L’Intelligence Territoriale au service de l’Economie Sociale et Solidaire

En cette fin de novembre se termine la 9ème édition du Mois de l’Economie Sociale et Solidaire. Chaque année, partout en France, s’organise cette vitrine des initiatives et acteurs de ce modèle économique encore mal appréhendé. Cell’IE s’engage aujourd’hui à définir ce nouveau paradigme et relèvera notamment les concepts d’intelligence économique qui s’y appliquent. Explications avec Angèle Zinssner, chargée de communication à la Chambre Régionale de l’Economie Sociale et Solidaire Poitou-Charentes et ancienne étudiante du Master Intelligence Economique de l’IAE de Poitiers.

L’Economie sociale et solidaire, qu’est-ce que c’est ?

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En 2016, l’ESS en France représente 10,3% de l’emploi salarié, soit 2,32 millions de salariés. A une échelle inférieure, la région Nouvelle Aquitaine se place en 3ème position des nouvelles régions françaises en volume d’emploi dans l’ESS avec plus de 215 000 salariés soit 11,7% de l’emploi total. Cette économie peut en effet concerner de nombreux secteurs d’activité mais aussi une grande partie des citoyens. Ainsi, un garage solidaire, une plateforme de financement participatif, une régie de quartier, ou encore une association de revalorisation des déchets peuvent être des exemples de cette économie hétéroclite.

Le Portail de l’Economie et des Finances désigne cette branche de l’économie comme « un ensemble d’entreprises organisées sous forme de coopératives, mutuelles, associations, ou fondations, dont le fonctionnement interne et les activités sont fondés sur un principe de solidarité et d’utilité sociale. ».  C’est pourquoi, ces organisations sont à la recherche d’une économie aux critères de performance qui diffèrent de l’économique ou du financier.

Angèle Zinssner s’explique : « L’économie sociale et solidaire, selon moi, c’est avant tout des femmes et des hommes, des acteurs soucieux de l’impact qu’ont leurs actions sur les territoires. C’est eux qui font vivre cette économie, sociale et solidaire, qui peut se définir comme étant une façon d’entreprendre différemment. […] Différemment car elle place l’humain au cœur de l’économie, les principes de solidarité et de responsabilité guident la mise en place des actions, dans une démarche de développement durable.»

L’une des différences entre les entreprises de l’ESS et les entreprises classiques réside dans le fait que la lucrativité y est nulle ou limitée. C’est-à-dire que les excédents dégagés ne servent pas à enrichir une personne ou un groupe de personnes, mais sont réinvestis dans le projet social et sociétal de l’entreprise. Ils sont réinjectés pour leurs développements, par exemple, par l’achat de matériel ou encore par l’augmentation de la masse salariale.

A la recherche d’une intelligence territoriale ?

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Le Rapport Martre définit l’Intelligence Economique comme une aide à la décision des entreprises à partir d’une meilleure compréhension et maîtrise de leur environnement. Mais les objectifs, comme faire face à la concurrence et améliorer la productivité, s’appliquent aussi aux territoires. Ce sont ces mêmes territoires qui intègrent les entreprises et leur dimension économique.

Pour beaucoup d’auteurs, l’intelligence territoriale est un projet commun. H.Bozzano reprend cette idée et propose en  2008 l’équation suivante :

Intelligence Territoriale = Compréhension du Territoire + Participation des Acteurs du Territoire pour le Développement Durable du Territoire.


L’Economie Sociale et Solidaire découle évidemment de la compréhension du territoire : ses besoins, ses acteurs, ses ressources.  Car le but principal de cette économie n’est pas le seul partage des bénéfices, mais bien la réalisation d’une activité qui soit au service de l’utilité sociale. L’ancrage territorial est donc l’un des fondamentaux de cette économie car la dynamique de son développement passe par la valorisation des ressources locales. Ces ressources permettent de répondre à des besoins qui s’inscrivent dans un développement local durable.

 

Diagnostic territorial 2016 sur le territoire de la communauté d’agglomération de La Rochelle – Observatoire Régional de l’Economie Sociale et Solidaire.

Selon l’interviewée, diplômée de Master Intelligence Economique et Communication Stratégique : « Les diagnostics territoriaux dédiés à l’ESS permettent de mettre en lumière l’économie sociale et solidaire sur un territoire. D’avoir une vision à un instant T du poids que cette économie représente, en termes d’emplois, d’établissements employeurs et d’en connaitre les acteurs. Les diagnostics, notamment lorsqu’ils sont co-construits avec des collectivités, comme les communautés d’agglomération, ont pour objectifs d’identifier les principaux enjeux de consolidation et de développement de l’ESS à l’échelle de l’agglomération afin d’affiner une stratégie de soutien à l’ESS. »

En France, il existe au sein des Chambres Régionales de l’ESS, un réseau des observatoires régionaux (ORESS) qui s’assure des fonctions d’étude, de veille, d’aide à la décision et de prospective. On retrouve dans leurs travaux des principes propres à l’intelligence économique. Faire le lien entre ces deux domaines pourrait ainsi nous amener à résumer les objectifs des ORESS sous la forme suivante :

  • Capacité à gérer l’information: Les ORESS définissent et mettent en évidence les besoins des acteurs et les enjeux pour le développement de l’ESS sur chaque territoire. Ils observent également le dynamisme des entreprises de l’ESS en matière de création d’établissement et d’emploi à l’aide d’indicateurs spécifiques.
  • Protéger son patrimoine immatériel : L’un des objectifs principaux des Chambres Régionales de l’ESS est notamment la protection de l’image de ce secteur et la mise en lumière des initiatives sur le territoire local.
  • Influencer son environnement : Les données pertinentes récoltées doivent permettre d’alimenter la réflexion et d’orienter les choix stratégiques des entreprises et organisations de l’ESS, ainsi que ceux de l’action publique en faveur d’un développement économique et social.

Une gouvernance démocratique : source d’intelligence collective ?

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Les entreprises de l’ESS ont un mode de gouvernance démocratique. Cependant, la mise en place d’un projet éthique et dont la gouvernance est participative selon le principe : un homme = une voix, n’éloignent pas les entreprises d’objectifs économiques.
La chargée de communication de la CRESS Poitou-Charentes  justifie cela : « Placer l’humain au centre de l’économie fait partie des valeurs fondatrices de l’ESS. […] Cependant les entreprises de l’ESS sont, comme les entreprises dites classiques, confrontées à la concurrence, et se doivent d’être compétitives. Être une entreprise ESS ne dispense en aucun cas de se doter d’une stratégie de développement, de communication, car pour pouvoir vivre les entreprises doivent être elles aussi rentables. »

Ce mode de gouvernance collectif apparaît donc comme propice aux différents moments d’échange. Les diverses réunions pour prendre des décisions, discuter de l’avancée du projet ou encore les événements organisées pour faire se rencontrer les entrepreneurs sociaux, semblent favoriser les échanges de pratiques et l’enrichissement au contact des uns et des autres.

En effet, l’écoute, la création du lien social et le sens de l’intérêt général sont des valeurs qu’on pourrait relier à cette économie. Or, ces mêmes valeurs sont par essence favorables au développement d’une culture d’intelligence collective.

Pourtant Nathalie Dupuis-Hepner, membre des Company Doctors, réseau de consultants en entreprise, nuance cette idée dans son article « Acteurs de l’ESS : ne soyez pas le cordonnier mal chaussé de l’intelligence collective ». Elle insiste sur l’importance d’une démarche structurée par la mise en place des méthodes de travail et de l’interaction entre les services, sans lesquels il est difficile qu’éclose une intelligence collective réellement efficace. Selon cette professionnelle, les entreprises de l’ESS doivent encore travailler à intégrer cette notion pour devenir de réelles organisations apprenantes. Elle rappelle alors que le Knowledge Management est une fonction qui peut contribuer à faire fructifier un patrimoine commun de connaissances, au service de l’utilité sociale. Son incorporation dans l’entreprise relève de la volonté de favoriser l’échange, le travail collaboratif et la transversalité au-delà des structures traditionnelles.  De ce fait, le Knowledge Management aurait par conséquence un fort potentiel d’enrichissement mutuel et de progrès collectif. Ainsi, les entreprises de l’ESS auraient tout intérêt à l’appliquer au sein de leurs organisations.


Pour toutes ces raisons, l’économie sociale et solidaire s’avère peu éloignée des logiques d’intelligence économique, qui, d’une certaine manière selon Angèle Zinsser, se retrouvent dans le quotidien de chacun. « Nous pouvons tous être amener à vérifier ses sources, ou encore faire une veille de l’actualité dans notre quotidien. ». Ainsi, l’intelligence économique et plus particulièrement territoriale si elle est mise en place avec l’objectif de répondre à l’intérêt commun et sociétale, et semble être l’un des outils de référence pour le développement et la consolidation de cette économie : sociale et solidaire.

Laura Fontaine


Source :

http://www.lemois-ess.org/media/client/gridfichier/dossierdepresse-2.pdf

http://cres-poitoucharentes.fr/images/pdf/WEB_DiagnosticAggloLaRochelle2016.pdf

http://cres-poitoucharentes.fr/images/pdf/WEB_DiagnosticAggloLaRochelle2016.pdf

http://www.portesessonne.fr/var/pe/storage/images/media/images/principesdeless/144913-1-fre-FR/principesdeless_large.jpg

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