Yantao est actuellement étudiant à l’IAE de Poitiers, en deuxième année de Master Intelligence Économique et Communication Stratégique. Originaire de Dongying, il nous propose aujourd’hui de partager sa vision de l’Intelligence Économique en France.
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Je suis arrivé en France en 2011 pour étudier à l’IAE de Poitiers en DU de langue et gestion. Je souhaitais apprendre la langue française tout en continuant mes études. Au départ, j’étais plutôt attiré par le domaine des produits de luxe et la France, leader dans ce domaine, me semblait être le pays idéal : j’ai déjà réalisé un stage dans une bijouterie Lukfook à Tianjin en Chine.
Mais en considérant les frais scolaires, je me suis dit : « bon, tous les chemins mènent à Rome, et je peux prendre un autre chemin pour intégrer ce domaine ». J’ai donc commencé à chercher d’autres moyens pour intégrer une entreprise du secteur du luxe, notamment Cartier.
C’est là que j’ai découvert l’intelligence économique. Je trouve qu’il est intéressant d’analyser et de collecter des informations pour résoudre des problèmes. Donc dès que j’ai découvert ce domaine, je me suis dit : « bon, ça y est, c’est mon choix ».
Mais après plusieurs recherches sur internet, j’ai été étonné de ne pas trouver d’université proposant ce type de formation en Chine : chez nous, la plupart concerne uniquement l’intelligence et la science de l’information sous l’aspect de la recherche et non de la pratique ! C’est donc pour cela que j’ai décidé d’étudier l’intelligence économique à la française et de me confronter à des cas réels.
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« Qui connaît son ennemi comme il se connaît, en cent combats ne sera point défait» - Proverbe chinois
Un ancien proverbe chinois peut illustrer parfaitement le rôle de l’intelligence économique dans le contexte de la guerre économique : « Qui connaît son ennemi comme il se connaît, en cent combats ne sera point défait ».
L’intelligence économique est née dans un contexte de mondialisation. La puissance des besoins en information économique et la course au marché poussent à une évolution de ce domaine. Selon une enquête du magazine américain « Fortune », les cents premières entreprises mondiales et plus de 90% des entreprises américaines possèdent leurs propres départements en intelligence économique.
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L’éducation de l’intelligence économique en Chine a débutée par la création de l’Institut de la Science et de l’Information technique en octobre 1956. (Institute of Scientific and Technical Information of China). En 1958, l’Université d’Intelligence Économique a été créée avant de fusionner avec l’Université de la Science et de la Technologie de la Chine en 1959.
Mais elle a dû fermer en 1963 à cause de la grande révolution culturelle en Chine. À cette époque-là, toutes les universités ont été arrêtées, les étudiants ne sont plus allés en cours et de nombreux d’intellectuels ont souffert des persécutions. Ce fut une véritable période noire pour le pays !
Il a fallu de nombreuses années pour récupérer ce retard, et attendre 1978 pour qu’une spécialité de la technologie et de l’intelligence soit ouverte à l’Université de Wuhan. Dès lors, plusieurs d’écoles ont créé ce type de formation. Au départ, l’objectif était de défendre et de développer la force nationale et non pas l’économie. Ceci a perduré jusqu’en 1991.
L’institut China north industries group corporation (spécialisé notamment dans la recherche de nouvelles armes pour l’armée de terre, l’armée de l’air et les forces navales sous la charge de l’État) a alors souhaité se focaliser sur le développement de la force de l’État, du groupe et de l’entreprise. Quatre ans après, la SCIC de Chine est établie (Society of Competitive Intelligence of China). Cela signifie que la Chine est devenue officiellement un adhérent de la SCIP (Society of Competitive Intelligence Professionals, fondée en 1986 aux États-Unis), et qu’une liaison a enfin été établie entre l’intelligence et l’économie en Chine.
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Aujourd’hui, nous sommes dans un système de mondialisation. Par exemple, il est possible d’acheter du riz chinois dans un supermarché français et du vin français dans un supermarché chinois. Mais qui dit « mondialisation« , dit « concurrence accrue » ! Plus le marché s’ouvre et plus la part de marché de chacun diminue.
Actuellement, la Chine est le premier exportateur mondial, mais comment faire pour le rester sur un marché si concurrentiel ?
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Dès lors, les entrepreneurs chinois se sont aperçus de l’importance de l’information : c’est donc l’explosion de l’intelligence économique en Chine. Des agences d’intelligence économique ont poussées comme « des champignons après la pluie ». Elles servent à collecter et analyser les informations qu’elles trouvent, et ainsi satisfaire les besoins des entreprises. Pour les grands groupes chinois comme Haier, Hisense ou Lenovo, des départements d’intelligence économique ont été créés.
Néanmoins le développement de l’intelligence économique en Chine est encore mineur. Ce domaine n’est d’ailleurs pas connu par la population chinoise. Sur Internet, dans le journal, ou à la télévision, il existe très peu d’information traitant de ce sujet. Au sein des universités, l’IE ne fait pas l’objet de filière ou de spécialité comme en France ou aux États-Unis, mise à part peut-être la science de l‘intelligence.

4ème séminaire d’intelligence économique (2012.05, Paris) entre la CCI et Hunan institut de science et technologie
Aujourd’hui en Chine, on compare encore l’intelligence économique à l’espionnage économique. Mais heureusement, il existe quelques instituts éducatifs offrant aux professionnels de l’IE des formations en continues.
Concrètement, la Chine dispose de deux centres d’intelligence économique et d’une agence régionale d’innovation. Rattachés au Hunan Institute for Science and Technology, ils échangent régulièrement avec la CCI française.
La préoccupation récente de la Chine est donc de combler ce retard en répondant aux besoins des dirigeants sur les problématiques de guerre économique et informationnelle. Cette demande est de plus en plus importante dans le pays.
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En tant qu’étudiant chinois en France, je pense que si le système éducatif supérieur chinois ne fait pas de changement et si l’université ne s’adapte pas aux besoins de marché, nous risquons de perdre une grosse part du marché professionnel.
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Han Yantao
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