Rapport d’étonnement, une surprise au service de l’intelligence économique

« L’étonnement est le plus haut sommet que l’homme puisse atteindre ; et si le premier phénomène venu l’étonne, laissons-le à sa joie ; rien de plus élevé ne peut lui être offert, et il ne doit rien chercher de plus derrière cela ; telle est la limite. »

J.W. von Goethe (1749-1832)

Le concept du rapport d’étonnement

Aujourd’hui utilisé au sein de nos entreprises françaises, le rapport d’étonnement nous viendrait du Japon. Il s’agit d’une remarque faisant suite à l’observation d’un élément qui crée la surprise, l’étonnement. Le rapport d’étonnement est un document formalisé, d’une taille relativement courte, qui fait état de ce qui a suscité la curiosité. Il relate des faits bruts observés, et peut être suivi de commentaires laissés par l’observateur.

Comment l’utiliser ?

Le rapport d’étonnement est un excellent outil d’analyse de son environnement, que ce soit de son environnement professionnel, son environnement personnel, ou même l’environnement public. Il mélange sens de l’observation et curiosité. L’intérêt de cet outil est de se questionner sur des sujets, des faits qui semblent « aller de soi » ou que l’on pensait déjà savoir, c’est-à-dire des idées reçues.

Au sein d’une entreprise, s’étonner signifie « ne pas avoir prévu » ou « ne pas être au courant » d’un évènement. Cela est souvent mal perçu par les collègues et collaborateurs qui considèrent l’absence d’anticipation comme une faute. Si l’étonnement peut souffrir d’une vision péjorative dans le monde professionnel, il n’en est pas moins instructif et productif. Formaliser son étonnement permet de questionner, de faire réfléchir chaque individu sur un fait que l’on ne trouve pas habituel ou logique. Cette remise en question d’un élément de son environnement, ou de celui de ses concurrents, amène à reconsidérer sa position afin de voir si elle peut être modifiée, voire améliorée. Une fois mis au service de l’entreprise, le rapport d’étonnement devient une véritable arme qui permet de traquer l’innovation technique, de surveiller la concurrence, ou même de constater ses propres forces et faiblesses.

Bien sûr, l’étonnement seul n’a pas de grande utilité pour l’entreprise. D’où l’intérêt de le formaliser et de le transmettre aux responsables, afin qu’il soit analysé, décortiqué et utilisé. Il pourra alors amener les décideurs à prendre certaines mesures, cela en vue d’améliorer quelque chose ou de s’intéresser à un sujet.

Toutefois, il faut savoir prendre du recul lors de la lecture de ce type de rapport : ce qui étonne certaines personnes peut sembler normal pour d’autres. Il ne faut donc en aucun cas juger le fond d’un rapport, mais essayer de comprendre pourquoi les faits cités ont suscité l’étonnement. Dans cette démarche où la curiosité, l’œil nouveau, est le moteur de la réflexion, il faut avant tout avoir l’esprit ouvert à la critique.

L’étonnement, un mode de vie

Le rapport d’étonnement n’est pas qu’un simple outil de prélèvement d’informations, il va également développer la curiosité et l’échange dans une entreprise. En effet, il peut être le fruit d’une remarque, d’un débat entre plusieurs personnes. D’autant que d’un premier étonnement peut en suivre un second, puis un troisième, etc. La démarche d’un rapport d’étonnement va donc solliciter et même éveiller chez certains ce réflexe propre à l’intelligence économique qui est l’observation de son environnement.

Un rapport d’étonnement historique

Exemple de rapport d'étonnement

Exemple de rapport d’étonnement : Christophe Deschamps et Nicolas Moinet à partir d’une biographie de Steve Jobs écrite par Daniel Ichbiah, « les 7 vies de Steve Jobs). (cf. p. 88)

Ce rapport d’étonnement pourrait être l’une des clés du succès que connaît actuellement Apple. En effet, c’est grâce aux rapports d’étonnements que Steve Jobs s’est intéressé aux innovations qui avaient surpris ses collègues (la souris, les icônes, l’impression laser ou encore le débit à haute vitesse).

Antoine Beaufils

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