L’influence des fonds souverains

Pour commencer, une définition précise : un fonds souverain est une quantité importante de placements financiers détenu par une Etat dans un but précis. Il est à distinguer des fonds de pension et autres placements associés à un risque élevé, ces fonds souverains traitent des investissements de long terme. Pour ces raisons, les personnes à leur tête choisissent leur investissement en conséquence, c’est à dire qu’ils n’attendent pas de rentabilité à 15% comme peuvent le demander les Hedge Funds ou les fonds de pension classiques. Chaque fonds Souverain est crée dans un but précis, et plusieurs objectifs existent : stabiliser ou dynamiser de nouveau une économie, anticiper des dépenses liées à d’éventuels vieillissement de la population, stabilisation monétaire ou encore exercer une influence en investissant des sommes conséquentes à l’étranger.

Une des particularités de ces fonds souverains est qu’ils suivent souvent les objectifs nationaux en fonction des priorités de chaque Etat : Ethique pour certain, rentabilité, choix politiques ou encore religieux pour d’autres.

 

Différents usages des fonds souverains
Il existe différents types de fonds souverains dans le monde, ils peuvent être créés grâce aux formidables ressources disponibles dans certains territoires comme le Qatar, la Russie et la Norvège l’ont fait en utilisant les revenus des hydrocarbures. D’autres pays ont, par le passé, développé des fonds grâce à leurs avantages commerciaux. La Chine en fait partie. L’empire du milieu possède plusieurs fonds souverains adaptés à différents niveaux de rentabilité. Elle a longtemps tiré profits de ses facilités commerciales vis a vis des autres pays. Doté d’une balance commerciale largement excédentaire — liée en partie au faible coût de production sur son territoire —elle a su bénéficier d’une monnaie avantageuse et d’investissements étrangers qui lui ont été bénéficiaires pendant une longue période.

La France, en 2008 s’est elle aussi dotée d’un fonds Souverain, le FSI, relativement conséquent. Composé de la Caisse des Dépôts et Consignation, sa principale ressource est basée sur l’économie des retraites et sur une fiscalité avantageuse. Ce fonds souverain français a investis dans des participations auprès des grandes entreprises françaises. L’objectif est de pouvoir soutenir les entreprises françaises sensibles qui pourraient être mises en danger. C’est donc un fonds souverain défensif, puisque les investissements ont été réalisés en majorité sur le territoire français.  Cependant ce n’est pas la France qui nous intéresse aujourd’hui, mais plutôt les fonds souverains étrangers, ceux qui investissent en France, et peuvent donc partiellement modifier notre économie.

Drapeau Norvégien

Drapeau Norvégien

L’exemple du fond souverain Norvégien
Notre attention se porte sur la Norvège, le plus gros fonds Souverain au Monde. Tirant une rente importante de ses ressources énergétiques, ce grand espace peuplé de seulement 5 millions d’habitants possède le fonds souverain le plus influent au monde, par sa taille mais aussi par les choix d’investissements qui sont réalisés en son sein.Dans notre pays, elle a investi de manière stratégique dans plusieurs mastodontes de l’économie. C’est même son troisième partenaire d’investissements souverains privilégié au monde. Doté d’un capital de 660 milliards de dollars, ce fonds a été créé afin de gérer les réserves de change réalisées dans le commerce des hydrocarbures.

Parmi ses cibles, on peut compter les principaux actifs du CAC 40. Ce GPFG, Général Pension Fund Global, possédait fin 2013 plus de 28 milliards de dollars dans divers multinationales. AXA, Carrefour, Danone  ou encore Veolia Environnement sont ainsi les proies de ces investissements norvégiens. Tous les secteurs à fort potentiels économiques sont donc en partie détenus par des fonds souverains, et tant mieux. C’est aussi cela qui permet à certaines entreprises de s’en sortir.

En conclusion
Les fonds souverains sont donc des leviers économiques mais aussi des boucliers contre les éventuelles attaques – physiques, diplomatiques ou commerciales —à l’encontre du pays et un moyen d’action de déstabilisation important. La situation était déjà connue pour le Qatar qui s’achète sa sécurité, mais la Norvège a un profil plus atypique, plus discret aussi. Ces systèmes d’influences peuvent conduire à se questionner sur la relative protection économique des puissances françaises. Les jeux d’équilibres sont toujours présents, et nous l’avons récemment vu avec Alstom que même les plus grands peuvent un jour chuter.

Cela est peu probable, mais admettons que la Norvège décide de changer de politique pour raisons inexpliquées et retire subitement l’ensemble de ses actifs sur le marché français. C’est dans de tel scénario que l’on se rend compte de la puissance relative de ces empires financiers, qu’ils soient partiellement publics ou privé. Un CAC 40 avec une perte subite équivalente à 28 milliards de dollars serait fortement altéré.

Rien de plus simple pour déstabiliser un pays, que de lever, ne serait-ce qu’un léger souffle de panique sur les marchés. Le système fait le reste et l’économie en est fortement impactée. Les systèmes d’influence sont donc à la fois des moyens d’attaque et de défense dans des proportions économiques, diplomatiques et humaines.

Quentin LIOT

 

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