Comprendre la blockchain et ses usages dans la finance

Le phénomène blockchain, mis en lumière depuis plusieurs années comme étant la technique porteuse du bitcoin et des cryptomonnaies, ne concerne pas seulement des transferts d’argent. Les possibilités d’usage de ce système porteur dans le monde fiduciaire sont multiples. Zoom sur ce nouveau dispositif technique.

Une chaîne de blocs pour sécuriser les transferts d’argent

Ces derniers mois, la fluctuation du cours du bitcoin a permis à un vaste public non-initié de connaître, même de manière superficielle, cette cryptomonnaie. Une cryptomonnaie, ou monnaie virtuelle, remplit les mêmes fonctions qu’une monnaie traditionnelle. Soit elle est une unité de compte (pour l’exécution des obligations), soit elle permet la mesure financière d’un bien ou d’un service (en tant qu’étalon de valeurs). Le bitcoin, à la différence des monnaies dites traditionnelles, n’a pas de cours légal. Cela signifie qu’aucun commerce, physique ou virtuel, n’a d’obligation d’accepter la monnaie virtuelle, à présent ou dans le futur. Elle repose donc sur le cours de l’offre et de la demande et demeure constamment fluctuante et spéculative.

Comme l’explique Robert Shiller, professeur à l’université de Yale et prix Nobel de l’économie en 2013, le bitcoin est une cryptomonnaie avec un actif purement spéculatif. Son évolution ne correspond à aucune donnée fondamentale de marché et sa valeur est indépendante de tout facteur extérieur. D’autres économistes de renom n’ont pas hésité à définir le bitcoin comme la plus grosse bulle de l’histoire, bulle qui a explosé peu après l’année 2018.

La blockchain, une technologie intrinsèquement collaborative

Depuis 2008, « année zéro » du bitcoin, ce système de paiement permet à une communauté d’utilisateurs d’échanger entre eux biens et services sur internet, de manière dématérialisée, transparente et sécurisée. Cette sécurité est d’ailleurs assurée par la blockchain. On définit la blockchain comme étant la méthode de stockage et de transmission d’informations sans recours à des organes de contrôle. C’est d’ailleurs tout son intérêt : gérée par cette communauté d’utilisateurs, elle n’est l’outil d’aucune instance bancaire ou d’aucun état.

Les utilisateurs sont donc au cœur du processus de transmission des informations qu’est la blockchain. Cette dernière n’est en effet pas autonome. Les contributeurs de la blockchain, appelés « mineurs », l’entretiennent et entretiennent donc les protocoles de transfert des cryptomonnaies. L’utilisation de la blockchain nécessite donc une certaine puissance informatique et découle alors une consommation énergétique importante pour le suivi et la mise en sécurité de toutes les transactions, et in extenso pour la création de nouveaux « blocs » dans la « chaîne ».

Ces mineurs fournissent donc leurs ressources (ordinateurs et électricité) sur lesquelles ces opérations vont être réalisées. Le bénéfice pour les contributeurs de la chaîne de blocs est dans la gratification qu’ils obtiennent sur chaque transaction réalisée sur le bloc créé. Cependant, il existe d’autres enjeux pour la survie de ce système. D’une part, les contributeurs permettent de faire vivre la blockchain et les cryptomonnaies, et d’autre part ils effectuent la « récolte » ou « minage » (à l’origine du mot « mineur ») de ladite cryptomonnaie, puis peuvent la conserver. En créant et validant les blocs de la blockchain bitcoin, un mineur, aujourd’hui, permet la création de 12,5 bitcoin par bloc.

En quantité limitée et finie, le phénomène de spéculation gravite et hante la monnaie virtuelle. Aujourd’hui, ceux qui investissent dans les cryptomonnaies sont soit des personnes étant intéressées par la rareté finale, soit des personnes voulant faire du bénéfice à court terme, (affluant ces derniers mois). Il existe aussi des internautes achetant des cryptomonnaies pour leur fonction première, à savoir la possibilité de l’utiliser pour remplacer les devises classiques gérées par les institutions.

Une divergence étatique des points de vue sur les monnaies virtuelles

Les États et institutions monétaires ne sont pas tous et toutes favorables au système de monnaie peer to peer, généré via la blockchain. En termes de réglementation, il existe différents encadrements. Le développement et l’expansion d’un tout nouveau type de monnaie inquiète divers États qui voient en ce système la fin de l’oligarchie politique et financière sur les systèmes de paiement. Certains pays vont limiter l’utilisation des monnaies électroniques aux banques, d’autres pays vont réglementer ces monnaies en les plaçant sous leurs pouvoirs publics (en imposant par exemple ceux qui l’utilisent). Des cadres réglementaires stricts pour l’utilisation des cryptomonnaies, voire l’interdiction de son usage ; divers sont les points de vue et les volontés gouvernementales. On retrouve notamment des cas d’interdiction au Bangladesh, en Bolivie, en Équateur, au Népal et au Kirghizistan ou encore en Russie. Par ailleurs, le Japon accepte le bitcoin comme moyen de paiement officiel. L’Estonie, quant à elle, souhaite créer sa propre cryptomonnaie nationale ; toutefois, en septembre 2017, la BCE lui a formellement interdit de passer à l’action car toute concurrence à l’Euro est prohibée. D’autres États encore, comme la Suède ou l’Uruguay, espèrent stopper la production de monnaie fiduciaire pour autoriser les formes de monnaie digitale ; l’objectif étant de les contrôler comme des pièces et des billets (devenus trop coûteux à la production, au regard du coût de production de monnaie virtuelle). Ces pays deviennent donc opposés ou parties prenantes du développement des cryptomonnaies.

Pour le cas des institutions financières, les diverses banques et bourses ont également leur avis sur la question. Avec la démocratisation de la blockchain, est remise en cause leur utilité dans les transactions. Ces institutions n’auront en effet plus à confirmer la vérification du solde d’un compte pour effectuer une transaction, il s’agira du rôle de la blockchain.

Outre les États et les banques qui régissent les monnaies, les plateformes de paiement, développées simultanément, et avec les diverses possibilités de dépenses sur Internet, sont menacées par les cryptomonnaies. Les monnaies électroniques comme le bitcoin reposent sur le principe d’éviter la mobilisation de tiers, et notamment de tierces personnes pouvant agir sur les transactions. C’est la nature même des plateformes telles que Paypal ou Visa, qui existent en tiers de confiance pour sécuriser ces transactions par Internet.

De surcroît, les grands principes du bitcoin et de la blockchain sont attractifs pour les acteurs des systèmes financiers (avec les notions de partage, de transparence, et de fiabilité) afin de faciliter le quotidien des utilisateurs. Certains l’ont bien compris.

La BOE (banque d’Angleterre), par exemple, travaille au déploiement d’une cryptomonnaie, dérivée de la livre sterling qui permettrait aux clients de se libérer des contraintes physiques actuelles (banques de détail et bureaux de banque, notaires, etc.) Le système permettrait également de réaliser des transactions importantes presque instantanément. Les cryptomonnaies peuvent également renforcer un maillage économique en construction, en Afrique, dont les territoires disparates sont multiples : cette monnaie viserait donc à diminuer ces inégalités, et renforcer l’attractivité d’un territoire toujours plus en demande. Ces exemples montrent le potentiel champ des possibles offert par les outils de la blockchain dans le domaine de la finance.

On se rend alors compte que les monnaies virtuelles ne sont pas acceptées par tous de manière égale. Le manque de recul et la méconnaissance des cryptomonnaies et des techniques dont elles proviennent, poussent la plupart des acteurs monétaires à s’en protéger. On note qu’une concurrence demeure, en parallèle des institutions monétaires classiques. Certains acteurs financiers ont donc compris l’utilité que les cryptomonnaies peuvent leur apporter, alors que d’autres sont sceptiques au vu des risques que peuvent encourir les utilisateurs avec ce type de technologie. Cela crée donc des rapports de force importants entre tous ces acteurs, chacun pour des intérêts divers.

Au-delà de ces problématiques, la blockchain permet bien d’autres applications que celles énoncées ci-avant. Nous développerons ce point la semaine prochaine, dans un second article à ce sujet.

Mathilde CRUCHET


Sources :

  • Hors-série, Capital Dossier Spécial, Tout sur le bitcoin, N°1. Février 2018
  • C’est quoi le Bitcoin ? Reportage Arte https://lc.cx/d52B
  • Dessine-moi l’éco – Le bitcoin est-il une monnaie comme les autres ? https://www.youtube.com/watch?v=rOYJfRQNibQ
  • Blockchain France, La Blockchain décryptée, Qu’est-ce que la blockchain ?, dans la partie : Comprendre la Blockchain en douze questions. https://lc.cx/d52N
  • Anonyme. Le Bitcoin : Peut-il perturber l’industrie du paiement ? 2017. https://lc.cx/d5H4
  • LELOUP Laurent. Blockchain – La révolution de la confiance. p.48. Préface de MOUGAYAR William. Eyrolles. 2017. 217 pages
  • BOURGUIGNON Sébastien. Blockchain, mais qui sont les mineurs ?. 2016. https://lc.cx/d5L4
  • RAYNAL Juliette. Flambée du bitcoin : les raisons du succès… et des peurs. 2017. http://k6.re/wtnym
  • Anonyme. Cinq pays dans lesquels le bitcoin est illégal. 2018. https://lc.cx/d5Ez
  • Anonyme. La BCE surveille de près l’écosystème des crypto-monnaies. 2017. http://k6.re/_nElb
  • CHEVEROU Eric, EL IDRISSI Abdelhaki et PETILLON Catherine. Blockchain : comprendre ce que pourrait changer cette révolution numérique. Chronique radio : Pixel. 2016. https://lc.cx/d5RM
  • ABRAHAM Victor. La réserve fédérale américaine met en garde contre les cryptomonnaies. 2017. https://lc.cx/d5zw
  • Anonyme. La BCE interdit à l’Estonie de lancer sa propre crypto-monnaie. Toute concurrence à l’euro est interdite.. 2017. https://lc.cx/d5zV
  • LEPARMENTIER Arnaud. La Bourse de Chicago institutionnalise le bitcoin. 2017. https://goo.gl/KrTDgq
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