Près de 3 mois après l’entrée en vigueur de l’accord de Vienne, retour sur ce compromis historique qui a permis la levée des sanctions économiques et la ré-ouverture du marché Iranien.
Les négociations auront donc duré douze ans, de 2003 à 2015. Douze années pendant lesquelles les relations internationales entre l’Iran et l’Occident ont connu des hauts et des bas. Nombreuses furent les tentatives d’élaboration d’accord sur le nucléaire iranien qui se sont soldées par un échec. Elles avaient pourtant bien commencé les deux premières années, avec la coopération des dirigeants iraniens avec le groupe des « EU+3 » (Grande-Bretagne, France et Allemagne) puis des « P5+1 » (EU+3 plus Chine, États-Unis et Russie). Cependant, elles se sont tendues par la suite pendant près de huit ans avant de finalement s’améliorer en 2013. Ces négociations ont abouti à l’accord de principe de Genève. Deux ans plus tard un accord final a été ratifié le 14 juillet 2015 : c’est l’accord de Vienne.
La diplomatie au service d’un compromis historique
L’accord de Vienne établit le nouveau cadre dans lequel l’Iran va désormais devoir évoluer. Les lignes directrices du traités peuvent être regroupées en cinq objectifs :
- Limiter l’enrichissement d’uranium : cet élément chimique est l’un des deux composants principaux de l’arme nucléaire. Ralentir son exploitation suppose que l’Iran mette plus de temps à s’en procurer. L’accord plafonne le nombre de centrifugeuses enrichissant l’uranium, qui doit être porté à 90 % pour une utilisation militaire. L’Iran ne pourra enrichir l’uranium qu’à 3,67 % pendant quinze ans et sur un seul des dix sites nucléaires (celui de Natanz).
- Limiter l’enrichissement de plutonium: c’est l’autre matière fissile nécessaire pour créer une bombe nucléaire, l’accord de Vienne prévoit donc une modification au sein des centrales nucléaires du pays pour que celles-ci ne soient pas à même de produire du nucléaire à usage militaire.
- Renforcer les inspections: elles ont toujours été un des enjeux majeurs du contrôle de l’Iran à propos de son utilisation du nucléaire. L’accord permet un régime renforcé d’inspections qui s’étale sur la durée de l’accord, voir au-delà. L’agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) aura donc accès aux installations iraniennes pour une durée de 25 ans et surveillera ainsi l’utilisation de l’uranium dans les centrales iraniennes. De plus, l’Iran s’est engagé à ratifier le protocole additionnel de l’AIEA qui autorise cette dernière à pratiquer des inspections intrusives.
- Lever les sanctions: la première motivation de l’Iran est en effet de faire lever les multiples sanctions appliquées depuis plus de 10 ans par l’ONU, les États-Unis et l’Europe. Si l’Iran maintient ses engagements, alors le marché international lui sera ré-ouvert. C’est ce qui s’est produit début 2016.
- Maintenir l’embargo sur les armes: l’accord de Vienne permet également de maintenir les sanctions déjà en place quant à la course à l’armement dans laquelle s’était lancé l’Iran plusieurs années auparavant. Il interdit l’importation de missiles balistiques et d’armes offensives.Avec cet accord, les « P5+1 » sont finalement parvenus à mieux contrôler un domaine qu’ils auraient préféré intouchable par l’Iran. Toutefois, les opposants à cet accord craignent que ce ne soit qu’un moyen de retarder l’échéance à laquelle l’Iran maîtrisera la bombe nucléaire et pourra en faire usage. Au final, les partisans de l’accord admettent que l’Iran est éminemment proche de se doter de l’arme nucléaire de par son avancée industrielle et ses infrastructures dédiées au nucléaire qui ont été développées ses dernières années. L’accord serait donc un moyen de « calmer le jeu » en réglementant l’usage du nucléaire. Il s’agit donc d’effectuer une veille technologique pour être informé des réelles avancées du nucléaire militaire iranien.
Adoption de l’accord de Vienne par les représentants des P5+1 et de l’Iran
Une controverse persiste dans ce contexte. En effet, certains pays tels qu’Israël ou l’Arabie Saoudite pensent qu’après l’ouverture de l’Iran au marché mondial et le dégel de ses 150 milliards de dollars d’avoir à l’étranger, l’Iran pourra utiliser ses fonds à des fins militaires, notamment pour les conflits dans lesquels Téhéran est activement impliqué (Syrie, Irak, Liban, Yémen).
Les retombées économiques : le cas de la France
A l’image des contrats passés avec la France, l’Iran a connu un certain succès lors de son premier « déplacement commercial » en Europe début 2016. De nombreux contrats dans plusieurs secteurs d’activités ont été signé lors des visites officielles de Hassan Rohani d’abord en Italie, puis en France.
Si on prend l’exemple de la France, l’Iran a signé des contrats dans :
- Les transports aériens avec Airbus pour 118 avions,
- Le bâtiment avec Bouygues, ADP et Vinci pour la construction d’aéroports,
- L’automobile avec PSA et Renault,
- Le transport ferroviaire avec la SNCF en vue de rénover ses gares,
- Les transports maritimes avec CMA-CGM pour l’exploitation commune de ligne maritime,
- L’environnement avec Suez pour le traitement et la gestion de l’eau.
En contrepartie de ces contrats où la France est le bénéficiaire, l’entreprise Total a signé un contrat pour acheter entre 150 000 et 200 000 barils de brut par jour.
Si les contrats sont si nombreux, c’est sûrement grâce à l’opportunité que représente ce « nouveau marché » de 80 millions de personnes. Présenté comme un « hub régional » au centre d’un vaste territoire économique, les entreprises se sont rapidement positionnées afin d’arriver les premiers sur ce marché où il y a aujourd’hui beaucoup à construire.
Un risque demeure malgré tout : si l’accord de Vienne n’est pas respecté par l’Iran, alors les sanctions économiques risquent d’être mises à nouveau en place et les entreprises avec des contrats en Iran perdront leur investissement.
Antoine Beaufils