L’économie circulaire : l’alliance de la performance économique et de la protection de l’environnement ?

L’Afep (Association française des entreprises privées) a remis, mercredi 1er février, à la Ministre Ségolène Royal son rapport « Trajectoires économie circulaire : 33 entreprises se mobilisent avec 100 engagements ». On y découvre l’affirmation d’Air France de « réduire (dès cette année) son empreinte carbone » via la promotion du biocarburant. Danone veut « créer une seconde vie pour les plastiques ». Engie assure d’impulser les gaz renouvelables. Et Michelin se mobilise pour « rallonger la durée d’usage » de ses pneus. Toutes ces mesures prises par ces grandes entreprises de différents secteurs d’activité traduisent l’émergence de l’économie circulaire au sein de l’économie française. Mais que désigne ce concept ? Qu’implique cette notion de « cycle » ? Et comment ce modèle économique peut-il être vertueux pour l’environnement et en même temps pour les entreprises ?  Entreprises, qui, par définition se veulent compétitives, évoluant sur un marché où se rencontrent clients potentiels et concurrence.  Explication avec Alexandre Dain, Coordinateur Technique, au Pôle Eco-Industries, basé à Poitiers.

Economie circulaire, de quoi parle-t-on ?

Selon Jean-Claude Lévy, ancien conseiller spécial en économie circulaire au Ministère des Affaires Étrangères, elle reste encore un « Objet Scientifique Non Identifié (OSNI) », et « Sans Domicile Administratif Fixe (SDAF) ». Néanmoins, même s’il n’existe pas de définition normalisée, l’ADEME (Agence De L’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) tend à la définir comme « un système économique d’échange et de production qui, à tous les stades du cycle de vie des produits (biens et services), vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources et à diminuer l’impact sur l’environnement. »

« Nous sommes encore, même s’il y a des évolutions, dans une économie linéaire où l’on va extraire de la ressource, la transformer, produire, consommer et après jeter. » illustre Alexandre Dain, Coordinateur technique au Pôle Eco-industries. Il explique alors que l’objectif de l’économie circulaire est celui de découpler la consommation de ressources de la croissance économique.  « Aujourd’hui malgré le développement du recyclage, si nous regardons les courbes de croissance économique et de consommation de ressources, elles sont complètement corrélées. » Il s’agirait de « faire mieux avec moins ». L’objectif serait d’allier la performance économique soit la préservation et le développement de l’emploi tout en assurant une baisse des impacts environnementaux.

Pour cela il est nécessaire de passer d’une économie de cow-boy à une économie de cosmonaute d’après Kenneth E. Boulding (1966). Il faut ainsi dépasser l’idée que l’on peut consommer comme l’on veut sans prêter attention à la quantité de ressources au sein d’un environnement vierge. Et à l’inverse, réfléchir comme le cosmonaute qui doit optimiser les pertes, à gérer les stocks et recycler ses déchets pour vivre avec beaucoup moins

Réduire les coûts et optimiser son process.

« L’économie circulaire c’est utiliser moins de ressources et avoir moins de pertes. Moins gaspiller et donc forcément économiser. »

Alexandre Dain, nous explique l’intégration de ce nouveau paradigme dans une stratégie d’entreprise en prenant l’exemple de l’entreprise Anett basée à Thouars. Initialement vendeur de textile et de linge pour des activités professionnelles, l’entreprise repose dès les années 70 ses objectifs et le fonctionnement de son modèle économique. En effet, ils vont dès lors s’insérer sur le marché de la location de vêtements professionnels avec un nouveau concept : la location-entretien d’articles textiles. Cela va donc avoir un réel impact sur leur gestion de la ressource car en restant propriétaire de la matière, ils doivent donc faire attention à la durée de vie de celle-ci. L’intérêt pour que l’entreprise puisse diminuer ses dépenses est de pouvoir la laver à la plus basse température, et limiter le repassage. Pour ce faire, Anett va donc tout d’abord travailler sur la conception de textiles constitués de matières qui limitent ses coûts.

« Anett ne s’est pas penchée sur l’approche environnementale en premier temps, mais bien sur les coûts de production. La logique d’économie circulaire s’est installée par la suite en surveillant de nouveaux paramètres tels que la consommation d’eau ou encore celle du carburant lors des tournées. »

L’entreprise locale s’est développée et depuis 2012 Anett a pris une envergure nationale avec 17 usines et plus de 1400 collaborateurs.

« Les économies sur la ressource entrainent un réel gain. Quand on optimise sa consommation d’énergie par exemple, on optimise son process par la réduction de perte. Si on réduit ses besoins et ses pertes, les économies qu’on va générer, on va les générer continuellement chaque année. De plus on sait que le prix de l’énergie et des ressources en général tend à augmenter au vu de la pression sur ces ressources. »

Source : Schéma de l’Economie Circulaire.
Source : http://www.institut-economie-circulaire.fr/photo/art/grande/6089484-9089091.jpg?v=1385655032

Innover et gagner en compétitivité

« Il existe encore plein de déchets qu’on ne sait pas encore valoriser et c’est un réel marché pour innover ! En évitant la perte de la matière, nous avons ici une vraie plus-value environnementale grâce à l’innovation. »

Explorer de nouveau marché de niche, par l’économie circulaire, c’est ce qu’a fait l’entreprise poitevine Nextalim. Celle-ci a conjointement trouvé une solution pour valoriser les déchets et répondre à une problématique existante à partir de ressources locales.

En effet, on présume aujourd’hui qu’en 2050, nous serons 10 milliards d’habitants sur Terre. La FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) estime que la production de protéine devra augmenter de 50% pour pouvoir nourrir le monde. Or, la pression sur les ressources naturelles de la planète s’intensifie et des écosystèmes entiers sont en danger.

Leur solution ?  L’entomoculture industrielle. Nextalim arrive ainsi sur le marché avec une innovation : l’utilisation de larves d’insectes. Celles-ci vont alors pouvoir extraire les nutriments encore présents dans les déchets organiques et donc limiter la perte de matière. Dans un second temps, ces larves vont métaboliser ces nutriments en protéines, graisses et autres coproduits à valeur ajoutée

Nextalim répond alors aux besoins de production de protéines et de gestion des matières alimentaires non-consommées. De plus, les graisses créées tendent à être valorisées, elles aussi, grâce à des partenariats auprès de laboratoires de recherche dans les domaines de la chimie des corps gras.

Comment intégrer cette « spirale positive » dans une stratégie collective ?

Soutenir, accompagner et promouvoir le développement de la filière éco-industrie, c’est le rôle du Pôle éco-industries qui regroupe 80 adhérents en Nouvelle-Aquitaine.

« Il s’agit dans un premier temps de bien comprendre avec le porteur de projet ses besoins et ses problématiques. Ainsi nous pouvons ensuite identifier les axes d’amélioration, les actions à mettre en place, les bons partenaires pour développer ce projet. Nous les aidons également à prioriser leurs actions, puis pouvons les accompagner dans la mise en œuvre opérationnelle par de l’expertise technique, de la recherche de solutions de financement, du suivi individuel tels que par exemple des missions de coaching, ou encore de la coordination de projets collaboratifs. Nous nous appuyons aussi très régulièrement sur des expertises extérieures (bureaux d’études, centres techniques…) afin d’assurer l’accompagnement le plus pertinent en réponse aux besoins exprimés par le porteur de projet ».

Cette forme d’accompagnement s’adresse tant aux projets individuels que collectifs. En effet, l’accompagnement d’un projet collectif nécessite d’identifier des besoins qui convergent entre les acteurs d’un territoire pour créer des synergies. Pour cela, il est primordial de mettre en place une veille stratégique afin de connaitre les offres, les besoins et/ou les ressources du territoire.

« Le projet Melting Pot illustre parfaitement l’objectif de l’écologie industrielle et territoriale, ou comment créer de la valeur économique sur un territoire à partir de ressources locales, et ceci grâce à la coopération entre les différents acteurs (entreprises, collectivités, centres de ressources, centres techniques, etc.). »

Le Club d’Entreprise de Périgny en partenariat avec le Pôle des Eco-industries a dans un premier temps étudié les flux de matières des entreprises sur la zone industrielle de Périgny. Suite au constat des matières entrantes et celles rejetées par chacune des entreprises est né le réseau d’entreprises Biotop. Sous l’égide de Biotop, les sociétés Ovive (société de transformation et conditionnement de minéraux et coquillages pour les activités de décoration) et l’Atelier du végétal, (spécialiste de l’architecture végétale) ont mis au point une solution complète pour toitures végétalisées. Melting Pot est en effet un tapis pré-végétalisé et un substrat composé à 100% de matériaux naturels issus des filières de réemploi et de recyclage locales. Les sacs en toile de jute des Cafés Merling forment la base de ce nouveau support de culture destinée au recouvrement de toits. Le substrat est composé de marc de café, de coquilles de moules, de fibres de bois et de briques concassées. En plus de la coopération de ces diverses entreprises, le développement du projet de recherche et d’innovation a été réalisé par le CRITT horticole de Rochefort (Centre Régional d’Innovation et de Transferts de Technologie). Enfin, ce mélange qui offre un support de culture inédit est ensuite assemblé en tapis pré-végétalisé par un ESAT (Etablissement et Services d’Aide par le Travail) rochelais qui emploie des personnes en situation de handicap.

On peut trouver divers exemples plus détaillés que ceux cités précédemment, mais le point à retenir à l’issue de cet article est que les possibilités de détection d’opportunités de développement et de compétitivité qu’offre cette « industrie du futur » sont multiples. Ainsi, donner une valeur marchande aux déchets encourage à viser l’efficience de l’utilisation des ressources, anticiper la vie de ses produits, réduire ses coûts, performer son process, ou encore développer des partenariats. Les principes de l’économie circulaire s’appuient ainsi sur une meilleure compréhension et maitrise de son environnement.  Cela traduit l’importance des outils d’observation stratégiques et d’aide à la prise de décision qui permettent d’améliorer la performance globale des territoires et entreprises.

Laura Fontaine

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