INTERVIEW : Henri Dou, Directeur d’ATELIS

 

Scientifique de formation, Henri Dou est Docteur d’État en Sciences Physiques et Chimiques et Ingénieur en Pétroléochimie. Au cours de sa carrière professionnelle, il a occupé différentes fonctions (notamment celle de Directeur de Recherche au CNRS) avant de rejoindre l’Université comme Professeur en Sciences de l’Information et de la Communication. En outre, ayant développé des cours à l’étranger et notamment en Asie du Sud Est, il suit les avancées de l’intelligence économique à l’international.

Aujourd’hui Directeur d’ATELIS, (l’Atelier d’Intelligence Stratégique de l’ESCEM), il est un acteur majeur de l’intelligence économique en région Centre. Il mène également des recherches avec des laboratoires virtuels en Chine et en Malaisie.

Pour toutes ces raisons nous avons choisi de le rencontrer.

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Que pensez-vous de la création d’un Haut-Commissariat à l’Intelligence Economique et à la Prospective ?

À ce sujet certaines questions doivent être soulevées et analysées : quels moyens aura-t-il ? Qui sera à sa tête ? Quels seront ses missions ?

Pour que cette nouvelle structure fonctionne elle doit avoir des objectifs. Toutefois, à l’échelle globale, la France manque de stratégie.

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Pour vous, est-ce un signal positif lancé par l’Etat ?

Oui, mais il faut être vigilant. Ce Haut-Commissariat à l’Intelligence Économique et à la Prospective ne doit pas devenir l’arlésienne.

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De nombreux pôles de compétitivité sont amenés à disparaitre : tout financement public devrait être compensé par un financement privé.

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Selon vous, l’intelligence territoriale est-elle l’avenir des professionnels de l’IE en France ?

Aujourd’hui, l’intelligence économique « classique » se développe surtout au sein de grandes sociétés et de grands groupes. Dans les PME, l’intelligence économique territoriale tend à prendre le dessus. En favorisant le partage et la discussion, elle permet à ces entreprises de créer quelque-chose, d’avoir des objectifs communs et une vision d’export.

Toutefois, depuis leur lancement, les pôles de compétitivité n’ont permis de créer que 5% de PME et PMI. Cela s’explique car il y a une dispersion de l’argent public : pas de gouvernance, pas de stratégie générale. Beaucoup de pôles de compétitivité sont amenés à disparaitre. Pour plus d’efficacité, tout financement public devrait être compensé par un financement privé.

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À votre avis, pourquoi l’IE n’est-elle pas mieux structurée sur le plan national ? (associations, groupes…)

Il y a des tentatives éparses de gens qui veulent faire des choses mais les quinze années au cours desquelles on a prôné une France sans industrie ont ralenti les investissements en formations scientifiques et techniques ainsi qu’en information. De plus beaucoup d’individus s’autoproclament consultants.

C’est pourquoi, pour y voir plus clair, un label devrait exister et en favoriser certains et pas d’autres. Les entreprises doivent pour leur part, se renseigner sur leurs antécédents, leurs qualités et les tester.

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Pour vous quelles ont été les étapes les plus marquantes du développement de l’IE sur le territoire français ?

Il y a eu trois moments forts :

- D’abord le rapport Carayon avec l’avènement de la notion de cohésion sociale en 2003

- Suivi de l’arrivée d’Alain Juillet au poste de Haut Responsable chargé de l’intelligence économique au mois de décembre de la même année

- Et la création des pôles de compétitivité à la fin de l’année 2004

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Sur le plan international, (à part les Etats-Unis et la Chine) quel est le pays qui mène une véritable politique d’intelligence économique ?

Les pays les plus actifs avec les États-Unis et la Chine sont :

- Le Brésil avec entre autres, une base de données publique qui permet de connaitre les CV, les publications, les orientations de recherche ainsi que les coopérations de ceux qui sont financés par le CNPQ (CNRS brésilien)

- La Corée du Sud qui avec 25 000 experts développe également des technologies

- La Thaïlande qui mène une politique de brevets et de clusteurs agressive

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Mais certains pays comme la Malaisie ou l’Afrique sont également des pays très demandeurs en matière d’intelligence économique.

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Aujourd’hui, de nombreux pays adoptent une politique d’intelligence économique

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Et en Europe, quel est le pays le plus en pointe sur ces questions ?

La Belgique et le Luxembourg qui sont dynamiques, l’Espagne (même si elle est d’avantage orientée vers l’Amérique Latine) et l’Allemagne qui peut s’appuyer sur des technologies qu’elle a maintenues (l’automobile haut de gamme, les machines-outils et l’agriculture).

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Vous connaissez bien le Canada, quels sont les thèmes les plus surveillés ?

Le Canada est une plateforme d’entrée sur l’Amérique du Nord. De ce fait, les grandes ressources comme l’électricité, l’uranium, ou l’agriculture sont observées. Dans ces domaines, le Canada forme des gens compétents et structure une véritable politique.

De façon plus générale, l’État pousse les entreprises à l’innovation. Les travaux canadiens sont plus pragmatiques que ceux menés en France : beaucoup portent sur la gestion de l’information.

Anaïs CHAFFARD

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