Les enjeux de la diplomatie culturelle Française à l’ère de la globalisation

Dans un cadre mondialisé des relations internationales entre les pays, la diplomatie culturelle fait intégralement partie des outils utilisés par les gouvernements dans leurs échanges avec les étrangers. Si son objectif le plus évident est de développer une image forte de son pays à l’international, la diplomatie culturelle passe également par la création de liens avec le milieu culturel, mais elle consiste aussi plus largement à établir des ponts entre les secteurs économique et scientifique de deux pays.

Dans son ouvrage « Le Choc des civilisations » (1996) Samuel Huntington affirme que la diplomatie n’est plus limitée à l’usage exclusif des états, puisque de nouveaux acteurs : individus, institutions, associations, théâtres, écoles – sont à l’origine d’une « diplomatie parallèle qui se passe de l’intermédiaire des états ». La globalisation économique accélère ce processus, et rend la culture indissociable des relations interétatiques. La France, en tant que « grande puissance » culturelle doit s’adapter à ces mutations et s’engager dans une rationalisation de son appareil culturel à l’international.

Culture et mondialisation des échanges

Année France/Corée – 2015 – Seoul

Dans un monde où les échanges se sont mondialisés, la culture dans sa dimension contemporaine s’inscrit elle aussi dans un contexte concurrentiel. Des pays comme l’Angleterre, La France ou les États-Unis déploient des stratégies dans des pays étrangers pour y diffuser leur culture. Pour ce faire, elles y développent un réseau institutionnel faisant office de relais de cette culture. En effet, les états l’ont bien compris : l’influence d’un pays ne se limite plus à sa seule puissance économique, militaire où à son poids dans la gouvernance mondiale. Bernard Kouchner, alors ministre des affaires étrangères expliquait ce changement avec ces mots : « L’influence d’un pays tient aussi au pouvoir des idées et des images ».

A l’heure où le monde se dématérialise peu à peu sous les effets de la révolution du numérique, les idées, les savoirs et les produits culturels s’échangent de manières accélérées. Dans cette compétition mondiale de la culture et de la communication, il ajoute également que la prospérité revient à ceux qui « maîtrisent la production et la diffusion » de leur culture. Ainsi, le rayonnement global d’un pays passant également par sa culture, on comprend mieux l’intérêt qu’il trouve à développer des stratégies de diplomatie d’influence culturelle.

La France s’appuyant sur son passé en tant que grande puissance colonialiste, n’a jamais cessé d’entretenir sa proximité avec les pays qu’elle a occupés. Si son influence sur eux ne se manifeste plus aussi directement qu’auparavant, elle a déployé dans des centaines de pays un arsenal d’institutions aux finalités diverses pour maintenir sa puissance économique et culturelle. Sous la coupe du Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères, les Instituts Français ou encore les Alliances Françaises sont dispatchés par centaines aux quatre coins du monde et illustrent la volonté qu’à la France à maintenir son aura culturelle à l’international. Par la culture et l’enseignement de la langue française, elles tentent de maintenir le lien entre les populations locales et l’hexagone pour permettre in fine d’activer des leviers économiques et d’amenuir les tensions interétatiques.  En somme, vendre sa culture à l’extérieur aide à mieux assurer sa sécurité, à faire des affaires et à exercer une plus grande influence dans le monde.

La période actuelle est marquée par la dissolution des nations au profit de la mondialisation. Le Ministère des Affaires Etrangères, conscient de ces mutations, a entamé une réforme de son appareil diplomatique et culturel à l’étranger depuis 1998. La présidence de Nicolas Sarkozy viendra appuyer ce processus de rationalisation. En témoigne le rapport d’Hubert Védrine, ex-ministre des affaires étrangères du gouvernement Jospin, dont le rapport préconisera pour la France, l’adoption d’une posture inverse qui consisterait à s’opposer au processus inévitable de la globalisation. Ce rapport, cardinal dans l’évolution de la diplomatie culturelle française est donc le symbole des préoccupations du pays qui tend à s’adapter au mieux à la période contemporaine marquée par de fortes évolutions.

L’enjeu cardinal de la diversité culturelle :

Ce processus de réformes complexes se fait en réponse à la réelle problématique qui frappe le réseau culturel français et notamment par rapport au déclin de son influence face à la montée hégémonique de l’industrie culturelle américaine et de la prédominance grandissante de la langue anglaise au détriment de la francophonie. Dès lors, la France s’affiche comme défenseur de la diversité, et considère son action extérieure comme le moteur du combat contre la standardisation  culturelle. Elle fut d’ailleurs le principal porte-voix, pour faire entendre auprès de l’UNESCO, la diversité culturelle comme une nouvelle éthique universelle. Cette pression a débouché en 2001 sur la Déclaration universelle de l’UNESCO qui affirme « fécondité des cultures » dans un esprit de dialogue et d’ouverture mettant ainsi en exergue les risques de standardisation et de repli identitaire liés à la mondialisation.

La mondialisation rabat les cartes de la géopolitique, laissant place à une interdépendance plus forte des états. Cette donne contrecarre quelque peu les objectifs français de promotion et d’exportation de leur culture mais aussi l’influence que la France exerce dans le monde. Elle va donc partir du postulat qu’il devient nécessaire de lier plus étroitement l’industrie culturelle à l’économie. C’est à dire en faisant entrer en relation, l’appareil culturel français et les entreprises privées pour acter vers une diplomatie en phase avec les grandes tendances de l’industrialisation de la culture. La culture et l’économie s’intégreront peu à peu à partir des années 90 dans la diplomatie classique jusqu’alors pratiquée par l’hexagone. On ne saurait d’ailleurs plus séparer diplomatie culturelle et action économique et commerciale. Ainsi, bénéficiant d’un gigantesque appareil diplomatique (3e mondial en nombre d’ambassades et de consulats), la France possède un réseau d’établissements culturels à la hauteur de ses ambitions.

Jeunes élèves égyptiennes francophones – Institut Français du Caire – 2017

 

Les réformes de la diplomatie culturelle française :

Dans une logique de conquête, sur des territoires d’avantage préservés de l’hégémonie culturelle anglo-saxonne, la France axe sa stratégie sur les pays émergents. Cette tendance illustre la démarche du Quai d’Orsay amorcée en 2006, qui se montre prompt à fermer des centres et instituts français en Europe pour en ouvrir ailleurs dans le monde. Cette réforme est corrélée à des logiques budgétaires, les établissements culturels français en Europe représentant 40% du budget mondial, leur efficacité est mise en cause et considérée comme surdimensionnée. Dans ce sens, on a déjà assisté à une vague de réduction du nombre des établissements culturels en Europe entre 1999 et 2016. Ils ont été ramenés au nombre de 30 alors que la France en possédait 52 avant 1999. Ainsi les réformes sont étroitement liées aux différents modes de financement de la diplomatie culturelle française.

Les pays qui profitent le plus de ce redéploiement sont situés dans des régions ciblées,  avec en ligne de mire : l’Afrique de l’Ouest, le Maghreb, l’Afrique du Nord-Est, l’Arabie, et l’Asie du Sud-Est. Elles sont stratégiquement intéressantes pour la France qui y exerce encore depuis son passé colonial une forte influence. Elles sont de plus constituées par nombre de pays en développement voués à jouir d’une place de plus en plus importante dans le concert des grandes puissances internationales. On observe de plus un recul de la francophonie dans ces zones, au bénéfice de l’Anglais, comme c’est le cas au Cambodge ou en Egypte. Dès lors, il convient pour la France d’accentuer ses efforts dans ces régions pour maintenir et développer son influence par l’intermédiaire de la culture.

Un autre aspect paradoxal de la politique culturelle française donne également le ton aux futures réformes. Il est en effet souligné que le réseau culturel parvient à mettre en concurrence des établissements servant les mêmes objectifs. Il s’agit des dualités qu’entretiennent les Instituts Français et des Alliances françaises au sein d’une même zone géographique. Pourtant, les deux entités culturelles, nourrissent la même ambition : diffuser la culture française et enseigner sa langue. Le Quai D’Orsay fixe comme un élément majeur de son action la promotion du français. Pour cette question, il apparait clairement que la langue est un élément stratégique clef. Cependant, les moyens pour diffuser manquent face à la vague anglophone, portée par la superpuissance des USA, qui renforce peu à peu son statut langue globale (langue des affaires, des sciences, de la diplomatie …). L’Etat Français s’investit ainsi dès lors d’une mission quasi « prophétique » et s’octroie le statut de leader pour défendre la diversification culturelle.

L’ex-ministre des Affaires Etrangères Jean Marc Ayrault à l’inauguration du nouvel Institut Français de Tunis – 17 mars 2016

L’économie ayant investi massivement le champ de la culture, la guerre d’influence économique entre les Etats s’est corrélée à la lutte pour une plus grande influence culturelle dans le monde. L’Etat Français ne semble pas vouloir abandonner ce combat et acte vers une stratégie de renouvellement pour répondre aux nouvelles problématiques de ce monde.

Léo Linger


Source :

UNESCO (2001) « Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle » URL : http://portal.unesco.org/fr/ev.php-URL_ID=13179&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html

Ambassade de France à Madrid (2015) « La France a les moyens de rayonner à l’étranger URL : https://es.ambafrance.org/La-culture-francaise-a-les-moyens-4270

ANDRE Virginie & ADAMI, André (2015). « De l’idéologie monolingue à la doxa plurilingue : regards pluridisciplinaires », Peter Lang, Bern  [en ligne] URL : www.res-per-nomen.org/ respernomen /pubs/CR/CR19-Adami-Andre.doc

HUNTINGTON, Samuel (1996). « A clash of civilizations ? », Foreign Affairs

Institut Français « Nos départements ». URL : http://www.institutfrancais.com/fr/nos-departements

 

 

 

 

 

 

 

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