Aujourd’hui, plus de la moitié de la population mondiale vit dans les villes, et ce chiffre devrait atteindre les 70% d’ici 2050. Le XXI ème siècle sera urbain, il n’y en a aucun doute. Les villes concentrent les pouvoirs politiques, économiques, culturels. Mais elles sont aussi le lieu de défis majeurs auxquels elles vont être confrontées au niveau de leur croissance : optimiser la consommation d’énergie, offrir des réseaux de transports efficaces, respectueux de l’environnement et accessible à tous, construire des bâtiments écologiques, proposer des espaces permettant l’existence d’un véritable lien social…
L’intégration poussée des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans la cité est l’une des propositions pour élaborer la ville intelligente et connectée de demain: la Smart City.
La Smart City est une façon de voir la ville de façon efficace, innovante et participative, par le recueil de données afin d’améliorer la vie de ses habitants. Elle désigne un type de développement urbain capable de répondre à l’évolution, aux transformations et aux nouveaux besoins des institutions, des entreprises et des citoyens. Elle agit sur le plan économique, social et environnemental. Elle s’exerce au niveau de la gestion des infrastructures (eau, énergies, informations et télécommunications, transports, services d’urgence, équipements publics, bâtiments, déchets, etc.) afin de les rendre durables, efficaces, automatisées. Ici, l’enjeu majeur est la qualité.
Une mobilité douce, connectée, optimisée. A l’échelle de la planète, les transports sont responsable de 23% des émissions de CO2 issues de la combustion d’énergies fossiles. La pollution de l’air, la congestion chronique et les inégalités d’accès aux transports n’en sont que des conséquences aggravantes. La Smart City propose l’augmentation de la fluidité des transports entre eux (transports collectifs, la marche, le vélo, les voitures propres) grâce aux données numériques. Des applications comme Moovit sont aujourd’hui misent en place pour optimiser son temps de trajet en transport grâce aux données récoltées par toute une communauté géolocalisée. A Copenhague, les cyclistes ont leurs propres autoroutes …
Une consommation d’énergie réduite. Dans une Smart City, on trouvera par exemple les « smart grid » qui sont des réseaux de distribution d’électricité intelligents, optimisés par des systèmes d’informations numériques. En France, le compteur EDF Linky doit faire sont apparition dans 35 millions de foyers à l’horizon 2021. Ici, le technicien est remplacé par des données qui navigueront entre le réseaux électriques, de gaz, d’eau et le consommateur. Il détecte à lui seul les pannes, les pics de consommation et réduit le coût d’utilisation. A Oslo, 10 000 lampadaires ont été équipés de capteurs de luminosité mesurant le niveau de lumière des surfaces, afin d’optimiser l’éclairage au jour le jour et de réaliser des économies de consommation électrique.
Les datas aux coeur de la ville. Selon Carlo Ratti (dirigeant du MIT Senseable City Lab, USA), « nos villes deviennent des ordinateurs à ciel ouvert ». Face à la masse de données qui se propage, les groupes privés et publics sont les premiers à s’en saisir, pour vendre une gestion optimisée de la ville. Ainsi, IBM a développé son Intelligent Operation Center, autrement dit un tableau de bord qui aide les municipalités à superviser l’ensemble des services proposés. Les données récoltées sont croisées entre elles et deviennent des informations favorables à la prise de décision. La ville brésilienne de Rio, en prévision de la Coupe du monde de football 2014 et des Jeux Olympiques de 2016 a, par exemple, inauguré en 2010 son centre des opérations. A l’intérieur se trouve une salle de monitoring qui fonctionne 24 heures sur 24 avec 400 agents qui analysent tous les flux de données de la ville.
Des constructions durables. les bâtiments de demain sont propice à l’économie d’énergie et à l’utilisation de matériaux respectueux de l’environnement. C’est notamment grâce aux bâtiments à énergie positive que réside l’avenir du bâtiment. On attend à Strasbourg, en France, la plus grande tour résidentielle à énergie positive au monde, en 2016. A Dubaï, un projet de résidence et d’hôtellerie est en construction. celui-ci serait un village construit à la verticale conçu pour capter un maximum de soleil.
Une ville de partage. La ville était auparavant dominée par l’idée de l’individualisme. Aujourd’hui, c’est l’esprit collaboratif qui prime, avec la mise en place d’espaces de travail comme les coworking ou les Fab Lab, de partage avec Leboncoin, les jardins partagés, le covoiturage… Une « nouvelle » dynamique citoyenne se créée. Ici, le big data a aussi son rôle à jouer. Grâce à ces données, les citoyens sont incités à imaginer et à construire la ville de demain. C’est la condition requise pour que le concept fonctionne. Détroit, aux Etats-Unis, a été ruinée par la crise en accumulant les dettes. Aujourd’hui, elle tente de remonter la pente. Les usines automobiles ont données place à des jardins partagés et des ateliers de réparation. Afin de survivre, elles se sont imprégnées du « Do it yourself » qui leur vaut l’arrivée de nouveaux industriels dans la région.
Rétablir la connexion avec la nature. Les villes s’étendent, mais le désir des citoyens de contact avec la nature ne faiblit pas. On observe ce phénomène grâce aux différents espaces verts et l’agriculture urbaine. Les espaces verts dans une Smart City occupent tous les endroits laissés vacants : toits et murs végétaux, jardins partagés, balcons-potages. Montréal est la capitale mondiale des jardins sur toits.
Il ne faut cependant pas oublier que la Smart City est souvent présentée comme faisant plusieurs impasses : la priorité aux services, l’approche de la ville comme « système » à optimiser, l’occultation des enjeux de pouvoirs, la protection des risques numériques, la nécessité d’avoir une ville « intelligente »…
Boston et Londres ont déjà intégré certains pans de ce modèle et intègrent la notion de donnée comme information potentielle devenant une connaissance au service de la population et d’une intelligence collective.
La ville de demain reste à inventer. Favoriser une mobilité durable et interconnectée, optimiser notre consommation d’énergie, développer le lien social ou encore améliorer la gestion urbaine grâce aux nouvelles technologies: nos villes sont un terrain d’expérimentation face aux défis de demain. Quelle ville voulons-nous ? Les données sont-elles l’occasion de repenser la ville ? Les Smart Cities, qui semblent être un nouveau modèle idéologique de ville, sont-elles ou deviendront-elles une lubie ?
Célia Di Spigno
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