Quelle influence ont les syndicats ?

Début janvier, la France entière assistait impuissante aux négociations pour la création d’une coopérative ouvrière dans le cadre du sauvetage de la compagnie de ferries SeaFrance. A défaut de financement viable, les discussions ont échouées. Des voix non syndiquées se sont alors élevées à l’encontre du syndicat porteur de projet, la CFDT maritime Nord. Se bornant à son projet de SCOP, cette branche locale et majoritaire aurait joué de son influence pour écarter tout autre projet de reprise qui aurait pu sauver une partie des emplois. Des décisions entraînant alors toute l’entreprise vers la cessation d’activité.

En 2009, un rapport de la Cour des Comptes révèle également des soupçons de pratiques malhonnêtes de la part du syndicat. Celui-ci aurait largement joué de son influence au niveau de l’embauche. Des critères comme la recommandation familiale ou encore l’appui de la CFDT locale auraient été déterminants, entraînant alors un sureffectif et l’embauche d’une main d’œuvre non compétente.

Au final, ce syndicat local aurait également exercé son influence pour des augmentations salariales, des primes exceptionnelles sans justification et autres avancements de carrière. Selon l’intersyndicale CGT/CFE-CGC, le PDG avait baissé les bras, et c’est pour gagner la paix sociale et la fin des mouvements de grève incessants qu’il s’est s’appuyé sur le syndicat majoritaire et lui a laissé ainsi autant de pouvoir.

Mais alors qu’en 2009 la crise s’abat sur le marché du fret et que l’entreprise fait les comptes, le réveil est difficile : 400 embauches supplémentaires en 10 ans sans justification de surcroit d’activité, et une main d’œuvre sous-formée. A l’arrivée d’un nouveau président, suivra une restructuration. Mais il semblerait qu’il était déjà trop tard. Peut-on parler d’une responsabilité syndicale ? La faillite économique d’une entreprise peut-elle résulter de la puissance des syndicats ?

Un pouvoir bien réel…

Bien sûr, l’ampleur de la mainmise de la CFDT maritime Nord sur la direction de l’entreprise est caricaturale. Cette branche n’a pas agi dans ses prérogatives et a d’ailleurs largement été désavouée par le syndicat national. Aujourd’hui en France, la fonction des syndicats est d’assurer la défense des intérêts des salariés au sein de l’entreprise. Ils sont également moteurs du dialogue social : ils négocient avec l’État et les employeurs des accords au niveau de l’entreprise ou des branches d’activités. Ces accords s’appliqueront ensuite à tous les salariés.

Mais au-delà des rôles et pouvoirs conférés par la loi, les syndicats ont également une grande influence. En se dotant de leaders charismatiques, ils savent mener les foules. Leurs positions sont proches des préoccupations des salariés. Ils les informent de leurs droits, sont à leur écoute et donnent une identité sociale aux salariés. Dans le cadre de conflits du travail, la mobilisation des salariés d’une entreprise est largement conditionnée par la personnalité des leaders syndicaux.

Si à cela s’ajoute un encadrement absent, qui n’intègre pas du tout les salariés à la marche de l’entreprise et ignore leurs besoins, tous les ingrédients sont là pour qu’au premier désaccord, la tentation d’utiliser la manière forte l’emporte sur la négociation.

… mais une faiblesse structurelle

Le taux de syndicalisation en France oscille aux alentours de 7,5%, avec une forte disparité entre le secteur public (environ 15%) et privé (5%). Forte politisation des syndicats, individualisation de la société, jeunesse moins attachée à la valeur du travail, sont de multiples raisons pour expliquer ce phénomène.

A ce fort ralentissement de la syndicalisation des salariés que la France subit inexorablement depuis plusieurs dizaines d’année, s’ajoute un éparpillement contre-productif. On peut observer qu’il n’y a pas vraiment d’unité syndicale en France. Les salariés syndiqués sont dispersés entre une dizaine d’organisations, ne partageant pas toutes les mêmes positions (notamment sur la préservation à tout prix des droits acquis). Si bien qu’une organisation peut appeler à la grève, sans soutien des autres factions. Ce même droit de grève est d’ailleurs, contrairement à d’autres pays européens, un droit individuel. Il importe à chaque salarié de se sentir concerné pour décider d’y participer ou pas.

Enfin, même si la loi attribue aux syndicats beaucoup de moyens de négociation pour jouer un rôle de contrepoids, le pouvoir du chef d’entreprise reste total : la décision finale lui appartient.

D’autres modèles peuvent exister

Contre un syndicalisme qui perd de sa légitimité, des actions qui affaiblissent les entreprises et donc l’emploi plus qu’elles n’assurent la défense des salariés, peut-être est-il temps de réfléchir au changement. A l’heure où le chantage à la délocalisation se développe pour faire taire les revendications, le syndicalisme doit s’intégrer dans nos démocraties modernes et prendre en compte les mutations économiques et structurelles nouvelles. Le tout dans un dialogue réanimé, pour allier présence syndicale et performance de l’entreprise.

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Julie Prolhac