[1/2] Interview de Jean Baptiste Mac Luckie – Perspectives d’évolution des médias sociaux

Jean Baptiste Mac Luckie est jeune diplômé du Master Intelligence Economique de l’IAE de Poitiers. Il est spécialiste en social média listening et intervient à l’IAE pour dispenser des cours de communication numérique.  Nous avons interrogé cet ancien de Cell’IE afin qu’il nous apporte son éclairage quant aux perspectives d’évolution du web social.

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Pouvez-vous nous parler de l’utilisation du contenu visuel au sein des médias sociaux ? 

L’utilisation de contenu visuel gagne de plus en plus d’importance que ce soit les images, les vidéos courtes ou longues, ou même les gifs. Ainsi récemment Twitter a intégré un moteur de recherche de gifs qui permet aux utilisateurs d’accéder et d’intégrer des gifs dans les posts très facilement. Cet essor s’explique simplement par le fait que le contenu visuel est un des meilleurs moyens de capter l’attention des internautes.

Je ne sais pas comment va évoluer ce type de contenu dans les prochaines années mais je pense qu’il va gagner en normalité. On l’observe déjà, alimenter un post sur un média social par du contenu visuel c’est quelque chose qui devient de plus en plus commun. Mais en rendant les gifs plus facilement accessibles aux utilisateurs on peut se demander si ce type de contenu ne va pas se démoder au fil du temps au profit d’autres nouveautés.

Personnellement, je pense qu’il y’a d’autres logiques qui vont rentrer en jeux et notamment le développement du lien émotionnel avec le contenu. La mise en place par Facebook des « Facebook reactions » est un exemple emblématique qui illustre parfaitement ce phénomène. En effet, ces 6 types de « réactions » permettent à l’utilisateur de mieux qualifier son engagement au contenu. Plusieurs chercheurs s’intéressent à la question. C’est le cas de Jonah Berger professeur de marketing à l’université de Wharton aux Etats Unis. Ce dernier a démontré que plus un contenu est émotionnel et plus il suscite des réactions émotionnelles sur son audience. Ainsi plus le contenu sera engageant plus il captera l’attention des récepteurs. D’autres chercheurs français comme Camille Alloing, enseignant chercheur à l’IAE de Poitiers nomment ce concept « capitalisme émotionnel ». L’idée principale est que les plateformes vont travailler de plus en plus à la dimension émotionnelle du contenu qui va être publié en leur sein.

Facebook reactions

Les facebook reactions

Au-delà du contenu visuel qui est finalement quelque chose d’assez ordinaire, il va être intéressant de travailler plutôt sur la notion de contenu émotionnel. Celle-ci va permettre de capter davantage d’attention. En effet une photographie publiée sur Instagram, Tumblr ou Pinterest fonctionne bien non pas parce que c’est une image mais surtout parce qu’elle provoque de l’émotion chez les récepteurs. Cette notion est centrale. C’est un concept sur lequel les développeurs de logiciels travaillent beaucoup en ce moment. Par exemple, l’entreprise Ditto Labs, un acteur majeur du secteur est pionnier et leader de la reconnaissance d’image sur le web social. Plus concrètement, ce laboratoire fournit ses algorithmes de reconnaissance d’images à des solutions à de social media listening comme Radarly ou Brandwatch.

Comment pensez-vous que les outils de social media vont se développer pour mieux capter l’information ? (Les images, les vidéos, les éléments sonores …)

Il y a plusieurs points. Tout d’abord, les outils de monitoring et plus principalement de social monitoring sont de plus en plus équipés pour de la captation visuelle que ce soit image ou vidéo. Les outils tels que Radarly, Synthesio ou encore Brandwatch arrivent désormais à identifier quand un message contient une vidéo ou une image.

Le second point porte sur la reconnaissance d’images. De nombreuses entreprises spécialisées travaillent sur ce volet car les enjeux sont très importants. Cependant pour le moment la marge d’erreur de ce type d’algorithme est conséquente. La fiabilité de ces outils est pour le moment très partielle mais il ne fait nul doute que ces solutions vont progresser.

Enfin il y’a un troisième point à mi-chemin entre la dimension émotionnelle et la reconnaissance d’image. C’est la captation et l’exploitation par les plateformes des emojis qui sont de plus en plus utilisés et qui deviennent un langage à part entière. Ces derniers restent avant tout des morceaux de codes informatiques et sont donc assez faciles à capter. Cependant peu d’outils les exploitent de manière assez fine et assez intéressante. Certaines entreprises telles que Zignalabs ont lancé des traqueurs d’emojis qui permettent de visualiser un sujet donné en partant de plateformes comme Twitter ou Instagram. La particularité de cet outil est de fournir un nuage d’emojis qui permet de visualiser les emojis les plus associés à une thématique.

Mapping emojis

Les emojis associés au candidat à l’élection américaine Ted Cruz

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Retrouvez la deuxième partie de l’interview de Jean Baptiste Mac Luckie en cliquant sur ce lien. Au programme cartographie et influenceurs marketing.

Propos recueillis et mis en forme par Valentin Gervit.