Dégradations en folie

Le glas a sonné pour le triple A français dimanche dernier. Ce n’est une surprise pour personne, l’agence de notation Standard & Poor’s a dépouillé la France de son bien le plus précieux. Malheureusement, là où on pourrait voir l’épilogue d’une lente agonie pourrait n’être que la fin d’un chapitre qui ne présage rien de bon pour l’avenir. La France serait-elle financièrement morte et aurait-elle débuté les chroniques d’une faillite annoncée ?

Conséquence de déficits récurrents, la dette publique, qui s’élevait à peine à 20 % du PIB à la fin des années 1970, atteignait déjà 85,3% du PIB en décembre 2011. Nous nous retrouvons donc avec une dette de 1690 milliards d’euros sur les bras, c’est-à-dire près de 26000 euros à rembourser pour chaque habitant.

Les impôts entre mythe et réalité

Selon vous, à quelle fin sont utilisés vos impôts ? Au financement des services publics ? A la rénovation du patrimoine ? Au développement des infrastructures et de notre système éducatif ? Cela relève de la légende urbaine. La totalité de nos impôts est utilisée pour rembourser une partie des intérêts de la dette française. En 2010, ces intérêts s’élevaient à 42,5 milliards.

Mais dans ce cas, où tire-t-on l’argent pour faire les investissements nécessaires pour l’éducation, les logements ou les services publics ? Eh bien, la France emprunte à crédit. Ce qui s’ajoute à la dette totale et ce qui augmente les intérêts à payer chaque année, d’où plus de taxes.

Il faut savoir que pour payer ses dettes, l’État ne peut prendre que sur ses recettes (ce qu’il prélève comme impôt sur les entreprises et ses citoyens). Notre déficit fiscal actuel se monte à 33% des recettes fiscales. Il faut trouver un tiers de recettes fiscales supplémentaires. Mais où ? Une fois encore les Français vont être mis à contribution.

Plus de la moitié des revenus liés au travail sont prélevés au titre des impôts et taxes, c’est-à-dire qu’on travaille déjà plus de la moitié de notre année pour le gouvernement, à titre de bénévole. Nous payons déjà des taxes supplémentaires sur nos sodas et nos sandwich réchauffés (simplement parce qu’ils sont chauds!), alors quelle solution reste-t-il ? Une niche inexplorée pourrait être celle des hauts revenus.

Évolution de la dette publique

En 2011, selon la loi de finances, est considérée comme riche toute personne qui a 250 000 euros par an de revenus imposables. Cela concerne environ 20 000 foyers. Taxés à hauteur de 3%, cela représente entre 300 et 500 millions d’euros de recettes. A combien s’élevaient les intérêts à payer déjà ? 42,5 milliards.

Alors à quoi s’attendre ? Une solution très intéressante, qui serait loin de plaire à tout le monde, serait de trouver de nouveaux riches. Cela ne serait pas étonnant de voir l’Etat abaisser progressivement le seuil de richesse de sorte que la classe moyenne se retrouve soudainement « riche » et donc taxable. Dans les statistiques, la France se retrouverait avec moins de pauvres et plus de riches, ce qui serait tout à son avantage. Pour rappel, le seuil de richesse a déjà été abaissé de 500 000 à 250 000€ en novembre 2011.

La croissance de la France est en berne ( 0% au dernier trimestre ), sa productivité a décliné et le gouvernement ne cesse de s’endetter. Ce n’est vraisemblablement pas avec ça et un taux de chômage de 9,3% que nous pourrons effacer la dette. Pour nous sortir la tête hors de l’eau, il nous faudrait une croissance de 4%, miracle que nous n’avons pas vu depuis 30 ans.

Flambée des taux d’intérêts

Pour le moment, la France emprunte à un taux d’intérêt de 3,5% environ. Si ce taux atteignait 4%, plus de la totalité des recettes de l’impôt sur le revenu passerait dans la charge de la dette. Chaque 1% d’intérêt supplémentaire coûterait 2,5 à 3 milliards d’euros annuels à l’horizon de 12 à 18 mois, avant d’atteindre près de 15 milliards d’euros par an à l’horizon 2017. Avec la perte du triple A français et celui du Fonds Européen de Stabilité Financière, les taux devraient progressivement atteindre les 6%, comme pour la Grèce, l’Irlande, le Portugal et l’Italie. Cela coûterait donc 30 milliards d’euros. Le remboursement des intérêts équivaudrait alors à plus de 160% des recettes de l’impôt sur le revenu. Inutile de dire que les plans d’austérité foisonneront et que nous devrons dire adieu à l’Etat Providence tel que nous le connaissons.

A quoi peut-on donc s’attendre dans les prochains mois ? Tout d’abord, les taux d’intérêt devraient progressivement augmenter, creusant ainsi un fossé encore plus grand avec les taux allemands, et rendant les emprunts de la France de plus en plus coûteux. Les rendements de l’assurance vie devraient baisser, la France aura de plus en plus de mal à vendre ses obligations d’Etat, et les banques devraient bénéficier de nouvelles augmentations de capital. Sans oublier qu’une perte du triple A français devrait entraîner de facto une dégradation des banques et assureurs français.

Au niveau de l’Europe, une sortie de la zone euro de certains pays devient de plus en plus probable, notamment avec la Grèce qui est sur la voie officielle de la faillite. Selon l’AFP, « les négociations concernant les modalités de la restructuration de sa dette ont été suspendues vendredi dernier et les banques ont laissé entendre qu’elles pourraient revenir sur leur engagement à en effacer volontairement une grande partie ». Il y a peu de temps encore, c’était M. Kraemer, responsable de Standard & Poor’s, qui faisait part à Bloomberg TV qu’il était persuadé que la Grèce allait faire défaut très prochainement. Aujourd’hui, c’est au tour de Fitch d’annoncer que la Grèce fera vraisemblablement faillite en mars, celle-ci étant dans l’incapacité de rembourser les intérêts de ses obligations ( 14,5 milliards d’€ ) qui arrivent à terme le 20 mars 2012.

Tout cela rajoute une pression supplémentaire pour que la Banque Centrale Européenne sorte la planche à billets afin d’imprimer plus de monnaie, chose à laquelle est fermement opposée l’Allemagne sous risque de claquer la porte à la zone euro. Pourtant, qu’on ne se leurre pas, soit la BCE procède à sa version du quantitative easing, faisant ainsi perdre à l’euro 30 à 40% de sa valeur, soit l’Europe devra faire face à des faillites retentissantes et des restructurations de dette, accompagnées d’une défaillance générale de son système. Nous sommes donc arrivés à un stade où la BCE se retrouvera tôt ou tard dans l’obligation d’imprimer.

Et quand cela arrivera, vous pouvez vous attendre à une montée du CAC 40 qui pourrait accueillir la nouvelle les bras ouverts avant de vite déchanter, car elle sera bien vite suivie d’une hyperinflation, d’un pouvoir d’achat limité et d’une perte de vos économies ( au mieux à cause de l’inflation, au pire suite à des faillites bancaires ). Mais comme dirait notre gouvernement, « sur le fond des choses, cela ne change rien ».

 

 Jonathan LEICHNIG

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