La France peut-elle relever le défi de l’Intelligence Artificielle ?

La France semble avoir pris la mesure du défi quant à la question de l’Intelligence Artificielle (IA). Un rapport du député mathématicien Cédric Villani datant du 28 mars 2018 appelle l’Etat à maîtriser ses nouvelles technologies, notamment dans les domaines civils et de sécurité, afin d’élaborer des synergies autour de l’innovation militaire et civile. L’actuel président français a déclaré en mars 2018, au sujet des nouvelles technologies : «il ne faut pas avoir de naïveté». En effet, aujourd’hui, tous les responsables politiques du monde évoquent l’IA comme un levier de pouvoir majeur. De ce fait, nous pouvons se demander si la France est capable de relever le défi de l’Intelligence Artificielle ?

La France : un pays avec un potentiel intéressant en IA

A ce sujet, nous pouvons noter une forme de schizophrénie de la part de l’Etat français. Effectivement, en 2016, l’Education Nationale était en train de signer un pacte avec Microsoft, le géant américain collecteur de données, proposant ainsi des formations aux enseignants et distribuant également de nombreux logiciels. La même année, la loi pour une République Numérique était promulguée, afin d’inciter l’utilisation de logiciels libres et non-propriétaires. Cette loi a également pour but de rendre la France plus autonome dans le secteur des nouvelles technologies, l’IA en faisant partie, tout en se renforçant en matière de protection face aux GAFA par exemple.

Pourtant en 2012, grâce à l’ensemble des lois de Moore (séries de lois qui permettent l’évolution de la puissance de calcul des ordinateurs et du matériel informatique), la France a pu constater de nettes avancées sur l’ensemble des traitements de données et algorithmiques qui agréent toutes les notions autour du Deep Learning (apprentissage profond). Appuyons-nous sur ce point en ajoutant que l’enseignement des mathématiques et du numérique en France est reconnu pour son excellence. En effet, comme le souligne le rapport Villani, la France est dotée d’importantes capacités en matière d’algorithme.

D’ailleurs, sous les recommandations du député mathématicien, le gouvernement s’est doté d’un supercalculateur en passant un accord avec Hewlett Packard Entreprise, à hauteur de 25 millions d’euros. Cette super machine aura pour but essentiel la recherche en Intelligence Artificielle. En outre, pour confirmer l’attractivité de l’hexagone en faveur des nouvelles technologies, de grands groupes internationaux ont décidé d’installer leurs laboratoires de recherche dans la capitale. Nous notons parmi ces grands groupes, les plus récents tels que Facebook, Samsung ou encore Google DeepMind. En effet, en septembre 2018, Google, a inauguré à Paris un nouveau laboratoire de recherche en IA. Facebook a, en 2015, installé le centre de recherche Facebook Artificial Intelligence Research (FAIR) à Paris, qui constitue alors le troisième pilier de la R&D futuriste de l’entreprise.

Cédric Villani, mathématicien et député dans l’Essonne.

Plusieurs fragilités dommageables

La France connaît toutefois des difficultés en ce qui concerne les dispositifs que sont les data et les processeurs. Ils sont insuffisants pour assurer une autonomie dans le traitement de l’IA et le traitement de l’ensemble de nos renseignements. A contrario, les GAFA en particulier, bénéficient de cette autonomie. Ils sont capables de recueillir un grand nombre de données qui leur agréent des avantages pour traiter et analyser, par des processeurs expérimentés, l’information et l’intelligence de l’information.

Illustration montrant la position de leader des Etats-Unis et de la Chine en IA.

Prenons le cas de la DGSI. En 2017, pour pallier au manque d’équipement en matière d’interfaces permettant d’analyser et de visualiser les données, le service de renseignement intérieur français a fait appel au numéro un du Big Data : Palantir. Cette startup américaine spécialisée dans le Big Data a signé un contrat de 10 millions d’euros, en accord avec la DGSI. Rappelons que son premier investisseur n’est autre qu’In-Q-tel, le fond d’investissement de la CIA et qu’il travaille également en étroite collaboration auprès des services de la NSA.

Une volonté pour la France d’accroître son autonomie à travers l’IA

Le 14 janvier dernier, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, a annoncé la volonté de renforcer la protection des secteurs stratégiques français, notamment dans le domaine des nouvelles technologies. Ce dernier a déclaré à ce sujet : « Nous sommes une nation ouverte. Nous voulons construire une France attractive. Mais ouverture ne veut pas dire pillage de nos technologies, de nos compétences, de nos savoirs-faire. Les investisseurs étrangers sont les bienvenus. Ils doivent simplement savoir que ces investissements obéiront désormais à des règles claires ».

Emmanuel Macron a ajouté qu’il favoriserait l’émergence des startups françaises dans ce domaine. De plus, le gouvernement souhaite entretenir une connivence et une synergie entre les entreprises françaises privées et publiques. En ce sens, il est intéressant d’étudier le cas de l’entreprise Naval Group (ex-DCNS). Cette entreprise d’Etat est devenue une société anonyme de droit privé en 2003, spécialisée dans l’industrie navale de défense et les énergies marines renouvelables. Cette entreprise a noué un certain nombre de partenariats stratégiques avec des agences et des laboratoires publics, notamment avec l’Office Nationale d’Etudes et de Recherches Aérospatiales (ONERA) en 2016. Naval Group réalise également des projets avec l’Institut National de la Recherche en Intelligence Artificielle (INRIA).

En 2018, la Ministre des Armées Florence Parly, a officialisé le lancement du plan d’étude amont Man Machine Teaming (MMT). Cette étude confiée par la Direction Générale de l’Armement via Dassault aviation, Thales, Naval Group, Open Innovation, des instituts de recherche, des PME et des start-up, vise à développer les technologies d’IA nécessaires au futur de l’aviation de combat dans le but de constituer un système aérien cognitif. Cette initiative vise à repenser l’autonomie de la machine et son interaction avec l’humain.

Ce qu’il faut retenir

Finalement, nous constatons à l’aide de ces exemples que la France se donne les moyens pour relever le défi de l’IA. Néanmoins, sera-t-elle capable de devenir autonome dans le domaine des nouvelles technologies, notamment à travers l’Intelligence Artificielle ? Sera-t-elle capable, à l’avenir, de contrôler et de sécuriser ses secteurs stratégiques ? Par l’intermédiaire de ses entreprises publiques et privées, spécialisées dans le secteur des nouvelles technologies, la France parviendra-t-elle à se hisser à la hauteur des Etats-Unis et de la Chine ?

Louis DOLBEAU


Sources :

 

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