L’Arctique, un espace prometteur soumis à la concurrence internationale

Été 2007, un drapeau russe est planté à plus de 4 000 mètres de profondeur (aquatique) dans l’Arctique, signe d’une souveraineté revendiquée par le plus grand pays au monde. Cette action suscita dès lors, un nouvel intérêt pour cette zone polaire, jusqu’ici négligée depuis la Seconde Guerre mondiale. Ce désir de conquête nordique s’intensifie également au moment de la parution, en 2008, d’un article dans le United States Geological Survey qui divulguait le pourcentage de ressources énergétiques « non découvertes mais techniquement exploitables » de ce lieu unique, soit 22%.

Aujourd’hui, la place de l’Arctique dans les relations internationales ne cesse de grandir, à l’instar des intérêts économiques et des enjeux sécuritaires.

Lieu de toutes les convoitises

Passage stratégique

Les grandes puissances mondiales cultivent depuis plusieurs années un combat d’envergure pour se positionner en tant que leader politique et économique au Pôle Nord. En effet, la fonte des glaces causée par le réchauffement climatique a ouvert de nouvelles voies de navigation. D’un point de vue économique, cette transformation géographique est un atout pour le commerce international, car elle permet de réduire les temps de trajets maritimes. Tout porte donc à croire que les enjeux stratégiques y sont plus que développés. Par exemple, pour relier Londres à Tokyo par le passage Nord-Ouest, il faut effectuer 15 930 kilomètres contre 21 200 par le canal de Suez. Par conséquent, choisir de passer par l’Arctique induit la diminution d’un trajet d’au moins 10 jours de navigation. Ce gain de temps est finalement un gain d’argent.

Concernant le passage Nord-Est, il est utilisé essentiellement par la Russie disposant d’une logistique considérable : quarante navires brise-glaces, dont 6 à propulsion nucléaire. Elle possède également de nombreux ports en eaux profondes, qui permettent d’assurer la sécurité des navires près des côtes sibériennes.

Quant au passage Nord-Ouest, il est convoité par les pays d’Amérique du Nord, soit le Canada et les États-Unis. Le premier le considère comme partie intégrante de ses eaux intérieures alors que le second le qualifie de détroit international fonctionnel pour la libre circulation des navires commerciaux.

Tous les avantages offerts désormais par l’Arctique ne font qu’alimenter un climat de tensions face aux instabilités géopolitiques de la zone.

Le passage Nord-Ouest en rouge et Nord-Est en orange et pointillés. Source : commons.wikimedia.org

Ressources inestimées

Le changement de climat, dû à la pollution atmosphérique, provoque le recul des glaces au Pôle Nord. Par conséquent, l’accès aux richesses jusqu’alors inaccessibles, est à présent simplifié. Cela permet l’exploitation de ces dernières et donc le développement de l’offshore.

Les passages maritimes nouvellement dessinés, laissent présager l’émergence de potentiels conflits, provoqués par ces réserves souterraines récemment découvertes.

L’une des ressources les plus convoitées en Arctique est le pétrole, qui représenterait 13% du stock mondial selon l’agence gouvernementale américaine de recherche géologique. Le pourcentage de gaz naturel liquide s’élèverait lui à 20%. En effet, les quantités de gaz et de minerais sont importantes dans cette zone polaire. La Russie est le pays qui investit le plus dans l’exploitation des gisements sur les terres arctiques, notamment par le biais des sites de forage offshore. Il semblerait par ailleurs que les minerais permettant de créer de nombreux appareils électroniques soient les plus visés.

De même, les ressources halieutiques nordiques sont abondantes et donc soumises à un encadrement. Des accords internationaux ont été établis par les pays riverains et par les grands pays de la pêche (Japon, Corée, Islande). La fonte des glaces rendrait possible la pêche commerciale dans les eaux de l’Arctique. Les eaux devenues de plus en plus chaudes participeraient à la migration de certaines espèces, ce qui révèle l’importance des intérêts portés à l’égard de ce bassin.

Les enjeux sécuritaires au cœur de tensions intercontinentales

Le Conseil de l’Arctique fut créé en 1996. Les membres de cette organisation intergouvernementale sont les États riverains, tels que les États-Unis, la Russie, la Norvège, le Danemark, le Canada et les États contenant une partie de leur territoire au-delà du cercle polaire : l’Islande, la Finlande et la Suède. Ces nations se réunissent pour discuter autour de problématiques communes et ont pour but de s’entendre sur la gestion de l’Arctique et de ses eaux, en promouvant le développement durable et la protection de l’environnement.

Certains pays comme l’Allemagne, le Japon, la Pologne, le Royaume Uni, l’Inde ou encore la France, ont un droit d’observation (et non de parole), pour se tenir au courant des décisions prises. Ce conseil se prononce également sur les enjeux sécuritaires liés à cette zone arctique.

Pendant la Seconde Guerre mondiale et jusqu’à la Guerre froide, les eaux arctiques servaient de passages stratégiques pour les sous-marins américains et russes et des bases militaires y faisaient surface. Il est donc évident que le pouvoir militaire en Arctique est indiscutablement présent, d’un point de vue géographique, car c’est un lieu situé à mi-chemin entre la Russie, l’Amérique du nord et l’Asie. Cet espace est aussi à réguler, à cause de potentielles attaques terroristes ou d’activités illicites qui pourraient y surgir.

Marines en patrouille pendant l’exercice Arctic Edge 2018 (Exercice qui prépare et teste la capacité des forces militaires à opérer de manière tactique dans les conditions de froid extrême rencontrées dans les environnements arctiques).

Source : flickr.com

Aujourd’hui, les États côtiers prennent encore plus en considération les enjeux sécuritaires, notamment en voyant l’intérêt que portent de nouveaux acteurs à la découverte de ce territoire. C’est pour cela que le Canada, membre du Conseil de l’Arctique, souhaite accroître ses forces militaires sur cette terre maritime, afin d’affirmer une certaine souveraineté. Il s’oppose fermement à la possibilité d’une internationalisation, ne souhaitant pas que l’Union Européenne s’immisce dans la gestion de la zone arctique. Celle-ci a tout de même obtenu son statut d’organisation “observatrice” au Conseil de l’Arctique en 2013.

Enfin, les États-Unis et le Canada veillent sur les pays asiatiques, au vu des récentes déclarations nord-coréennes au sujet de leur pression nucléaire et balistique. Force est de constater que toutes les nations concernées par ces enjeux sécuritaires et militaires, n’en sont pas moins touchées par le défi écologique. Elles ont intérêt à maintenir une stabilité environnementale et à entretenir une coopération amicale pour l’exploitation des ressources. Des conflits gouvernementaux ne sont donc pas encore d’actualité.

Ce qu’il faut retenir

L’émission de CO2 dans le monde entier entraîne un dérèglement climatique inévitable. D’un point de vue strictement stratégique, ce réchauffement atmosphérique mondial facilite l’accès à des passages commerciaux jusqu’ici peu navigables. L’Arctique est également un endroit qui regorge de trésors, sous forme de ressources pétrolières, minières ou encore halieutiques.

Ainsi, cette zone arctique est sous contrôle militaire pour gérer d’éventuels conflits pouvant être provoqués par ces nouvelles routes maritimes, les forages excessifs ou l’abus de souveraineté émis par les pays riverains.

Eva Marquez


Sources :

 

 

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