Entretien avec l’un des pionniers de l’Intelligence Economique : Luc Quoniam

Actuellement en Master Intelligence Économique et Communication Stratégique à l’Icomtec à l’IAE de Poitiers, nous avons voulu savoir ce que pense Monsieur Luc Quoniam, l’un des pionniers de l’Intelligence Économique en France. Titulaire d’un doctorat en information et communication en sciences obtenu en 1988 à l’Université Aix Marseille III (1), il est habilité à diriger des Recherches depuis 1996.

Il est professeur des Universités à l’Université du Sud Toulon-Var depuis 1998.

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Un acteur influent en Intelligence Economique

Luc Quoniam participe activement à modeler la pensée de l’Intelligence Économique en France, du fait de sa longue expérience dans ce domaine, des doctorants qu’il a accompagnés (plus de 40) ainsi que de ses étudiants en Master qu’il forme à l’Université Sud Toulon Var.

Mais son influence ne se limite pas à notre pays : il est aussi fortement lié avec le Portugal où il a enseigné à l’Université Fernando Pessoa (2007 - 2010). En 2009, il y a créé le premier Master en IE du Portugal avec l’habilitation du Ministère de l’Enseignement supérieur Portugais. Et avec Brésil où il a été détaché au Ministère des Affaires Etrangères à Sao Paulo (2000 – 2004) puis en tant que professeur invité à l’Université de Sao Paulo (2005 - 2007).

Il concentre ses recherches sur l’intelligence compétitive, l’innovation, la créativité, la gestion des connaissances, l’adaptation au changement. Il met également l’accent sur les brevets.

C’est au cours de ses études en Information et Communication qu’il va s’engager vers l’Intelligence Économique. En effet, ayant pu appliquer à lui-même les méthodes de l’IE, il s’est orienté vers ce domaine au moment de sa thèse. Il est par la suite devenu enseignant-chercheur et a pu travailler sur les différentes thématiques du domaine.

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« La crise actuelle ne se réglera pas avec du financier, mais par l’innovation »

Luc Quoniam se concentre aujourd’hui plus particulièrement sur le brevet et l’innovation qui sont pour lui fondamentaux. Il va même plus loin en affirmant que la crise : « Ne se réglera pas strictement avec du financier, mais en recourant également massivement à la R&D, à l’Innovation ».

L’innovation est très importante pour développer la compétitivité hors prix puisqu’elle est un levier de la croissance économique.

Pour lui, de manière générale, on n’utilise pas assez l’information brevet en France (2), ce qui pénalise les entreprises françaises dans la compétition grâce aux informations stratégiques contenue dedans. Le brevet permet le développement des entreprises, mais aussi des États.

Cela traduit un manque de culture entrepreneuriale et de volonté politique contrairement à des pays en pleine expansion comme l’Inde ou le Brésil, où les politiques concentrent leurs efforts sur cette thématique. En France, nous nous concentrons trop sur des aspects comme la sécurité de l’information ou le lobbying et pas assez sur l’innovation. Il est important de changer de paradigme.

Pour travailler sur les brevets, Luc Quoniam utilise des outils gratuits et/ou libres de droits et non pas des solutions propriétaires. En effet, il ne veut pas dépendre de la manière de pensée imposée par l’outil, mais souhaite découvrir de nouveaux logiciels et ainsi élargir ses horizons. Et favoriser la pénétration de l’I.E. en supprimant le côté mercantile de l’approche.

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L’avenir des formations en IE en France

Il existe pour lui un véritable problème au sein des formations en IE. En effet, les nombreuses, voir trop nombreuses formations, sont le plus souvent en inadéquation totale avec une réalité concrète.

Les personnes sortent alors avec une formation qui ne les prépare pas à affronter le monde de l’entreprise et elles risquent de véhiculer une mauvaise image de l’Intelligence Économique. On reste encore trop dans une approche de l’esprit et pas assez dans l’action concrète sur le terrain et notamment dans le domaine de l’innovation.

Cette inadéquation entre le terrain et la formation des étudiants en Intelligence Économique pose de nombreux problèmes. Luc Quoniam a une vision pessimiste de l’IE à long terme en France alors que les pays émergents ou le Brésil offrent de nombreuses opportunités. Les étudiants actuels seront les acteurs de ce secteur dans une dizaine d’années, mais leurs actions vont être largement influencées par leur formation et l’école de pensée à laquelle ils ont été soumis.

Il est donc très important d‘inventer de nouveaux modèles, d’autres manières de penser pour agir différemment et ainsi créer de nouvelles conditions pour réussir.

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Antoine Henry

 


(1) « Bibliométrie informatisée et information stratégique: réalisation d’un système automatique d’analyse de fichiers télédéchargés sur micro-ordinateur: application à la détermination des pôles de recherche, des réseaux, de la corrélation spécifique dans divers domaines scientifiques » sous la direction d’Henri Dou

(2) Plus 1,1 % de croissance en 2011 par rapport à 2010 avec 16 757 dépôts auprès de l’INPI en France http://www.industrie-techno.com/legere-augmentation-des- depots-de-brevets-en-france-en-2011.12736 . Pour le Brésil, l’INPI Brésilien enregistre en moyenne 21 000 demandes de brevets par an, chiffre qui augmente rapidement http://ticri.inpl-nancy.fr/ihest-bresil-france.pr.fr/index.php/La_propri%C3%A9t%C3%A9_intellectuelle_dans_le_d%C3%A9veloppement_du_Br %C3%A9sil

3 Responses to Entretien avec l’un des pionniers de l’Intelligence Economique : Luc Quoniam

  1. Je reviens sur la partie formation de l’article de Luc que je salue au passage. Je pense que l’EGE aujourd’hui répond parfaitement aux besoins des entreprises et que de 40 étudiants il y a 7 ans, nous sommes aujourd’hui à 100 étudiants par an. Nous visons déjà l’ouverture d’une nouvelle formation l’année prochaine. Soulignons aussi la qualité des étudiants ICOMTEC qui, grâce au travail de Nicolas, permet la production de connaissance de son master qui donne aussi d’excellents étudiants. Depuis la rentrée 2012, le master Marne la Vallée renaît sous l’impulsion de Patrick Cansell. Quand les formateurs se donnent les moyens de réfléchir à un programme performant, de nouer des liens avec les entreprises, d’optimiser le recrutement, de les aider à les placer sur la marché du travail, las résultats suivent. Les formations dépendent de l’implication de leurs responsables. Il est vrai que trop de formations existent (35 référencées sur le portail de l’IE : http://www.portail-ie.fr) avec certaines qui devraient se remettre en question. L’IE doit être un dialogue entre monde universitaire mais surtout, savoir-faire d’entreprises et méthodologie. Aujourd’hui trop peu d’enseignants ont les capacités à donner de la matière aux jeunes, voici l’axe à travailler. Dans l’IE, les praticiens sont le coeur de la connaissance.

  2. Bonjour,

    Je ne souhaite pas revenir sur la partie enseignement, avec laquelle je suis entièrement d’accord avec Mr Pahlawan et Mr Quoniam (une étude sur les formations en IE en France devrait d’ailleurs bientôt paraître dans VeilleMag) mais sur l’impact des brevets.
    Actuellement en Inde, il y a un affrontement entre le gouvernement et l’industrie pharmaceutique autour des brevets des médicaments http://www.youphil.com/fr/article/06172-inde-bayer-brevets-big-pharma-industrie-pharmaceutique-novartis?ypcli=ano
    Cet exemple illustre bien l’utilisation que l’on peut faire des brevets et l’impact de ceux-ci.

  3. Jean-Louis Gaillard

    Bonjour

    Les propos du Prof. Quoniam font le multiple postulat que l’entreprise, sa culture et sa création de valeur intellectuelle (ou autres) sont la clé du changement et de la réussite. C’est encourageant dans un pays ou les PME font un carton au plan de l’innovation et se font littéralement matraquer puis döpouiller par l’Etat alors qu’il épargne justement celles du CAC 40 et les conglomérats étrangers, par un système de prélèvements injuste et inique. Les pme contribuent plus aux comptes sociaux plus que cells du CAC40 .

    C’est la double utilité de la vache à lait: elle donne du bon lait chaud, et en plus, on peut venir la traire tous les matins sans qu’elle bronche. Merci Mr Quoniam de nous le rappeler donc.

    En outre, le Prof Qunoiam nous replace dans une posture un peu moisn flamboyante, quand il parle du Brésil et de sa capacité à innover. Il faudrait bien que quelques universitaires et chefs de labos se reveillent un peu. Merci de nous empécher de dormir Luc.

    Cordialement,

    Jean-Louis

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