La matérialisation de l’action d’influence : un atout supplémentaire d’efficacité

L’influence est partout dans nos sociétés

L’influence a pour but d’orienter l’environnement en fonction de ses intérêts. Cela se trouve dans les rapports d’humain à humain, des entreprises ou des ONG aux politiques, de l’entreprise aux consommateurs, d’un ensemble de citoyens à un organisme …
Il faut pour cela mobiliser des ressources de différentes natures afin de « faire le poids ».

Celui que l’on cherche à influencer a plusieurs possibilités qu’il saisira en fonction de son propre contexte, de ses propres risques et de ses propres intérêts.

L’influence peut s’initier de différentes façons : le bad buzz comme celui de Greenpeace à l’encontre de Nestlé, les réseaux sociaux, la médiatisation, les manifestations, les pétitions, etc.

Les pétitions

Ecriture de pétitions

Passées du papier à l’immatériel grâce aux TIC(1) et Internet, les pétitions en ligne sont devenues légion, certainement avec des efficacités inégales. Il suffit de consulter le site de Change.org pour constater leur variété.

Les initiateurs de pétitions nuisent parfois dès le départ à l’efficacité globale de celles-ci. Certains multiplient parfois les pétitions pour un même sujet, d’autres encore ne mentionnent pas les sources qui permettent la vérification des informations à l’initiative de la pétition, réduisant implicitement sa légitimité.

Mais qu’adviendra-t-il d’une pétition sur Change.org lorsqu’elle sera close ? Son destinataire (chef de L’État, élu local, exécutif, société de transport, roi, etc.) aura une certaine latitude pour faire son choix : prendre en compte la requête, ou « laisser filer ».

Le destinataire le sait : nous sommes dans le siècle du zapping permanent où une pétition chasse l’autre dès l’instant suivant.

Car après tout, ces signatures ne sont que virtuelles. Tant qu’un autre élément ne vient pas créer de l’agitation, du buzz, et faire caisse de  résonance en s’emparant du contenu de la pétition ; le responsable à qui elle est adressée sera sans doute plus enclin à ignorer la demande après une réponse polie. Sauf si l’acceptation peut servir son image, en cas d’opportunisme notamment.

Pour résumer ce cas, tant que l’on ne passe pas du stade d’influence directe (pétition) à un relai d’influence (média et bad buzz), les chances d’aboutir sont réduites. L’immatériel ne se voit et ne se ressent pas.

Le courriel de protestation ou de revendication

Il en va de même pour d’autres modes de communication comme le courriel de revendication ou de protestation. Chacun, en coordination avec d’autres, peut en envoyer à une organisation particulière pour différentes raisons : optimisation fiscale abusive d’une multinationale, faits de harcèlement moral, décisions d’une collectivité locale,  etc. Là encore, le destinataire peut « mettre au rebut » les courriels revendicatifs ou protestataires qui lui sont adressés, sans autre forme de procès. L’action d’influence est limitée, sans aucun doute, du fait même de sa dématérialisation par les TIC.

Et si la matérialisation augmentait les chances de succès ?

Prenons l’exemple fictif d’un réseau social dont l’entité principale est à Dublin, en Irlande. Les hypothèses de travail de cet exemple sont que cette entreprise brouille les esprits à plus d’un titre :

  • Optimisation fiscale délibérée ;
  • Utilisation intensive des données personnelles qui lui sont confiées ;
  • Suspension intempestive des comptes d’utilisateurs sans avoir à se justifier.

N’y aurait-il pas un intérêt à passer du courriel (immatériel) au courrier postal (matériel) pour influencer le réseau social à aller vers de meilleures pratiques ?

Courrier matériel

Vous souhaitez manifester vos griefs à cette entreprise pour l’influencer afin qu’elle change de comportement. Lorsque vous vous adressez à elle par courriel ou via son site Internet, des bots(2) sont là pour répondre. Sourds à vos revendications, échanges à l’interactivité limitée, l’I.A.(3) des bots vous laisse sur votre faim. Vos demandes paraissent « invisibles » à cette entreprise et ses employés.

Rendons ces demandes matérielles !

Envoi de plusieurs courriers

Et pour que l’influence soit visible, il ne faudrait pas diluer. L’opération devrait rester coordonnée et concentrée sur une période courte de façon à saturer physiquement l’organisation que l’on vise.
Un peu comme une attaque par déni de service. Mais dans ce cas, ce ne serait pas logiciel, mais matériel.

Ainsi, il pourrait être décidé d’envoyer un courrier postal avec accusé de réception à ce réseau social pendant une période donnée. Les traces laissées par l’action d’influence se verraient où les lettres et les accusés de réception circuleraient :

Trajets des courriers

  • Dans les services postaux des pays où sont émis les courriers ;
  • Dans les aérogares où sont concentrés les envois à destination de l’Irlande ;
  • Dans l’aérogare où les plis vont arriver à destination de l’Irlande, pour Dublin ;
  • Dans les services postaux du pays de destination qui devront trier puis acheminer les lettres.

⇒ Organisation de la réception des envois en Irlande :

Réception des courriers

  • boite à lettres sous-dimensionnée pour la réception,
  • personnel du destinataire qui devra réceptionner tous les envois et émarger toutes les preuves de remise des plis,
  • personnel du destinataire qui devra renseigner et signer tous les accusés de réception,
  • ouverture de tous les plis,
  • lecture de tous les plis et traitement de toutes les demandes dont la preuve de réception aura été émise avec l’accusé de réception.

Le passage du virtuel au réel aurait pour effet d’encombrer massivement et physiquement le destinataire

La structuration de l’action d’influence demeure indispensable. On peut imaginer diverses combinaisons. L’utilisation du réseau social visé pourrait être une solution par la création d’un événement documenté. Pour faciliter la démarche et inciter les acteurs à consacrer un coût modique, des modèles de lettre pourraient être mis à disposition en fonction de quelques sujets de prédilection. Les rédacteurs de courrier n’auraient plus qu’à documenter leurs coordonnées avant d’effectuer leurs envois durant la période ciblée pour l’action d’influence.

Ce qu’il faut retenir

L’efficacité d’une action d’influence dépend du nombre de personnes y étant impliquées, des relais d’influence, et de sa visibilité. L’immatériel dilue la visibilité : des mégaoctets sont invisibles et financièrement indolores pour ceux que l’on veut influencer. Un passage au matériel, au physique, au réel, apporte sans doute un atout supplémentaire aux actions d’influence.

Dans l’exemple fictif utilisé, nul doute que si, comme pour la Marche pour le Climat, les ONG relayaient l’événement, la matérialisation de l’influence envers ce réseau social imaginaire pourrait prendre des proportions nettement plus palpables. La concentration de l’action de l’influence en un seul point géographiquement réduit (une boite à lettres, un hall d’entrée) peut avoir des effets plus significatifs.

Arno DELANCHY

Toute ressemblance avec des entreprises existantes ou ayant existé est totalement fortuite et involontaire. Les exemples pris sont fictifs et servent à alimenter l’étude et la réflexion.

(1) TIC : technologies de l’information et des communications
(2) Bots : robots de communication utilisés dans les relations via Internet (ex : chatbots des sites marchands)
(3) I.A. : intelligence artificielle


Sources :

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