Quand les Anonymous s’en vont en guerre

Pirates du net et « hacktivistes », les Anonymous apparaissent sous les traits de Guy Fawkes, un catholique anglais du XVIème siècle rendu célèbre par la bande dessinée V pour Vendetta, et un symbole du défenseur des libertés. Mais qui sont-ils ? Et que font-ils ?

Petite chronologie de leurs actions

C’est à partir de 2008 que les Anonymous se sont fait connaître du grand public avec le « Projet Chanology », une série d’attaques informatiques perpétrées à l’encontre de l’église de scientologie.

En 2009, suite à la victoire douteuse de Mahmoud Ahmadinejad aux élections présidentielles iraniennes, ils lancent en partenariat avec The Pirate Bay un support d’échange d’informations pour contrer la censure du gouvernement iranien : « Anonymous Iran ».

Ils font à nouveau parler d’eux en 2010 avec l’opération « Payback » qui visait à attaquer les adversaires du piratage sur internet comme la Recording Industry Association of America ou la Motion Picture Association of America. Cette même année, par solidarité avec Wikileaks, des attaques furent engagées contre les sites de MasterCard et Visa qui avaient empêché leurs clients de faire des dons pour soutenir le site de Julian Assange.

Le groupe fut également un acteur majeur des révolutions arabes de 2011, notamment en aidant les internautes contestataires et en mettant hors service certains sites gouvernementaux. Quelques mois plus tard, suite à la mise en accusation de deux hackers dans l’affaire Sony, Anonymous lance des attaques contre le service de jeux en ligne de la console Playstation 3 pour dénoncer ces poursuites et la dégradation des droits des joueurs.

Anonymous s’attaque à StratFor pour Noël

Le jour de Noël peut réserver bien des surprises, c’est ce qu’a appris à ses dépends la société texane Stratfor réputée dans le domaine de la sécurité. Le collectif d’hacktivistes a dérobé lors de ce jour férié des adresses électroniques et des données bancaires des clients de l’entreprise, qui sont pour certains des entreprises prestigieuses faisant parties du Fortune 500 (équivalent américain du Cac 40). Certaines données bancaires auraient d’ailleurs été utilisées afin de réaliser des dons à destination d’associations caritatives.

George Friedman, directeur de Stratfor a minimisé les dégâts en affirmant que cela « concernait simplement la liste de certains des membres qui ont acheté nos publications sur abonnement ». De plus, il apparait que les dons effectués illégalement ne sont pas arrivés à bon port puisque les propriétaires des comptes bancaires débités ont rapidement fait opposition.

Il semblerait qu’une partie des données dérobées n’étaient pas cryptées, ce qui a grandement facilité le piratage et a d’autant plus décrédibilisé la société américaine. Il ressort également que les mots de passe des abonnés de Stratfor étaient extrêmement simples à décoder, preuve de faiblesses dans la sécurité des données de l’entreprise. Ironie de l’histoire, pour tenter de se racheter, le groupe a offert à ses membres un an de protection informatique contre le vol de données.

Malgré les démentis et les actions de communication, ce piratage a eu des conséquences assez néfastes sur le sérieux de la firme et sa réputation a été fortement atteinte. Supposée experte en sécurité, autrefois appelée « la CIA de l’ombre », elle est maintenant remise en cause. Nous n’avons pas fini d’en entendre parler, puisque les Anomynous ont également récupérer un grand nombre d’e-mails qu’ils ont l’intention de communiquer au compte-goutte dans les médias internationaux.

L’opération « MegaUpload » et l’opération « Black March »

La fermeture du très controversé site MegaUpload en janvier 2012, n’a pas plu aux pirates masqués. En réaction à celle-ci, les actions se sont multipliées : un nombre important de sites gouvernementaux, de studios de télévision et de cinémas se sont retrouvés bloqués ou ont vu leurs pages d’accueil afficher des messages revendicatifs. Parmi eux, les sites du FBI, du département de la Justice des Etats-Unis, de Warner Music, mais aussi le site d’Hadopi et d’Universal Music France.

Ces représailles ont toutes été effectuées dans le but de protester contre la surveillance jugée abusive du web, et contre certaines lois mises en place par les gouvernements comme SOPA et PIPA aux Etats-Unis, Hadopi en France ou encore IPRED en Suède.

Sur sa lancée, le collectif a ensuite divulgué un nouvel appel aux internautes afin de s’attaquer cette fois directement aux chiffres d’affaires des grandes majors. Pour cela, il demande de ne pas « acheter ou consommer de biens culturels durant l’intégralité du mois de mars 2012 ». Cette absence de consommation devrait avoir, selon lui, un impact considérable sur les premiers rapports sur la santé économique des entreprises attendus pour le premier quart de l’année 2012 et faire trembler les portefeuilles des actionnaires. Cette dernière opération appelée « Black March » toujours en cours devrait  encore faire parler d’elle.

 

L’un des problèmes qui se pose maintenant est le fait que n’importe qui peut aujourd’hui se revendiquer comme un membre d’Anonymous. Le contrôle des actions reste assez difficile à structurer, et le collectif doit faire face à des usurpateurs. Cela a pu se vérifier notamment avec le piratage du site de l’Express revendiqué par des Anonymous, alors que cette action allait à l’encontre des idées de défense de la liberté et de l’accès gratuit à l’information sur internet. Afin d’éviter les débordements le groupement a mis en ligne une vidéo présentant son code de conduite, une façon de crédibiliser le mouvement et d’instaurer des règles.

Etienne Heintz

1COMMENTAIRE
  • rémi lobry
    2 avril 2012

    (r)evolution.

    On a maitrisé le feu, on a inventé la roue, le langage, la communication, la ville, la religion. L’écriture, le livre On est allé sur la lune.

    A chaque fois cela a radicalement modifié la donne, la politique, la façon de vivre.

    Enfin il y a eu l’informatique. le matériel, les programmes et les données.
    On a commencé par des fichiers séquentiels sur bandes magnétiques, puis des fichiers indexés sur disques.
    Enfin les bases de données. D’abord hiérarchiques, elles sont maintenant relationnelles.même chose pour les
    Langages, on en est maintenant aux langages objets.
    Et c’est ce qui se passe dans la vraie vie. On vient de passer du modèle hiérarchique au modèle relationnel.

    On voit cela dans les mouvements « occupy wall street », « anonymous » et « zeitgeist » (qui fonctionnent très
    bien, merci pour eux). Politiquement « le pouvoir » panique car il est centralisé, hiérarchique, il cherche les meneurs, ne serait-ce qu’un interlocuteur avec qui dialoguer. Peine perdue, il n’y a pas de hiérarchie. C’est
    chacun-pour-soi-en-respectant-l’autre-sans-en-profiter.

    Et voilà.