Martin Bouygues et Vincent Bolloré, résumé d’une guerre médiatique contemporaine

L’histoire commence en 1998. Vincent Bolloré, alors financier et à la tête du groupe éponyme, lorgne depuis quelques temps sur un groupe appartenant à un entrepreneur du nom de Martin Bouygues. À la suite d’un raid financier inamical, Bolloré acquiert 8,7 % du capital du géant du BTP, Bouygues. Ce dernier étendra également ses activités dans les domaines de la téléphonie et de la télévision puisqu’il est l’actionnaire majoritaire de TF1. Bolloré fait comprendre à Bouygues qu’il veut sa place et qu’il sera prêt à la prendre de manière agressive. La riposte du leader du BTP ne se fera pas attendre. Bouygues parviendra à contrer les actions de Bolloré et fera annuler le pacte de justice, notamment grâce à l’aide de François Pinault.

Martin et Vincent, des relations en commun

Bien que les deux hommes d’affaires se livrent à une guerre économique depuis deux décennies, il existe d’importants liens entre eux. Camarades de classe de CM1, il s’avère aussi que le neveu de Martin Bouygues n’est autre que le mari de la fille de Vincent Bolloré. D’ailleurs, Martin Bouygues refusera d’être présent lors de cette union, signe démontrant que la hache de guerre entre les deux hommes est bien loin d’être enterrée. Des liens familiaux, certes, mais une autre relation de haut rang lie les deux hommes : celle avec l’ancien Président Nicolas Sarkozy. En 1998, alors avocat, il conseille Bouygues dans sa façon de contrer l’OPA agressive de Bolloré. Martin Bouygues est également témoin au mariage de Nicolas et Cecilia, et parrain de leur fils Louis.

Martin Bouygues.

Concernant l’entrepreneur breton, même si le lien est moins évident, il n’empêche que la relation avec l’ancien président existe bel et bien. Gérard Longuet, ancien conseiller du Président Sarkozy est également l’ancien beau-frère de… Vincent Bolloré.

Vincent Bolloré.

Vers une guerre du divertissement

Aujourd’hui, Bouygues et Bolloré représentent deux importants groupes médiatiques : Bouygues possède (entre autres) les chaînes TF1 et TMC et Vivendi possède Canal +, C8, CNEWS, etc. Si TF1 est connue comme une chaîne très grand public avec une grande part de programmes adressée à « la ménagère de moins de 50 ans », Canal + est historiquement connue comme une chaîne aux programmes plus irrévérencieux, à l’image des Guignols ou encore du Burger Quiz, présenté par Alain Chabat au début des années 2000. Or, depuis que Vincent Bolloré est à la tête de la chaîne, un changement de ligne a été effectué : Les Guignols n’existent plus et le groupe met en avant des programmes comme « Touche pas à mon poste », destiné à un public large bien qu’assez jeune. Du côté du groupe Bouygues, c’est sur la chaîne TMC que le changement frappe le plus : autrefois chaîne secondaire classique, elle est aujourd’hui régulièrement leader d’audience sur la TNT. La raison ? Deux nouveaux programmes : depuis 2016, l’arrivée de Yann Barthès et son journal satirique « Quotidien », et le retour tonitruant d’Alain Chabat depuis 2018, avec son célèbre « Burger Quiz ».

Rien d’étonnant ? Pourtant, ces derniers étaient considérés comme des icônes du groupe Canal + depuis de nombreuses années. L’arrivée de Bolloré à la tête de la chaîne a donc bien bouleversé le paysage audiovisuel français. Résultat d’une rivalité entre les deux patrons ou simple changement de ligne ?

Yann Barthès dans son émission Quotidien, diffusée sur TMC.

En matière d’Intelligence Économique, il est envisageable de s’interroger sur les informations qui ont pu être transmises (leur type, leur contenu, etc.) entre les deux groupes pour susciter de tels changements.

Ce qu’il faut retenir

Entre conflits interpersonnels et guerre économique, il est facile d’imaginer la valeur de la moindre information pour l’un ou l’autre des deux des plus grands patrons de presse français. Le sujet peut s’ouvrir aux guerres d’audience en général, et garder ainsi à l’esprit que les médias français entretiennent des relations concurrentielles sur tous les plans. Alors que les habitudes de consommation de la télévision sont en pleine mutation, comment les propriétaires des chaînes se préparent-ils à l’avenir du premier média de masse ? Quelle est la place d’internet dans leurs stratégies ?

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Fanny ALEXANDRE


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