Bill Gates, cet influenceur.

On ne présente aujourd’hui plus Bill Gates. L’influence du fondateur de Microsoft est bien souvent au cœur des rumeurs et des polémiques, et au travers de sa notoriété se cristallisent bon nombre de théories. Leader d’un nouvel ordre mondial, bienfaiteur, philanthrocapitaliste… Pourquoi le milliardaire est-il toujours au cœur des polémiques ?

 

 

Une implication dans les politiques de santé mondiale qui pose question

 

Son cheval de bataille : la santé mondiale.

 

C’est par le biais de sa Fondation Bill&Melinda Gates, lancée en 2000 que le milliardaire s’investit dans le secteur de la santé. La fondation prône des valeurs d’équité, de solidarité. Néanmoins, selon le média britannique The Lancet, la fondation lutterait en priorité contre des maladies nécessitant la diffusion de vaccins. Or, la Fondation Gates est la plus grosse contributrice financière de Gavi, l’alliance du vaccin.

Jerjnej Furman.  14 avril 2020

 

Aussi, ses étroites relations avec l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) suscitent le doute. A ce jour, selon Le Monde, les époux Gates financent à hauteur de presque 25% du budget de l’OMS. Cet investissement de taille permet au milliardaire de financer les programmes de son choix, lui conférant un poids déterminant dans les enjeux sanitaires mondiaux.

 

“Nous ne sommes pas prêts pour la prochaine épidémie”.

 

 

 

Un questionnement d’autant plus d’actualité en contexte de pandémie, puisqu’une rumeur éclate au printemps, accusant le milliardaire de crime contre l’humanité pour avoir prédit l’épidémie de Covid-19. Une personne sur 8 est d’ailleurs persuadée de l’implication de Bill Gates dans la propagation du virus (Belief in conspiracy theories, Essential Report, 19 mai 2020). En réalité c’est lors d’une conférence TED en 2015 que Bill Gates décrit un virus nouveau, selon lui remettant en cause la préparation des institutions politiques et sanitaires mondiales.

 

 

De l’enjeu désintéressé au philanthrocapitalisme

 

Il existe une méfiance persistante concernant les intentions prêtées au couple Gates. La fondation Bill & Melinda Gates est l’organisation non étatique la plus puissante au monde, et représente une dotation de plus de 50 milliards de dollars. Pour se donner un ordre d’idée, cette somme représente plus de dix fois le budget de l’OMS.

 

Que cache réellement cette philanthropie, en apparence désintéressée ?

 

En se penchant davantage sur le budget de la fondation, il est mis en lumière que seulement 5% de ses recettes sont consacrées aux dons, soit le minimum légal permettant une exonération fiscale. Les 95% restant viennent alimenter un Trust Fund, finançant des multinationales telles que Total, Monsanto, Coca-Cola … Fondations et multinationales travaillent ensuite conjointement au développement de projets sur des programmes spécifiques (exemple : le financement d’un projet de formation d’agriculteurs destiné à la production de fruits de la passion pour Coca-Cola).

 

C’est en 2019 que la polémique autour de ces méthodes enfle, et fait notamment apparaître le terme de philanthrocapitalisme.
Le philanthrocapitalisme fait référence à la proximité entre fondations philanthropiques et multinationales. Système dans lequel le fonctionnement des fondations se rapprocherait fortement de celui présent sur les marchés.
Les investissements dans des multinationales plus que polluantes, liées à de la mauvaise alimentation ou encore faisant la promotion de l’utilisation d’OGM, paraissent difficilement compatibles avec les valeurs sanitaires prônées par la Fondation Gates.

 

Vandana Shiva, écologiste indienne et figure de la lutte contre les OGM décrit lors d’un entretien pour le média Basta ! le phénomène comme ne relevant “guère de la charité ou du don, mais plutôt du profit, du contrôle et de l’accaparement. Il s’agit d’un modèle économique d’investissement et d’un modèle politique de contrôle qui étouffent la diversité, la démocratie et les solutions alternatives et qui, en attribuant des aides financières, exercent une domination et valent de nouveaux marchés et monopoles au milliardaire ».

Aussi, par opposition à des organismes publics, ces fondations ne répondent à aucune autorité ou examen public. Seul le conseil d’administration aura son mot à dire.

 

Une influence qui fait débat

 

Bill Gates détient à lui seul un pouvoir considérable dans les enjeux de santé mondiale, sa fondation Bill & Melinda Gates étant la seconde contributrice biennale de l’OMS, derrière les Etats-Unis. Aujourd’hui le rapport entre donations privées et contributions étatiques est complètement inversé.

A ce jour, le milliardaire fait preuve d’un leadership non négligeable.

Comme mentionné plus haut, la fondation n’a de comptes à rendre à aucune autorité, si ce n’est celle de Bill Gates lui-même. Le milliardaire est donc libre d’intervenir dans n’importe quel domaine d’action, et dispose à lui seul d’un poids considérable impactant des milliards d’individus. Sans oublier qu’il dispose, à la moindre de ses interventions, d’une tribune médiatique particulièrement importante.

 

Outre le secteur de la santé, Bill Gates a su renverser son image de manière notable. Après un procès ayant duré plus de quatre ans, engageant Microsoft pour abus de position dominante sur son marché, il crée sa fondation. Une gestion de son image impeccable, mais qui pose tout de même question.

 

En se positionnant comme philanthrope (comme explicité plus haut), il met en lumière le souci posé par une influence “idéologique”. Les organismes philanthropiques tiraient auparavant leur légitimité de leur aspect communautaire. Or, l’apparition dans le secteur philanthropique de processus calqués sur ceux des affaires renverse complètement les tendances. Les structures doivent désormais redoubler d’efforts pour justifier leurs actions quantitativement, par la mise en place d’indicateurs, ou encore d’une comptabilité bien plus exigeante. A terme, le problème soulevé par Christian Jetté, enseignant-chercheur en pratiques et politiques sociales, est que l’on observe l’apparition de différentes méthodes d’approbation qui seraient plus légitimes « scientifiquement », comme des données probantes. La science serait considérée comme “vérité absolue”, en discréditant l’action communautaire, autrefois la plus grande force du secteur.

 

Considérant son influence, et la conjoncture économique et sanitaire actuelle, Bill Gates n’a pas fini de faire parler de lui.

 

Axelle PAUPARD

 

 

 


Sources :