette enquête concernant la campagne d’attribution des JO 2020 à Tokyo en septembre 2013, a été ouverte par le parquet national financier en mai 2016. Elle fait suite à des découvertes réalisées lors d’investigations internationales menées, à l’origine, contre un système de corruption mis en place au sein de l’IAAF (Association Internationale des Fédérations d’Athlétisme) qui aurait permis à des athlètes dopés, notamment russes, d’éviter ou de repousser les sanctions.

Ce qu’il faut retenir : Quels impacts sur les prochains JO d’été ?

Selon Masayuji Tamako, un journaliste japonais renommé, ces allégations ne devraient pas empêcher l’organisation et le bon déroulement des Jeux à Tokyo. En effet, les pertes économiques seraient trop importantes si la ville de Tokyo devait être destituée de son rôle d’hôte des prochains JO d’été.  Pour autant, ce scandale pourrait dégrader l’image des JO et faire perdre les différents postes de T. Takeda au sein des comités olympiques.

Loin d’être un cas isolé, la question de la corruption lors des campagnes d’attribution des Jeux est le reflet d’un constat important :  il n’est pas possible pour une ville candidate de se reposer sur son seul statut de « favori » pour tirer son épingle du jeu. Il est vrai, la supériorité technique d’un dossier n’est pas suffisante : la connaissance approfondie de l’institution décisionnaire (CIO) est nécessaire pour 1) instaurer un dialogue durable et permanent et 2) mener à bien des actions stratégiques, efficaces et légales, de lobbying et d’influence.

 

Marjorie HOUDUS


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