Les réseaux sociaux : un nouvel enjeu économique en Espagne

« Aujourd’hui est un jour sombre pour l’Espagne » a déclaré Gauri van Gulik, directeur adjoint du programme Europe d’Amnesty International le 26 mars 2015. En effet, ce même jour, de nouvelles réformes font ressurgir la colère des indignés. En Espagne, pays où toute manifestation publique est considérée comme un délit, comment les réseaux sociaux deviennent un enjeu économique majeur dans la préservation des droits de l’homme ?

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L'Espagne

Capitale de L’Espagne ; Madrid

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La Suède Comme Modèle Pour l’espagne

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L’Espagne connaît une crise sociale depuis 2013, notamment avec l’adoption d’un nouveau projet de loi ayant pour objectif d’en finir avec les manifestations et les contestations au régime actuel. Un régime que certains définissent comme une « avancée du fascisme devant l’indifférence de la société », (propos d’Astrid MENASANCH TOBIESON).

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En effet, depuis 2013, l’Espagne empruntait déjà le chemin qui mène d’une démocratie ouverte à ce qui risque de devenir une démocratie « fasciste » et autoritaire.

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Un réseau de protection sociale instable

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Le 29 novembre 2013, l’approbation du gouvernement conservateur espagnol, pour le projet de loi « Sécurité citoyenne » qui réforme le code pénal, peut être considérée comme le point d’orgue de cette crise sociale.

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Cette réforme du code pénal entraîne ainsi la privatisation des théâtres et des hôpitaux, le droit du travail est ébranlé avec d’innombrables licenciements, des familles sont chassées de leur domicile, l’éducation civique est suspendue dans les écoles, etc. S’ajoute à cette liste la réforme du droit à l’avortement, le vendredi 20 décembre.

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Depuis cette réforme, seules deux causes pourront justifier l’interruption volontaire d’une grossesse :

  • si elle présente un grave danger, pour la santé physique et psychique de la mère, constaté par deux médecins (le délai est de 22 semaines),
  • si elle est le résultat d’un viol, sous réserve qu’il fasse l’objet d’une plainte et que la grossesse date de moins de 12 semaines

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Le fait que le fœtus soit atteint d’une malformation grave ne sera plus un motif d’avortement.
C’est donc le début d’une crise démocratique qui contribue à la crise économique actuelle du pays.

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Instaurer le silence par la répression

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Cette même année, 6 000 manifestations ont été planifiées dans le pays. Le 14 décembre, les « indignados » (les indignés) se sont rassemblés pour protester contre la nouvelle proposition de loi : la « ley de Seguridad Ciudadana », loi de Sécurité citoyenne.

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Cette dernière engendre d’importantes polémiques avec ses 55 articles punissant autant d’actes différents. Les citoyens se voient interdire tout acte de rassemblement, qu’il soit physique, avec une manifestation non-déclarée, ou bien social, avec la création d’un groupe Facebook par exemple. Ses acteurs principaux se verront passible d’une amende pouvant atteindre les 30 000 euros.

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Aujourd’hui, l’Espagne fait un grand pas en arrière en matière de liberté d’expression et de communauté. Le gouvernement actuel entraine ainsi dans les foyers une peur constante du terrorisme et des troubles à l’ordre public.

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Manifestation en Espagne

Manifestation en Espagne

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Un nouveau moyen d’expression : les manifestations 2.0

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Les indignés n’ont cependant pas dit leur dernier mot, et c’est grâce aux réseaux sociaux que ces derniers comptent bien développer leur mouvement. En effet, le 15 mai dernier, la toile a permis la réunion de milliers de personnes afin de soutenir la plateforme «Democraria Real Ya » (une vraie démocratie, maintenant).

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Demande de matériel pour les campements, consignes en cas d’intervention de la police, relais des manifestations organisées dans les autres villes espagnoles ou d’Europe, les réseaux sociaux sont devenus un outil essentiel pour diffuser la colère des espagnols. Un nouveau langage est alors apparu avec une montée en puissance des hashtags : #acampadasol, #notenemosmedio, #nosquedamos ou encore #spanishrevolution sur le célèbre réseau Twitter.

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Facebook inspire aussi les indignés qui, grâce à un pseudonyme, expriment leur mécontentement notamment lors de la « Spanish revolution ». Connectés à internet à l’aide des antennes installées par des voisins ou des commerces, ils peuvent relayer leurs réseaux wifi. De plus, grâce à l’électricité permise par des panneaux solaires, une dizaine d’ordinateurs portables sont alignés dans le stand « communication » du campement.

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Ainsi, nous remarquons l’émergence d’un nouvel enjeu économique, conséquence directe du développement des réseaux sociaux dans les sociétés. En effet, à l’ère des nouvelles technologies et des médias de masse, nous pouvons nous demander quels impacts auront ces pratiques sur les sociétés en marges.

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Justine AGUINET

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