Piraterie maritime moderne : lutte, conséquences et enjeux

La piraterie maritime moderne ne ressemble en rien à l’image de chasseur de trésors fabuleux que des romans ou autres films comme L’île au trésor ou Pirates de caraïbes peuvent raconter. Aujourd’hui, la piraterie a une toute autre ampleur ; certains parlent même de terrorisme maritime.

Où sont les pirates et quels sont leurs modes d’action ?

Où sont les pirates ?

Aujourd’hui, les actes de piraterie ne sont en aucun cas des actions isolées faites de manière irréfléchie. Les pirates adoptent bien des stratégies, se positionnent dans des endroits qui présentent des ressources importantes. Ils ont des objectifs bien précis. Vous pourrez le voir sur cette carte qui montre non seulement l’ensemble des différentes menaces pirates recensées dans le monde par le Bureau Maritime International (BMI) en 2016  mais aussi les zones géographiques dans lesquelles ils se trouvent.

Source: https://www.icc-ccs.org/index.php/piracy-reporting-centre/live-piracy-map/piracy-map-2016

Nous pouvons voir que les menaces pirates sont surtout concentrées dans l’hémisphère sud et dans trois zones bien définies : le Nord de l’Amérique Latine, le Continent africain et en Indonésie. En tout, ce sont plus de 121 actes de piraterie qui ont été recensés par le Bureau International Maritime (BMI) de janvier à octobre 2017. Les actions les plus courantes seraient des attaques à bord et des prises d’otages.

Bien qu’il y ait eu moins d’attaques en 2017 qu’en 2016, il est inquiétant que ces actes soient de plus en plus concentrés sur des zones stratégiques comme le Golfe de Guinée (Afrique) et l’Indonésie. De plus, le capitaine Pottengal Mukundan, directeur du BMI précise que « le nombre d’attaques dans le Golfe de Guinée pourrait être encore plus élevé que nos chiffres, car de nombreux incidents ne sont toujours pas signalés.»

Alors, pourquoi le Golfe de Guinée et l’Indonésie sont-ils particulièrement ciblés ?

  • Le Golfe de Guinée est proche d’une zone pétrolière. Il regroupe près de 10% des réserves mondiales de pétrole. De plus, cette zone serait particulièrement polluée par l’extraction pétrolière. Le pays redistribuerait mal les richesses acquises via le pétrole et par conséquent la population a cherché son propre moyen de subvenir à ses besoins : la piraterie.

  • L’Indonésie comporte la nouvelle « route de la soie », qui relie les pays asiatiques à l’Europe. Nous pouvons aussi ajouter que, selon la revue stratégique de défense et de sécurité, « l’Océan Indien voit transiter 25% du trafic mondial et 75% des exportations de l’Union Européenne ». Dans cet océan se trouve également le Detroit de Malacca, un des passages clés pour le commerce international et régional. Il est très utilisé par la Chine, deuxième partenaire commercial de l’Union Européenne.

Maintenant que nous connaissons les repères pirates, nous allons voir quels sont leurs modes d’action.

Les modes d’action des pirates

Les pirates s’attaquent essentiellement aux bateaux marchands et aux bateaux de plaisance.

  • Dans le premier cas, ils s’attaquent aux navires marchands pour voler des biens facilement revendables comme leurs cargaisons et leurs navires. La plupart des bateaux qu’ils attaquent sont généralement de petite taille (en moyenne : 20 000 TPL).

  • Dans le second cas, les pirates s’attaquent en particulier aux voiliers, de toute nationalité, car ils sont plutôt lents. Ils prennent les gens en otage et demandent une rançon. Souvent, les prises d’otage peuvent durer plusieurs mois surtout lorsque les gens sont pris dans le Golfe de Guinée. A noter que l’Etat français préconise aux navigants de ne pas voguer dans cette zone, mais les autorités mettent à leur disposition un numéro d’urgence en cas de problème, si certains veulent quand même s’y aventurer.

Dans les deux cas, les attaques pirates ont lieu au large, dans les ports et au bord des côtes au cours de la nuit. Les intrusions sont violentes, certains utilisent des fusils d’assaut ou lance-roquettes et menacent les passagers pour obtenir ce qu’ils veulent.

La piraterie aurait pour conséquence l’augmentation de prix de certains biens comme les céréales au Kenya (+ 20$ par tonne) ou encore le pétrole (+ 0,40 $  par baril). Dans certains cas, une baisse du PIB de 4 points aux Seychelles et enfin, la présence pirate réduirait la pêche dans l’océan indien.

La piraterie entraîne des questions importantes concernant les frontières maritimes et les droits appliqués.  Selon le Ministère des Armées, « le paradoxe des biens publics internationaux est qu’il n’existe pas d’instance internationale capable d’imposer le financement des opérations. Pour l’heure, des pays qui ont une flottille importante n’ont pas les moyens de défendre leurs navires ». Il y a une nécessité de coordination des acteurs pour que « chacun paie en fonction des besoins de son économie » et que le club des pays les plus concernés ait « les moyens de lever un budget ».

Pour lutter contre ces actes de terrorisme maritime, l’armée française, conjointement avec d’autres pays, a mis en place plusieurs dispositifs pour limiter l’activité pirate.

Quels sont les dispositifs et les entraînements pour lutter contre la piraterie ?

Afin de préserver les routes maritimes, les populations et limiter les dégâts économiques de la piraterie, l’armée française, en collaboration avec d’autres pays met en place des accords, des dispositifs et des entraînements pour neutraliser les pirates. Ces dispositifs sont entre autres les accords lors du sommet de Yaoundé, l’entrainement Mégalops II et « l’opération Tsare Teku V » dans le Golfe de Guinée.

Le sommet de Yaoundé

Le sommet de Yaoundé est un accord entre la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Afrique centrale (CEEAC) ainsi que la Commission du golfe de Guinée (CGG) pour limiter les actes illégaux, dont la piraterie, dans le Golfe de Guinée. Ce sommet a constitué un code relevant l’ensemble des modes d’intervention et l’organisation des pays pour neutraliser la piraterie. Ce dispositif a été mis en place à partir de juin 2013.

Il existe aussi d’autres accords de ce type pour d’autres régions du monde où sévissent les pirates, comme le Code de conduite de Djibouti (dans l’océan Indien et dans le golfe d’Aden).

En plus de cet accord, au cours de l’année 2017, l’armée française a eu recours à différents entraînements, certains avec d’autres pays, pour lutter contre la piraterie. Un des exemples : Megalops II.

Megalops II

En 2017, l’un des principaux exercices dans le Golfe de Guinée fut « Megalops II ». Le but de cet exercice est de renforcer la coordination et la coopération entre huit pays de la zone : le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République Centrafricaine, la République Démocratique du Congo, São Tome & Principe et l’Angola. Lors de ces séances, les militaires font face à différentes situations de crise qu’ils pourraient rencontrer dans le Golfe, tels que :

  • La recherche et le sauvetage suite à la disparition d’un bâtiment au large des côtes ;
  • La gestion de la pêche illégale ;
  • L’interception de narcotrafics ;
  • L’attaque par des pirates d’un terminal pétrolier ;
  • La gestion d’un blessé à bord d’un navire ;
  • La détection d’un navire suspect passant les frontières maritimes du golfe de Guinée.

La France bénéficie aussi de l’aide du Nigéria pour lutter contre la piraterie au travers de  l’opération Tsare Teku V dans le Golfe de Guinée. Nous allons voir ce en quoi elle consiste.

L’opération Tsare Teku V dans le Golfe de Guinée

Le Nigéria a donc lancé l’opération Tsare Teku V en juillet 2017  afin de lutter contre la piraterie. Pour limiter « des attaques par des voleurs sur les installations critiques de pétrole et de gaz et d’autres criminels qui prévalent dans les eaux territoriales de la nation », selon le chef d’état-major de la marine (CNS) du pays, Iboke-Ete Ibas. Depuis la mise en place de cette opération, les activités pirates auraient réduit dans la zone. Cela permettrait d’augmenter l’activité économique au Nigéria.

Comment les forces spéciales interviennent pour neutraliser les pirates ?

Pour expliquer comment les forces spéciales interviennent, nous allons reprendre le cas de « l’opération Thalatine », une prise d’otage dans les Seychelles, en 2008.

Le Ponant est un voilier de luxe de 88m de long comportant un équipage de 30 personnes. Ce voilier de plaisance offre des croisières entre Alexandrie (Egypte) et La Valette (Malte). Alors qu’il navigue dans le Golfe D’Aden, non loin des côtes, le bateau est abordé par des pirates. Les plaisanciers tentent de repousser l’attaque mais ils se retrouvent vite dépassés, les pirates étant armés de AK-47 et de lance-roquettes. Les plaisanciers ont quand même le temps d’envoyer un SOS avant d’être capturés et faits otages. Les autorités les plus proches sont prévenues, par exemple, la frégate canadienne Charlestown envoie un hélicoptère pour effectuer une première reconnaissance et un avion de patrouille est également envoyé pour surveiller le Ponant. L’ensemble des informations sont transmises à un officier de l’armée française. L’opération Thalatine est lancée.

Source: http://www.gign.org/groupe-intervention/?p=2374

Voici l’ensemble des étapes que les forces spéciales ont mis en place pour neutraliser les pirates :

  1. L’officier prévient l’officier supérieur (Contre-Amiral) et demande à ce que l’Etat-Major de crise ainsi que le « plan Piratmer » soient prévenus de la menace ;
  2. Les agents confirment la prise d’otage et donne les dernières informations sur le bateau (par exemple sa dernière localisation) ;
  3. Le Contre-Amiral part de Lorient pour aller à Paris avec les forces spéciales : le commando Hubert (spécialisé dans l’action sous-marine) et un petit Etat-Major ;
  4. À Paris : Analyse de la situation au Centre de Planification et de Conduite des Opérations (CPCO) : les informations sont traitées en temps réel via des satellites, des renseignements de commandos, la presse locale et les ambassades situées autour de la zone de crise. Le but de cette étape est de faire une synthèse pour aider l’Etat-Major à conduire l’opération et déterminer sa stratégie ;
  5. L’Etat-Major met en place une cellule de crise ;
  6. Le plan Piratmer est déclenché, le GIGN intervient ;
  7. Déploiement des forces spéciales sur la zone de crise et négociation avec les pirates (proposition d’échanger les otages contre de l’argent) ;
  8. Les pirates acceptent la rançon (2 150 000 dollars) et libèrent les otages ;
  9. Les pirates se rendent sur la côte, ils sont poursuivis par 6 hélicoptères. Il aura suffi d’un seul tir sur le 4×4 pirate pour les arrêter. Les forces d’intervention récupèrent la rançon ;
  10. Conférence de presse pour expliquer l’opération aux français ;
  11. Les rescapés arrivent à Paris ;
  12. Les pirates sont aussi rapatriés en France pour être jugés par la justice française.

Cette opération s’est plutôt bien déroulée. Apparemment, il n’y aurait eu qu’un seul blessé : un pirate lorsqu’il conduisait le fameux 4×4.

Cette opération fut cependant polémique car il y aurait eu certains dysfonctionnements matériels sur une frégate ou au cours des opérations de parachutage, ou encore lors de la poursuite des pirates en Somalie.

En bref, la piraterie maritime moderne se concentre sur des zones qui sont stratégiques pour les pays les plus puissants. Les pirates profitent de l’instabilité économique et politique de pays d’Afrique qui sont proches de ressources naturelles importantes ou situés stratégiquement pour le commerce international.  Ils attaquent des bateaux marchands ou de plaisance dans le but de récupérer des rançons ou de piller leurs cargaisons. Leur activité nécessite une coopération internationale entre les armées de tous les pays pour intervenir de manière efficace.

Sophie BAILLE


Sources :

Ouvrages 

 

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