Quand la biométrie rencontre le Big Data

Aujourd’hui, la question du Big Data est centrale dans le développement de nombreuses entreprises et plus précisément de leurs modèles économiques. Cette gestion de grosses quantités de données a permis de proposer des services liés à l’exploitation de ces données de manière toujours plus efficace. Pour exemple, nous pouvons prendre le cas de Facebook, le célèbre réseau social américain qui ne cesse de collecter toujours plus de données afin d’alimenter son modèle économique de par le ciblage de ses utilisateurs. Ce ciblage est réalisé grâce au traitement de ces mégadonnées collectées et lui permet de proposer des offres, de plus en plus ciblées et précises, aux publicitaires qui cherchent à toucher un public particulier sur ce réseau social.

Cet exemple de collecte de données personnelles, qui relèvent de notre identité sur les réseaux sociaux au travers de nos goûts, nos valeurs ou bien nos idées, s’est vue également transposée au domaine sécuritaire. L’Etat français a obtenu, en fin d’année 2016, l’accord de la CNIL pour constituer des fichiers TES (Titres Electroniques Sécurisés »). Cette gigantesque base de données a pour objectif de référencer 60 millions d’individus français au travers de leur identité, leur taille, leur état civil, la couleur de leurs yeux mais également leurs empreintes digitales et l’image numérisée de leur visage. L’utilisation de la biométrie pour identifier et contrôler un individu nous permet d’ores et déjà de mettre en avant l’aspect stratégique des données biométriques et prouve l’intérêt de les collecter en masse. Au-delà des problèmes éthiques qui peuvent alimenter le sujet, les données biométriques se présentent depuis plusieurs années comme les données stratégiques de demain.

Toutefois, les données privées des individus doivent être protégées du fait de leur caractère « personnel ». L’une des principales inquiétudes est de voir cette base de données piratée et réutilisée à des fins complètements autres que celles initialement prévues. Parmi les utilisations que l’on pourrait en faire, nous pouvons par exemple évoquer l’avantage compétitif que représente une telle base de données pour une entreprise voulant évoluer dans le domaine de la biométrie. L’utilisation à des fins commerciales, [car c’est ce dont il est question ici] de ce type de base de données serait alors un atout de taille pour quiconque en bénéficierait. Pour l’heure, il est bien sur hors de question d’utiliser des bases de données créées de cette façon par un Etat, à des fins commerciales. Les entreprises ont donc dû trouver des méthodes pour collecter des données biométriques par elles-mêmes afin de constituer leurs propres bases de données.

Les nouveaux modèles basés sur la biométrie à grande échelle

Assez récemment, nous avons pu constater l’émergence de nouveaux acteurs dans le domaine biométrique. Le géant américain Apple propose depuis quelques années un nouveau service qui fait écho aux détecteurs d’empreintes digitales sur ordinateurs, le TouchID. A l’aide d’une légère pression sur le bouton « Home », la marque à la pomme nous propose de déverrouiller notre smartphone ou tablette grâce à notre empreinte digitale. Ce système, qui a pour argument commercial de faciliter et optimiser l’utilisation de nos smartphones, permet également à Apple de constituer une base de données à l’échelle mondiale d’empreintes digitales de ses consommateurs. Libre à chacun d’imaginer comment la plus grosse entreprise du monde peut utiliser et tirer parti de ces immenses bases de données…

Un autre exemple probant de l’intérêt des données biométriques : L’application Findface. Cette application qui fonctionne en lien avec le réseau social russe Vkontakte, permet d’effectuer une recherche sur un individu grâce à un système de reconnaissance faciale. « FindFace vous permet de trouver une personne et les informations sur elle, ainsi que de la contacter via le réseau social. Il suffit de télécharger sa photo prise à l’aide de votre portable. L’application identifie l’individu en 0,3 seconde à partir d’une base de données de 250 millions de personnes avec une précision de plus de 70 % ». Cette application qui semble tout droit sortie d’un film de science-fiction est sûrement l’un des meilleurs exemples actuels en termes d’intérêt et d’utilisation de base de données biométriques.

Sécurité biométrique ou biométrie sécurisée ?

Cette utilisation industrialisée des bases de données biométriques se prête bien entendu à des controverses. Alors que nous évoquions l’impossibilité pour une entreprise de bénéficier de telles bases de données constituées par un Etat, en est-il de même pour celles qui sont constituées par les entreprises et qui pourraient servir à l’intérêt d’une organisation étatique ? Alors que les produits ou services d’identification et d’authentification biométrique nous sont présentés comme le prochain stade de la sécurité, toute la question est de savoir à qui bénéficiera cette sécurité qui nous est vendue.

Antoine Beaufils

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