L’art de la guerre vu par Sun Tzu

L’art de la guerre… ce nom qui résonne à tous comme l’ouvrage de référence des manuels de stratégie militaire est attribué à un général chinois : Sun Tzu. Aujourd’hui, les concepts énoncés il y a plusieurs siècles sont toujours d’actualité et ont été appropriés par les entreprises et les organisations dans leur quête d’expansion et de croissance. A travers les 13 chapitres de ce livre, on retrouve également les prémices des concepts de veille et d’intelligence économique.

 

Cet article s’appuie sur le livre « L’art de la guerre » par Sun Tzu, traduit du chinois et commenté par Jean Lévi – chercheur au CNRS – sinologue et orientaliste de la Chine et de la pensée chinoise. Il a publié des essais sur le taoïsme et a traduit plusieurs textes classiques chinois. Les extraits présents dans cet article sont tirés de cette traduction.

Un peu d’histoire

La date de rédaction de cet ouvrage n’est pas arrêtée. En effet, elle est encore largement débattue par les historiens et spécialistes. Tous s’accordent cependant pour situer l’œuvre entre le VIème et le IVème siècle av. J.-C.

La question-même de l’auteur de ce livre est l’objet de controverses : Est-ce Sun Tzu (parfois orthographié Sun Tsé ou Sun Wou) ? Est-ce une sédimentation de réflexions stratégiques courant sur plusieurs siècles ? Certains l’attribue au général Sun Pin (descendant de Sun Tzu).

Quoi qu’il en soit, les écrits s’inscrivent dans l’époque chinoise dite des « Royaumes Combattants » qui s’étend du Vème siècle av. J.-C. à l’unification des royaumes chinois par la dynastie Qin en 221 av. J.-C.

De quoi ça parle ?

Si les rapports Martre (1994) et Carayon (2003) ont dessiné les contours de l’intelligence économique, l’importance de l’information avait depuis des siècles été saisie par les Hommes et les organisations : la ligue Hanséatique, la « Brigade des courtisane » du Cardinal de Richelieu ou encore l’Angleterre victorienne et sa gestion du secret de la machine à filer le coton.

Force est de constater que la dimension militaire n’a jamais été loin. Aujourd’hui, l’application au monde de l’entreprise et de l’économie des décisions stratégiques est calquée sur les théories militaires. C’est dans ce contexte que l’œuvre de Sun Tzu et L’art de la guerre prend une place essentielle dans la lecture et la compréhension du monde d’aujourd’hui.

Dans L’art de la guerre, la clé du succès se résume notamment par la connaissance du terrain, la connaissance des forces en présence, la psychologie de l’ennemi, l’utilisation d’espions, de la désinformation, … On y décerne les prémices des concepts de veille et d’intelligence économique.

Sun Tzu et son œuvre

 

L’art de la guerre est divisée en 13 chapitres (ou articles) :

1.Supputations

Maître Sun a dit :

« La guerre est la grande affaire des nations ; elle est le lieu où se décident la vie et la mort ; elle est la voie de la survie ou de la disparition ; on ne saurait la traiter à la légère. »

« La guerre est subordonnée à cinq facteurs » (vertu, climat, topographie, commandement et organisation) ; « ils doivent être pris en compte dans les calculs afin de déterminer avec exactitude la balance des forces ».

 

Dans ce premier chapitre, Sun Tzu énonce cinq facteurs qui doivent rentrer en compte dans le calcul des forces en présence :

  • La vertu : assure la cohésion entre supérieurs et inférieurs.
  • Le climat : déterminé par l’alternance jour/nuit, chaud/froid (le cycle des saisons).
  • La topographie : distance et nature du terrain.
  • Le commandement : perspicacité, impartialité, humanité, résolution et sévérité du général.
  • L’organisation : discipline, hiérarchie et logistique.

2. Les opérations

Maître Sun a dit :

« Un général qui a compris l’essence de la guerre est l’arbitre de la destinée de son peuple ; il détient entre ses mains la stabilité de la nation. »

Dans ce chapitre, Sun Tzu se lance dans une énumération des coûts et des conséquences d’une guerre. Cela nécessite donc de se préparer et de faire l’équilibre des avantages et des inconvénients pour savoir s’il faut vraiment se lancer dans un conflit.

3. Combattre l’ennemi dans ses plans

Maître Sun a dit :

« En règle générale, il est préférable de préserver un pays à le détruire, un corps d’armée à le détruire, un bataillon à le détruire, une escouade à la détruire, une brigade à la détruire ».

« Qui connaît l’autre et se connaît, en cent combats ne sera point défait ; qui ne connaît l’autre mais se connaît, sera vainqueur une fois sur deux ; qui ne connaît pas plus l’autre qu’il ne se connaît sera toujours défait ».

Dans cet article, le général met en avant l’idée que la plus grande victoire est acquise lorsqu’on n’a pas eu à se battre. Cela passe par la connaissance de l’adversaire mais aussi de ses propres forces et de ses faiblesses.

4. Les formations militaires

Maître Sun a dit :

« Les grands capitaines de jadis opposaient leur invincibilité à la vulnérabilité de l’ennemi. L’invincibilité dépend de soi, la vulnérabilité de l’autre. En effet, si un habile guerrier peut forger son invincibilité, la vulnérabilité de l’ennemi est indépendante de sa volonté. »

A travers cette citation, on comprend que connaitre les clés de la victoire n’est pas gage de triomphe car le général ennemi peut lui aussi les détenir (connaissance de l’ennemi, des forces en présence, …).

Dans ce chapitre, Sun Tzu évoque la notion d’« analyse stratégique ». Celle-ci est déterminée par la superficie, les quantités, les effectifs, la balance des forces et la supériorité. Chacun étant définis par la précédente.

5. Puissance stratégique

Maître Sun a dit :

« On manœuvre une multitude comme on le ferait d’une poignée d’homme grâce à la division en corps et à la répartition en unité. »

Comme l’explique cette citation, Sun Tzu insère dans cette partie les notions de délégation du pouvoir, de hiérarchie mais aussi celle d’organisation du travail.

6. Vide et plein

Maître Sun a dit :

« Le parfait chef de guerre se rend maître du destin de l’adversaire. Il avance sans que l’autre puisse le contrer, car il s’insinue dans ses vides. »

Dans ce chapitre, les notions de vide et de plein ne sont pas clairement énoncées. L’auteur explique ici que le meilleur des généraux est celui qui va réussir à imposer le ton du conflit à venir à ses opposants. Selon le site suntzufrance.fr, les notions de « vide et de plein » pourrait donc être remplacé par « faiblesses et forces ».

7. L’engagement

Maître Sun a dit :

« Les difficultés inhérentes à l’engagement consistent essentiellement en ceci : il faut savoir faire du chemin le plus long le plus court et renverser le désavantage en avantage. »

« Par exemple : je dévie de ma route afin de distraire l’ennemi par l’appât d’un gain fictif si bien que, parti après lui, j’arrive le premier sur l’objectif. Voici ce qui s’appelle posséder à fond la dialectique du direct et de l’indirect. »

A travers cet exemple, développe le concept de désinformation. Pour le général, la réussite de la désinformation s’inscrit dans la maîtrise du « direct » et de « l’indirect », c’est-à-dire se jouer de l’information avec toutes les armes à sa disposition pour remporter la victoire.

8. Les neufs retournements

Maître Sun a dit :

« Le général qui a pénétré à fond les avantages offerts par les neuf retournements connaît réellement l’art de la guerre ; celui qui ne les connaît pas aura beau posséder la science de la topographie, il lui sera impossible d’en tirer parti. »

« Qui dirige une armée en ignorant l’art des neuf retournements se montrera incapable d’user de ses hommes, même s’il connaît les cinq avantages tactiques. »

Les fameux « neufs retournements » qui devraient, comme son nom l’indique, faire partie de ce chapitre ne sont pas évoqués.

Cependant, il évoque les cinq traits de caractère qui peuvent être dangereux pour un général : s’il n’a pas peur de mourir ou au contraire s’il chérit trop la vie, il risque d’être capturé, si le général est coléreux il risque de réagir aux insultes, s’il est un homme d’honneur il aura peut de peur de recevoir l’opprobre et enfin, s’il est compatissant il sera trop facilement influençable.

9. L’armée en campagne

Maître Sun a dit :

« Voici quelques règles simples à observer en prenant position face à l’ennemi ».

Dans ce neuvième chapitre, Sun Tzu énumère une liste de situation de voyage bien précise ainsi que la manière la plus efficace pour réagir. Par exemple, il précise qu’en cas d’averse, il faut « franchir le fleuve une fois la crue passé ». Aujourd’hui, nous dirions probablement de laisser passer l’orage mais le constat est le même : attendre que le pire passe pour ensuite réagir et lancer sa propre stratégie. On peut dans ce cas penser à la réaction d’une entreprise dans le cas d’une gestion de crise.

10. Le terrain

Maître Sun a dit :

« Un terrain peut être accessible, scabreux, neutralisant, resserré, accidenté ou lointain. »

Dans ce court chapitre, l’auteur décrit plusieurs types de terrain :

  • Accessible : dans le contexte, il s’agit d’un terrain « où les deux belligérants disposent d’une totale liberté ». Dans le contexte de l’entreprise, il peut s’agir d’un environnement totalement libéré (sans barrière à l’entrée ou à la sortie ou sans intervention de l’Etat).
  • Scabreux : pour ce terrain il est facile de s’y engager mais extrêmement difficile d’en sortir.
  • Neutralisant : sur ce terrain, les deux camps n’ont aucun intérêt à prendre l’initiative.
  • Resserré : le terrain resserré le devient par la volonté du premier à l’occuper. Le terrain est resserré car il a bloqué toutes les possibilités d’intervention et attend son adversaire.
  • Accidenté : dans ce cas, cela signifie que le premier en position choisit les meilleurs emplacements. Les suivants doivent donc battre en retraite.
  • Lointain : ce terrain est celui où il est déconseillé de provoquer un adversaire qui a les mêmes atouts que vous. L’issue pourrait être dramatique.

11. Les neuf sortes de terrain

Maître Sun a dit :

« A la guerre, un terrain peut être de dispersion, de négligence, de confrontation, de rencontre, de communication, de diligence, de sape, d’encerclement ou d’anéantissement. »

 

De la même manière qu’au chapitre précédent, Sun Tzu décrit plusieurs types de terrains ayant diverses spécificités.

12. Attaques par le feu

Maître Sun a dit :

« Il existe cinq sortes d’attaque par le feu. On peut incendier les personnes, les vivres, les chariots, les arsenaux et les infrastructures. »

Cet avant-dernier chapitre décrit les différents moyens de s’attaquer à son adversaire après avoir identifié son point faible.

13. L’espionnage

Maître Sun a dit :

La prévision « provient uniquement des renseignements obtenus auprès de ceux qui connaissent la situation de l’adversaire. Il existe cinq sortes d’agents : les agents indigènes, les agents intérieurs, les agents retournés, les agents sacrifiés et les agents préservés. »

Dans ce treizième et dernier chapitre, Sun Tzu explique qu’il est nécessaire de se tenir au fait de la situation réelle de l’adversaire. Pour cela, il élabore une typologie de cinq espions (ou agents) :

  • Les agents indigènes : ils se trouvent parmi les gens du cru.
  • Les agents intérieurs : il s’agit des fonctionnaires.
  • Les agents retournés : Ce sont les agents ennemis dont les services ont été achetés.
  • Les agents sacrifiés : agents chargés de transmettre de faux renseignements (désinformation).
  • Les agents préservés : ils doivent revenir sains et saufs avec des informations du camp ennemi.

Thomas Leloutre


Réalisé dans le cadre du cours d’« Histoire et culture de l’Intelligence économique » assuré par Nicolas Moinet, Professeur des universités en sciences de l’information et de la communication à l’IAE de Poitiers :

Pour aller plus loin : article CELL’IE

  • La ligue Hanséatique : aux origines de l’intelligence à la suédoise par Léa Rabier
    https://www.cellie.fr/2017/04/26/la-ligue-hanseatique-aux-origines-de-lintelligence-a-la-suedoise/

Webographie :

Ouvrage :

  • L’art de la guerre.

Livre de Sun Tzu, traduit du chinois et commenté par Jean Lévi ; publié en 2000

Editions Pluriel

  • Comprendre et appliquer Sun Tzu par Pierre Fayard; publié en 2004

Editions Dunod

  • Petite histoire de l’intelligence économique – Evolution de la stratégie au fil du temps

Document de cours de Nicolas Moinet

 

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