Les « Terres rares », le paroxysme d’une compétition mondiale

Il y a déjà plus de cinq ans, sur ces métaux rares et nécessaires à toute industrie de pointe, la Chine exerçait un quasi-monopole. La situation n’a depuis que très peu changé.

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Alors que le grand public aurait de la peine à citer un seul élément des 17 composants les terres rares, celui-ci aurait encore plus de difficultés à imaginer le monde sans les objets issus de ces métaux. Smartphones, écrans plats, voitures, mais aussi radars et missiles utilisent ces éléments dans leur fabrication. Il est donc quasiment impossible d’envisager que nous puissions nous passer de tout cela. Cependant, en 2015, un seul pays contrôlait 98% de la production de terres rares mondiale. Ce pays, la Chine, se trouve alors en situation de quasi-monopole.

Cette situation, comme chacun peut l’imaginer, peut se révéler très dangereuse. En effet, la Chine peut exercer des pressions sur les autres pays en jouant simplement sur les exportations des 17 éléments précieux. C’est d’ailleurs ce qu’elle avait fait en arrêtant les exportations vers le Japon, dépendant de celles-ci. En plus d’exercer une pression sur le pays, la Chine avait réussi à faire flamber les prix, et certains éléments avaient vu leur valeur augmenter de près de 2000%.

La réaction mondiale

Cependant, ces pratiques ont été rapidement interdites par l’Organisation Mondiale du Commerce après que le Japon l’a saisie. Ce fut une sorte de prise de conscience pour le reste du monde, de voir que la Chine avait pu, selon son bon vouloir, restreindre à un pays l’accès aux terres rares. Molycorp a, après cet épisode, décidé de remettre en activité une mine de Mountain Pass qui devrait produire entre 15 000 et 20 000 tonnes de terres rares par an. Cependant, la séparation se fera dans un autre pays, plus précisément en Estonie puisque les Etats-Unis ne disposent pas d’infrastructures pour le faire. Comme le dit David Weber, auteur de « Terres rares : avenir industriel & future richesse de l’Europe ? » dans une interview donnée à MPE-Média, le site des matières premières et de l’énergie : « pour les USA, le mot d’ordre est à présent l’intégration verticale ».

Les japonais, eux, investissent en Inde ou au Vietnam et visent les 15.000 tonnes de terres rares en 2015. Le Brésil, via le géant minier Vale, a aussi les moyens de gagner en indépendance sur ce plan. David Weber a dénombré plus de 400 projets à l’échelle mondiale, en 2012. Ce chiffre a depuis augmenté, grâce notamment à la découverte de la première réserve de terres rares non exploitée : les fonds marins.

Et la France dans tout ça ?

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La France aussi à décider de réagir. L’Etat, de concert avec le Comité des Métaux Stratégiques, encourage vivement le recyclage. L’ONU estime qu’environ 1% des terres rares sont aujourd’hui recyclées et que ce chiffre ne devrait pas beaucoup varier dans les prochaines années. Mais les initiatives françaises sont nombreuses. En effet, des accords sont prévus. Tout d’abord, un accord entre l’Union Européenne et le Mexique est prévu. Un autre doit aboutir au Kazakhstan et le projet entre les entreprises Rhodia et Tantalus Rare Earth (TRE), pour lequel subsistent des questions environnementales (espace protégé, non habité, zone sacrée, risque de déforestation) est quant à lui quasiment jeté aux oubliettes. Rhodia devait traiter l’aspect production et TRE l’aspect minier pour tenter de prendre une partie de l’approvisionnement verrouillé par les chinois.

Si certaines initiatives se font à l’échelle de l’Europe, il est important de noter que la France dispose de toutes les capacités techniques nécessaires à la réalisation des divers projets.

Une production hors de prix

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Malgré le fait que beaucoup de projets sont à l’étude, il faut garder à l’esprit que les coûts de production de ces terres rares sont particulièrement élevés et que les gisements les plus prolifiques se trouvent en Chine. De plus, les industries réussissent de mieux en mieux à se passer des terres rares, ce qui entraine inévitablement une chute des prix. L’exploitation devient par conséquent bien moins rentable.

Ensuite, il est important de prendre en compte une donnée désormais incontournable en Europe et aux Etats-Unis : l’environnement. La séparation des métaux a un coût environnemental, car ceux-ci contiennent des éléments radioactifs comme le thorium ou encore l’uranium. Un manque de précaution pourrait conduire à un désastre environnemental majeur. Il est donc important pour les entreprises d’être responsables ; seulement, la Chine possède un avantage de taille lié à ses lois environnementales, plus souples que celles des Etats-Unis ou de l’Europe. Les entreprises occidentales vont donc devoir assumer plus de coûts que celles basées en Chine.

Il est également nécessaire de noter que la partie occidentale du monde ne dispose pas d’une politique minière et industrielle bien définie. Selon Patrice Christmann, directeur adjoint-stratégie au Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM), «le secteur public est peu investi dans ce domaine».

De nos jours, une cinquantaine de projets d’exploitation de mines de terres rares ont vu le jour mais seulement 3 ou 4 seraient en mesure d’aboutir, puisque les autres n’auraient pas une rentabilité suffisante pour voir le jour. De plus, ouvrir une nouvelle mine se traduit par le fait de prospecter, creuser, implanter et obtenir le permis de construction nécessaire, et ce processus peut prendre une décennie, voire plus.

Pour illustrer l’importance des terres rares, Il est primordial de dire que certaines des plus grandes compagnies minières ont des projets d’investissement de grande envergure en Corée du Nord. Il ne reste plus qu’à surveiller l’évolution des possessions et des nouvelles exploitations de mines.

                                                                                                                                     Cyril Boussiron

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