LES JEUX OLYMPIQUES : UNE GUERRE PAS COMME LES AUTRES

1945 – Les nations européennes sont abîmées et tachées de sang, à peine remises de deux guerres mondiales. George Orwell, écrivain et journaliste britannique écrit alors ces mots dans le journal Tibune : « Le sport est une guerre sans coups de feu». Violents sont les mots employés, mais la formulation est exacte. “Coup de canon”, “il est devenu une machine de guerre”, “elle attaque”, “Ils se serrent la main avant le combat”, “adversaire”… Le monde sportif regorge du champ lexical de la guerre. Le XXème siècle prouve que le sport possède une indéniable dimension géopolitique. De l’Antiquité à aujourd’hui : quand géopolitique rime avec Jeux Olympiques.

De l’antiquité à la seconde Guerre Mondiale

Déjà pendant l’Antiquité, cette dimension est présente. Une trêve chaque année est signée entre souverains au moment des Jeux. L’événement est donc synonyme de paix et de respect, le sport comme unique arme. C’est toujours le cas avec le baron de Coubertin. En 1896, avec ses Jeux Olympiques modernes, il souhaite souder les peuples, les rapprocher. Malgré cette noble cause, les JO se sont révélés être une nouvelle arène où les rivalités surgissent. Ainsi, les JO sont devenus rapidement un indicateur de l’état des relations internationales. Dès 1920, au lendemain de la Première Guerre mondiale, des sanctions politiques tombent. Les pays vaincus ne peuvent participer à cette édition. En 1936, les Jeux Olympiques d’été de Berlin sont utilisés comme un outil de propagande par Hitler. Premiers JO retransmis à la télévision, il s’agit d’une véritable vitrine pour le monde. Ces JO sont spécialement conçus pour montrer la supériorité du modèle nationaliste nazie. « Malheureusement » pour eux, l’Histoire veut que pendant cet événement, ce soit un athlète noir américain Jesse Owens qui brille de milles feux. Ses victoires aux 100m, 200m, 4x100m en longueur, visibles au monde et aux yeux d’Hitler, n’étaient pas prévues au programme.

Des tensions géopolitique palpable

Très vite, les sanctions et bientôt le boycott deviennent de véritables armes pour manifester un désaccord. C’est le cas des JO de Melbourne en 1956 où les tensions géopolitiques s’immiscent dans les stades. L’occupation franco-anglaise du canal de Suez provoque le boycott de l’Égypte, de l’Irak et du Liban. Pour l’Espagne, les Pays-Bas et la Suisse, c’est l’intervention soviétique violente en Hongrie qui ne passe pas. S’ajoute à ces nations la Chine, qui désapprouve la participation de Taïwan. Au total, sept pays boudent la participation aux JO. L’utilisation des boycotts se poursuit avec la guerre froide, les USA affrontant le Bloc Soviétique. Que ce soit à Los Angeles ou à Moscou, plus que le sport, la question est de démontrer laquelle des deux idéologies est la meilleure. Les tensions sont aussi présentes sur les pistes et en dehors : coups bas, insultes, et violences physiques entre athlètes sont visibles. Les JO de Munich en 1976 l’illustre terriblement, sur fond de conflit israélo-palestinien. Pendant la nuit, des membres de l’équipe d’Israël sont pris en otage par des membres de l’équipe palestinienne. Le bilan est terrible. 11 israéliens sont assassinés. Le sport néanmoins, comme le voulait Coubertin, peut apaiser les rancœurs. Ce fut le cas entre le Pakistan et l’Inde, nations rivales qui, par le biais de matchs de cricket, ont renoué un dialogue interrompu depuis des années. Les nations peuvent utiliser les JO comme vitrine d’une forme de réussite. On constate que les nations organisatrices des JO sont uniquement des nations dites « développées » et « riches », ou en voie de l’être. La France pour 2024 peut souhaiter atteindre de nouveau son statut de grande nation, que certains voient comme perdu. 

Le sport une démonstration de puissance

Les Émirats Arabes Unis, nation récente et souvent critiquée pour sa politique, font du sport une véritable stratégie d’influence en multipliant la réception de compétitions mondiales. Les JO ne font pas exception. Ils sont aujourd’hui en ligne de mire de Dubaï, et la concurrence ne risque pas de diminuer.

 

Véritable miroir de la mondialisation et de la géopolitique actuelle, les JO peuvent être perçus comme une bataille où les enjeux stratégiques des États s’entrechoquent. En les observant, on apprend beaucoup sur le monde dans lequel nous vivons, si l’on y prête un temps soit peu d’attention. 

 

Angèle Vallée

Sources :

Longhi Julien, Richard Arnaud, Duteil Carine (juillet 2021), « Dans la Charte olympique, de la politique entre les lignes » , The conversation. 

URL: https://theconversation.com/dans-la-charte-olympique-de-la-politique-entre-les-lignes-164960

 

Casagrande Victor (juillet 2021), « JO et politique, un très ancien flirt », Radio-télévision belge de la Communauté française. 

URL : https://www.rtbf.be/sport/jo/detail_jo-et-politique-un-tres-ancien-flirt?id=10807557

 

Boniface Pascal, 2012, « JO politiques sport et relations internationales » : Eyrolles. 

 

Larané André (juillet 2021), « 1896-2021 Des Jeux Olympiques très politiques », herodote.net

URL: https://www.herodote.net/Des_Jeux_Olympiques_tres_politiques-synthese-1747.php

 

Images :

Premiere photo – Frans Van Heerden – https://www.pexels.com/fr-fr/photo/figure-olympique-720456/

Seconde photo – AFP / Leemage – https://www.franceinter.fr/histoire/les-jeux-olympiques-de-berlin-en-1936-sport-et-propagande-politique