Glyphosate : revendications sanitaires et lobbying

Le monde agricole, de par la consommation alimentaire, rencontre de nombreuses confrontations opposant production et santé. Aujourd’hui, la médiatisation du lobbying agricole met en lumière l’utilisation de pesticides cancérigènes pour une production davantage quantitative que qualitative.  Cet article revient sur le sujet du glyphosate, qui a soulevé de nombreuses questions en fin d’année 2017. Alors que le mot « glyphosate » est omniprésent sur les réseaux sociaux et très fréquemment utilisé par les médias, savons-nous vraiment quel débat soulève-t-il ? Qu’est ce que le glyphosate ? Comment est-il utilisé ? Pourquoi est-il controversé ? Et surtout, en quoi est-il sujet aux actions d’influence ?

LE PRODUIT

Le glyphosate (C3H8NO5P) est une molécule chimique à effet d’herbicide total. Dans le domaine de l’agriculture, cette molécule est associée à d’autres molécules afin de créer un produit phytosanitaire puissant. Pour être plus synthétique, les herbicides liés au glyphosate agissent sur toutes les plantes, sans sélection et en intégralité. Ils sont supposés détruire toutes les « mauvaises herbes » (en réalité toutes les herbes) pouvant se trouver sur une culture. C’est en 1974 que des scientifiques inventent cette molécule. Le brevet est ensuite déposé pour le monopole de Monsanto (leader de l’industrie agrochimique) sous la célèbre marque Roundup. L’an 2000 a marqué la fin officielle du monopole par le laboratoire et la molécule est depuis tombée dans le domaine public. Dès lors, de nombreuses sociétés de produits phytosanitaires se l’approprient pour son efficacité afin de créer de nouvelles marques concurrentes ou complémentaires au Roundup.

Le glyphosate est aujourd’hui utilisé dans plus de 750 produits commercialisés, et cela, partout dans le monde.

Les herbicides associant cette molécule peuvent être employés dans le monde agricole mais aussi chez les particuliers. Notons qu’en France, l’utilisation du glyphosate dans les collectivités est interdite depuis le 1er janvier 2017 pour la préservation des espaces fleuris.

La présence croissante de produits contenant cette molécule a donc incité les instituts de recherches médicales à analyser les effets de cette dernière sur l’Homme.  En 2015, le Centre International de Recherches sur le Cancer (CIRC) déclare le glyphosate comme « probablement cancérigène ». Par ailleurs, même si nous ne sommes pas directement en contact avec la molécule, nous côtoyons quotidiennement des résidus d’herbicides que nous trouvons également dans les cours d’eau, par l’écoulement des absorptions terrestres. L’accumulation des résidus et l’association de la molécule avec d’autres produits néfastes sont au cœur des questions de santé publique. Ajoutons à cela, la problématique de l’effet de la molécule sur l’environnement avec notamment la destruction de certaines algues et le développement de maladies chez les animaux.

GLYPHOSATE ET LOBBYING

En octobre 2017, la Commission européenne s’est réunie afin de plancher sur le renouvellement de la licence et  l’autorisation d’utilisation du glyphosate dans les produits phytosanitaires. Les représentants des Etat membres ne se sont finalement pas mis d’accord sur le sort de la molécule controversée.

En effet, la molécule a créé une véritable bataille entre les experts.  De nombreux instituts de recherche ont confirmé les effets néfastes de la molécule, notamment sur l’environnement. Les agences européennes EFSA (Autorité européenne de la sécurité alimentaire) et ECHA (Agence Européenne des produits chimiques)  ont reconnu la toxicité des produits au sein des milieux aquatiques mais selon elles, ce prétexte n’est pas suffisant pour interdire l’utilisation générale d’un produit.

Elles se sont alors confrontées au CIRC qui, lui, prône une interdiction du glyphosate au vu des des effets qu’il cause sur la santé humaine.

Le désaccord entre ces organisations pourrait venir du fait que les trois agences n’étudient pas le sujet de la même manière : l’ECHA et l’EFSA étudient la molécule pure du glyphosate, sans mélange ni modification, alors que le CIRC étudie les produits commercialisés comprenant la molécule du glyphosate ainsi que tous ses adjuvants. Toutefois, la véritable opposition pourrait se trouver non pas sur le fond mais sur la forme. En effet, les deux agences européennes sont des agences réglementaires qui rendent leurs avis à partir d’études fournies par les industriels. Le CIRC est quant à lui une agence de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), basant ses recherches uniquement sur des analyses scientifiques.

Une révélation du journal Le Monde, qui indique que Monsanto aurait fait paraître des articles coécrits par ses employés et signés par des scientifiques pour contrer la toxicité du glyphosate vient troubler davantage encore cette bataille.

La commission européenne n’arrive alors pas à trancher sur la décision de l’utilisation du glyphosate, notamment parce qu’elle prend en compte deux types de rapports : l’un se basant sur des faits scientifiques et l’autre s’appuyant sur des données fournies par les industriels et plus encore, par des acteurs majeurs du secteur. Le lobbying mené par les entreprises commercialisant et utilisant des produits phytosanitaires joue alors son rôle de pression sur le processus de prise de décision mené par les institutions étatiques et de santé publique.

POUR RÉSUMER

            Le cas de la molécule glyphosate oppose l’industrie de l’agrochimie (menée par Monsanto et une partie du monde agricole productiviste) aux acteurs de la santé et de la protection environnementale. Les premiers déclarent la molécule « sûre » pour prolonger son autorisation et toujours bénéficier de l’efficacité totale des produits alors que les seconds affirment la nocivité de la molécule tant pour la santé que pour l’environnement. Prolonger l’utilisation de la molécule reviendrait donc à favoriser le rendement et les intérêts économiques au détriment des risques sanitaires. De plus, les conséquences touchent l’intégralité de la population puisque contrairement au tabac où à l’alcool, dont la consommation dépend des individus, les résidus du glyphosate sont omniprésents dans l’environnement. Toutes ces raisons expliquent la forte médiatisation du débat.

Campagne anti-glyphostae par Greenpeace (2016)

Lobbying et conflits d’intérêt : quelles solutions ?

Le cas du glyphosate nous pousse à nous questionner : Les intérêts économiques sont ils nécessairement prioritaires face aux risques que les produits peuvent impliquer ?

Les débats ont donc tendance à séparer deux pôles opposant schématiquement l’intérêt public (comme la santé, la protection de l’environnement, la défense animale…) face à l’intérêt économique porté par les entreprises influentes et actives dans le domaine en question. Chacun des deux pôles, malgré des intérêts souvent opposés, intervient simultanément sur une prise de décision. Les lobbies sont des groupes constitués d’acteurs ayant des objectifs communs, rassemblés pour défendre leurs propres intérêts face aux institutions publiques. Ils peuvent être un groupement d’acteurs privés, un rassemblement de professionnels (chasseurs, taxis…) ou encore des ONG (Organisations Non Gouvernementales). Les actions menées pour obtenir une décisions favorable sont multiples et s’appuient sur une notion clef : le réseau. L’intervention des groupes peut être tout à fait légitime ou non. La législation française est encore très opaque quant à l’encadrement des lobbies, et le trafic d’influence reste une notion flou.

Outre le cas du glyphosate, de nombreux autres débats existant dans notre société confrontent intérêts économiques et santé publique : le sucre dans l’agroalimentaire, les laboratoires pharmaceutiques, le tabac, le diesel … Le but est alors pour chaque débat de trouver une solution qui puisse convenir à tous les partis. Serait-il illusoire de trouver une solution profitant aux intérêts capitalistes (recherche de profits) ainsi qu’à l’environnement et la santé publique ? Prenons l’exemple du diesel, un carburant dont les preuves de nocivité s’accumulent (particules fines) et qui est utilisé par 50% des véhicules particuliers en France. Le filtre à particules est vu comme la solution miracle, rendant le carburant supposément plus propre que ce qu’il est en réalité. Est- ce un moyen de faire taire le débat ?

Il s’agit, pour le marché du diesel, d’un moyen de continuer à prospérer.

Finalement, que ce soit pour le glyphosate ou pour tout autre cas, les questions persistent :  réalité ou leurre ? Décision sainement réfléchie ou influence économique ? Peu de consommateurs sont avertis des fonctionnements sous-jacents des différents secteurs et des répercutions sur leur quotidien.

L’équipe Cell’IE


Sources :

  • France Info- L’article à lire pour comprendre le débat sur le glyphosate, la star des herbicides – Disponible sur https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/pesticides/si-vous-ne-comprenez-

rien-au-debat-sur-le-glyphosate-la-star-des-herbicides-lisez-cet-article_2412665.html

 

  • Bastamag – Au mépris de la santé publique, comment l’Etat et les lobbies ont mis en place le tout diesel – Disponible sur : https://www.bastamag.net/Au-mepris-de-la-sante-publique-comment-l-Etat-et-les-lobbies-ont-mis-en-place

 

  • Europe 1, le JDD – Loi Hamon : « Du lobbying au détriment de la santé publique » – Disponible sur : http://www.lejdd.fr/Politique/Loi-Hamon-Du-lobbying-au-detriment-de-la-sante-publique-644430

 

  • Le Figaro économie – Le glyphosate, interdit en France d’ici 2022 – Disponible sur : http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2017/09/25/97002-20170925FILWWW00059-le-glyphosate-bientot-interdit-en-france.php

 

  • La Depeche – Glyphostae : Bruxelles au centre d’une intense bataille du lobbying – Disponible sur : https://www.ladepeche.fr/article/2017/10/26/2673015-glyphosate-bruxelles

 

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