Les défis de l’économie circulaire dans l’industrie textile

La mondialisation de l’économie et ses interdépendances, la consommation et la pollution du cycle de l’eau et les innombrables produits chimiques appliqués font partie des principales raisons pour laquelle l’industrie textile est l’une des plus polluantes au monde. Profitant de l’effet de consommation de masse, ce secteur d’activité n’en demeure pourtant pas moins l’un des plus lucratifs.

 

Chaque année, ce secteur produit l’équivalent de 129 milliards de vêtements dont les centres de production se situent, en majorité, dans les pays d’Asie (Chine, Inde, Bangladesh, etc.). A titre indicatif, 600 000 tonnes de vêtements sont jetées chaque année dans le monde. Le renouvellement permanent de la mode par l’arrivée, dans les années 90, de la « fast fashion », l’hyper compétitivité et les économies de marché impliquent une surindustrialisation provoquant des effets néfastes sur l’environnement. Et pour cause, la production des matières premières telles que le coton provoque des conséquences notables sur l’environnement. Ces conséquences sont directement liées à la hausse du nombre de pesticides qui tente de répondre à une demande qui ne cesse de croître.

 

Les effets de l’industrie textile sur la planète

En France, l’industrie textile représente un secteur d’activité attractif avec de nombreux emplois directs et indirects. Cependant, l’impact environnemental et sociétal est lourd. Chaque année, entre 10 000 et 20 000 tonnes de produits textiles neufs sont détruits en France.

 

A l’échelle mondiale, l’industrie du textile émet chaque année 1,2 milliard de tonnes de gaz à effet de serre, soit environ 2 % des émissions globales de gaz à effet de serre. La production de vêtements sollicite également une ressource essentielle : l’eau. Cette ressource est indispensable pour la culture du coton et les processus de peinture. En 2015, la consommation de la totalité des vêtements sur le sol européen représentait l’équivalent de 46 400 millions de m3. Enfin, l’énergie fossile s’intègre au processus de conception du vêtement pour concevoir les fibres synthétiques.

 

 

En France, l’industrie textile a connu une période de délocalisation massive. Néanmoins, depuis plusieurs années, nous observons une tendance au Made in France ou à la recherche de qualité du produit. Plusieurs jeunes pousses françaises ont entrepris de relancer le marché de l’industrie textile en France ; par exemple,  la jeune entreprise 1083.

 

Cependant, une étude de l’institut français de l’opinion publique (IFOP) publiée en 2019 révèle néanmoins quelques freins à l’achat de ces marques intégrant l’impact environnemental. En effet pour 57% des interrogés, le prix est un facteur démotivant. La difficulté de trouver ces références figure comme un problème (56%) ainsi que la faible notoriété des marques françaises (28%) sur le marché.

 

L’économie circulaire sur le plan européen

 

Le 11 Mars 2020, la Commission Européenne a adopté un plan d’action en faveur de l’économie circulaire, incluant entre autres l’écoconception. Ce terme, de plus en plus employé, se caractérise par le fait de prendre en compte les impacts environnementaux sur l’ensemble du cycle de vie d’un produit et les intégrer dès sa conception. Dès lors, la Commission a annoncé que le recyclage des textiles sera l’un des objectifs majeurs de la stratégie de l’Union Européenne.

 

 

 

 

La loi anti-gaspillage, qui s’inscrit dans le plan européen d’économie circulaire, prévoit quelques changements :

 

  1. Le lavage en machine des tissus synthétiques libère des microfibres de plastique, qui s’éliminent dans les eaux usagées traitées vers les océans. Le but est de limiter la pollution issue de ces textiles en imposant à chaque lave-linge neuf, professionnel ou non, d’être doté d’un filtre à microfibres de plastique. Il existe donc une prise de conscience sur la qualité de nos vêtements, endommageant notre environnement.
  2. Les acteurs devront travailler avec l’ADEME pour créer un affichage environnemental sur leurs produits. A court terme, les deux premiers secteurs visés sont le textile et les produits alimentaires. Cet affichage permettra au consommateur d’identifier rapidement les produits les plus responsables et de faire son choix en ayant toutes les informations à sa disposition.

 

Un moyen de redorer le blason local

 

A l’instar du marché de niche de l’industrie textile française de vêtements recyclés, évincé par les multinationales de prêt à porter, la mise en œuvre d’une stratégie d’influence visant à promouvoir l’écoconception de vêtements à la française permettrait d’accroitre le taux de pénétration sur le marché et de privilégier ce type d’achat aux consommateurs. La finalité de cette stratégie serait de placer ces marques françaises comme des références en matière de vêtements recyclés, à l’instar de 1083 et ses jeans recyclés, autant à l’échelle nationale qu’européenne. Par ailleurs, cela permettrait également à l’industrie textile française de retrouver son savoir-faire historique. De plus, elle redonnerait un nouveau souffle à l’attractivité économique du territoire, avec la création de nouveaux emplois à la clé, tout en intégrant à son modèle économique le facteur environnemental.

 

Pour illustrer ces propos, l’entreprise 1083, qui conçoit et fabrique des jeans recyclés, définit ses produits dans un cycle d’économie circulaire. Son Business Model novateur se différencie par sa méthode de distribution, à savoir la proximité. L’idée pour l’entreprise serait d’étendre son marché à termes en créant des filiales à travers l’Europe, qui elles-mêmes respecteraient l’engagement des 1083 kilomètres de distance maximale pour la conception d’un produit jusqu’à sa vente. Ainsi, son modèle d’écoconception permettrait de recréer plusieurs filières locales redynamisant le secteur textile, notamment grâce à la création d’emploi tout en prenant compte de l’impact environnemental.

 

Toutefois, à l’exemple de 1083, les entreprises adoptant ce type de modèle économique doivent faire face à une concurrence effrénée où le prix reste, encore aujourd’hui, le principal facteur d’achat. Néanmoins, la pandémie COVID-19 inverse la tendance. Nous pouvons observer un changement de comportement chez certains consommateurs qui prennent en compte, de plus en plus, l’impact environnemental.

 

Plusieurs actions possibles à l’échelle européenne

Ces entreprises, spécialisées dans le textile et appliquant une économie responsable et sociale, peuvent mettre en œuvre diverses actions pour améliorer leur positionnement, leur notoriété et étendre leur influence sur le marché européen.

 

Parmi celles-ci, un accord avec l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) garantirait un appui solide pour les marques françaises de vêtements recyclés dans le cadre de projets d’exportation de leur modèle et de leur culture de développement. En effet, l’organisation fait aujourd’hui autorité au niveau international sur l’état de la nature et des ressources naturelles dans le monde ainsi que sur les mesures pour les préserver. Elle défend également les projets des entreprises responsables qui agissent en faveur de l’environnement.

 

Devenir des entreprises de références

 

Pour accroitre la notoriété de ces jeunes marques françaises, l’objectif serait que ces marques françaises deviennent des références en la matière pour renforcer leur positionnement sur le marché national et européen. De ce fait, un accord préalable avec l’ONG Greenpeace, qui représente un contrepouvoir essentiel, pourrait garantir une influence et un solide soutien à l’échelon européen voire international. Cette dernière oriente, depuis quelques années, ses engagements sur l’élimination des produits chimiques toxiques. Elle exige également une transparence et le rejet de zéro produit chimique toxique dans la chaine de production et d’approvisionnement.

 

Par ailleurs, le GreenPact sur l’économie circulaire adopté à l’échelle européenne en mai 2018 s’accorde parfaitement avec les engagements des entreprises d’éco-conception. Rappelons que ce pacte oblige les Etats membres à mettre en place la collecte séparée pour les textiles d’ici à 2025. Ainsi, ces entreprises françaises pourraient bénéficier des programmes de recherche et d’innovation à l’aide d’European Clothing Action Plan pour accroître leur capacité d’investissement en R&D. Cela leur permettrait de proposer des solutions innovantes dans le cadre du recyclage des vêtements. A l’exemple de l’entreprise 1083, elle parviendrait à pérenniser ses avantages concurrentiels tout en se positionnant comme un acteur majeur sur le marché européen du vêtement recyclé et ce, malgré l’accroissement de la concurrence des marques traditionnelles qui se veulent de plus en plus écoresponsables.

 

La technique du Greenwashing

 

En effet, les marques traditionnelles de prêt à porter tentent d’appliquer une politique écoresponsable en misant sur des stratégies marketing et de communication pour donner l’impression aux consommateurs qu’elles prennent en compte l’impact environnemental. Cette technique, plus communément appelée « Greenwashing » est largement appliquée par bon nombre de marques de vêtements. Pour n’en citer qu’une, H&M a sorti sa gamme « conscious » des vêtements en matière recyclée. Seulement, à la lecture de la composition du vêtement, nous nous apercevons qu’uniquement 20% du produit est en coton recyclé.

 

Réclamant davantage de transparence, le rôle des consommateurs est alors essentiel pour contrer les techniques de « Greenwashing ». Les marques françaises écoresponsables peuvent, alors, se tourner vers les certifications qui garantissent la qualité du vêtement. Par exemple, la certification OEKO-TEX assurant l’absence de produits toxiques pour les individus et l’environnement.

Ainsi, ces actions et projets de lois européens à venir sur l’économie circulaire pourront accroitre la notoriété et l’influence de ces entreprises écoresponsables. Elles pourront alors s’emparer des marchés publics et à termes, faire de leur modèle économique le modèle de demain.

 

M2 Intelligence Economique, IAE de Poitiers