L’économie du cacao au Brésil

 

« Neuf personnes sur dix aiment le chocolat ; la dixième ment. »

John G. Tulius

 

Il naît aux confins du monde dans des contrées exotiques, vogue sur les mers jusqu’à nous, avant d’acquérir ses lettres de noblesse grâce à l’effort des manufacturiers et des artisans. En friandise ou en tablette, nous le dévorons toute l’année. Le chocolat n’est manifestement pas une denrée comme une autre. Cela explique sans doute pourquoi le cacao et le chocolat rassemblent des passionnés, amateurs et professionnels, dans cet univers.

Le cacao est aussi un secteur dynamique, source d’opportunités pour les praticiens de l’intelligence économique en passant par la veille, le knowledge management ou encore l’influence.

Du cacao partout !

Originaire d’Amérique du sud, le cacao se cultive désormais tout le long de l’équateur entre les tropiques du cancer et du capricorne. Il existe une grande diversité de saveurs qui varient en fonction de leur origine. Ainsi, la production africaine est plutôt quantitative, alors que la production des Amériques, de l’Asie et de l’Océanie sera plus qualitative. Le cacao est aussi cultivé par des pays d’Asie, comme la Malaisie ou l’Indonésie. Il serait donc plus juste d’évoquer « des cacaos ».

Cette diversité de cacao est la raison pour laquelle l’intelligence économique s’est développée dans ce secteur. Focalisons-nous sur le Brésil, l’un des rares pays à la fois producteur et consommateur de cacao. En effet, il est le cinquième producteur de cacao au monde avec une production de 228 mille tonnes en 2015[1].

Le Brésil, un pays à part

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Il faut savoir que le cacaoyer a été introduit d’abord jusqu’aux rives de la mer de Java en Asie (en 1560). Puis, le français Louis Warneaux[2] a introduit en 1746 le cacaoyer au Brésil, à Bahia, le principal État producteur. À l’aube du XXème siècle, le Brésil est alors le premier producteur de cacao au monde. Le cacao a été ensuite implanté en Afrique (en 1822[3]), mais c’est au XXème siècle que la production croît très rapidement en Afrique de l’Ouest. Dans le même temps, d’autres pays d’Amérique Latine augmentent leur production. Et ce n’est que dans les années 1980 que l’Indonésie et la Malaisie se lancent sérieusement dans la production de cacao.

Au cours de la décennie suivante, le Brésil est confronté à la maladie du « balai de sorcière », un champignon qui a parfois divisé par deux la production de fèves de cacao brésiliennes[4].

 

Un contexte propice à l’intelligence économique

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Le Brésil ne manque pas d’atouts concernant le cacao, notamment dans le cadre de l’innovation : les petits producteurs s’orientent vers la polyculture[5] et des initiatives sont mises en avant pour concilier économie et environnement comme la cabruca[6].

La cabruca est un système ancien d’agroforesterie, remis au goût du jour pour des raisons écologiques, où les plantations de cacaoyer bénéficient de l’ombrage de la forêt native[7]. Mais l’innovation ne se cantonne pas exclusivement aux plantations, elle se retrouve également dans la fermentation des fèves de cacaos[8].

La gestion des connaissances est aussi l’un des enjeux essentiels de cette filière qui fait face à un accroissement de l’âge moyen des planteurs, à l’abandon du cacao au profit d’autres cultures plus rentables et au licenciement de nombreux salariés.

Enfin, le secteur primaire est quant à lui un important enjeu d’influence et de communication, voire de luttes des classes, entre une minorité de propriétaires concentrant l’essentiel des terres et des mouvements populaires comme le Mouvement des Sans-Terre.

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Un réseau complexe d’acteurs

« Investiguer sur le cacao et le chocolat brésilien, c’est découvrir la complexité et les enjeux d’une filière aussi foisonnante que les forêts desquelles la « nourriture des dieux  » (Theobroma) est issue. »

Gabriel Metz, fondateur de ecacaos.

Vous trouverez ci-dessous une cartographie simplifiée de la filière du cacao au Brésil. Celle-ci varie selon les sociétés, les produits (chocolat, beurre de cacao, poudre de cacao) et les différents marchés (marché de masse, marché de niche). De plus, le Brésil se distingue en étant à la fois producteur de cacao, cinquième consommateur mondial de cacao, exportateur et importateur.

Filière brésilienne du Cacao

Je remercie Monsieur Gabriel Metz d’avoir pris le temps de me faire découvrir cet univers captivant et de m’avoir autorisé à utiliser ses photographies. Je le remercie également pour sa patience et sa pédagogie.

Pour aller plus loin pour comprendre des enjeux du cacao :

Le Dessous des Cartes, « Le cacao, en voie de disparition : https://www.youtube.com/watch?v=5bD6Io7APjY

 

[1] Cocoa barometer 2015 disponible ici : http://www.cocoabarometer.org/Download.html[2] Agricultures capitalistes et paysannes dans l’État de Bahia au Brésil par A. da S. Gomes, M.G. Bittencourt et M. Dufumier disponible ici : https://www.cairn.info/revue-annales-de-geographie-2011-1-page-3.htm#no5

[3] Michel Barrel, Quel est le meilleur chocolat ?, Ed. Quae, 2015, pp 24-25.

[4]http://www.ecofog.gf/giec/doc_num.php?explnum_id=457

[5]http://ecacaos.com/sejour_vera_cruz/

[6]http://cabruca.paris/

[7]http://ecacaos.com/cabruca-bresilienne-et-preservation-de-la-biodiversite/#comments

[8]http://ecacaos.com/joao-tavarez/

Benjamin Meisse

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