Interview d’Alice Guilhon et Nicolas Moinet : « Intelligence Economique S’informer, se protéger, influencer »

Résumé :

L’intelligence économique est devenue depuis la fin du XXe siècle une des pièces maîtresses de la stratégie des entreprises, des territoires, et des Etats. Ses apparitions régulières dans les médias, ainsi que les ouvrages écrits sur le sujet, prouvent qu’il est impensable aujourd’hui de conduire une entreprise, un projet ou une politique sans adopter et utiliser les méthodes de l’intelligence économique. Faire de l’information un avantage stratégique… Tel est le crédo de l’intelligence économique (IE), dynamique collective qui met en musique des actions de renseignement ouvert (et donc légal), des stratégies d’influence et des mesures de sécurité économique. Se définir comme un expert en IE reste malgré tout un véritable défi. Le sujet est un champ multidimensionnel et multidisciplinaire qui appelle un savoir « encyclopédique » pour maîtriser tous ses aspects. A moins que la clé ne soit dans la mise en commun des connaissances. Car si la compétence est individuelle, l’intelligence est nécessairement collective.

D’où le choix de ce manuel d’unir et réunir les représentants de toutes les familles de l’Intelligence Economique dans une démarche à la fois pédagogique et originale en couvrant toutes les dimensions de ce nouveau mode de management et de stratégie en entreprise mais aussi en proposant d’adopter une nouveau regard sur la compétition économique. Vous trouverez ainsi dans cet ouvrage de référence des analyses riches et exceptionnellement informatives écrites par les experts les plus reconnus dans leur domaine. Fort de sa réputation de leader mondial de l’édition, Pearson propose un véritable manuel qui vous laisse la possibilité d’opter pour une lecture linéaire ou de piocher dans la mosaïque des sections permettant d’approfondir vos connaissances.

Trois grandes parties composent ainsi ce manuel :

– la première traite de l’IE en France et de son utilité pour définir des stratégies dans un monde globalisé ;

– la deuxième présente les trois dimensions de l’IE – s’informer, se protéger et influencer ;

– la troisième partie analyse l’IE en action, sa place actuelle et à venir dans les organisations ainsi que sa contribution à l’émergence de nouveaux talents.


Les 36 auteurs :

Sous la direction d’Alice Guilhon et de Nicolas Moinet : Camille Alloing, Bernard Besson, Emmanuel Bloch, Olivier Chardavoine, Danièle Chauvel, Olivier Coussi, Stéphanie Dameron, Carole Dautun, Christophe Deschamps, Florian Favreau, Pierre Fayard, Rémy Février, Ludovic François, Anthony Gour, Christian Harbulot, Olivier Hassid, Jean-Marc Huissoud, François-Bernard Huyghe, François Jakobiak, Ludovic Jeanne, Alain Juillet, Anne Krupicka, Brigitte Lacroix, Benjamin Lehiany, Frédéric Le Roy, Yolaine de Linares, Olivier de Maison Rouge, Christian Marcon, Stéphane Mottet, Renaud Prouveur, Claude Revel, Fabrice Roubelat, Henri Samier et Romain Zerbib.

Alice Guilhon : Directrice générale de Skema Business School, elle est titulaire d’un doctorat en sciences de gestion de l’université de Montpellier I en 1993, ainsi que d’une habilitation à diriger les recherches soutenue à Montpellier I en 1998. Auditrice à l’Institut National des Hautes Études de Sécurité (1999) et à l’Institut des Hautes Études de la Défense Nationale (2003), Alice Guilhon était entre 1993 et 2000 maître de conférences à l’université de la Méditerranée (Aix-Marseille II). Elle devient doyenne de la recherche, doyenne du corps professoral, puis directrice déléguée et enfin directrice générale du CERAM, jusqu’à la création de Skema, qu’elle a conduite en 2009.


Nicolas Moinet : Ancien consultant en intelligence économique. Docteur en sciences de l’information et de la communication, HDR, il est professeur des universités à l’IAE de Poitiers, où il est responsable du master Intelligence économique. Formateur et consultant pour des entreprises et institutions, il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles académiques ou professionnels sur le management de l’information stratégique. Il est également diplômé de l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ).

A l’occasion de la sortie de cet ouvrage, nous avons posé quelques questions à Alice Guilhon et Nicolas Moinet :

Vous avez réussi à réunir des personnes aux idéologies différentes, certains défenseurs de la coopétition, d’autre de la guerre économique… Est-ce là la force de ce manuel ?


Sans aucun doute. Nous avons effectivement voulu associer toutes les familles de l’IE mais également toutes les générations, des pionniers aux jeunes professionnels. Certes, tout le monde ne pouvait contribuer et il a fallu faire des choix. Mais aucune tendance n’est oubliée afin de s’enrichir des différences et montrer la grande diversité de cette communauté qui se développe depuis plus de vingt ans. Au-delà de l’IE, la France souffre trop souvent de ses divisions et il est vital de jouer collectif.


Comment ce livre peut-il aider un chef d’entreprise dans sa stratégie ? Et quelle place accorderiez-vous à l’IE dans la stratégie globale d’une entreprise ?

L’IE est une dynamique collective qui vise, par un usage stratégique de l’information, à gagner en agilité. S’informer, se protéger et influencer appellent une démarche proactive, un management de la connaissance participatif et la mise en œuvre de méthodes et d’outils. Cet ouvrage offre à la fois un cadre théorique et des apports pratiques à tous les décideurs. Bien entendu, cette agilité concerne au premier chef les entreprises mais aussi les collectivités territoriales et les Etats.


En quoi l’IE peut-elle justement intéresser un Etat ?


L’Etat est un acteur économique essentiel C’est pourquoi l’IE « à la française » a longtemps été une politique publique : protéger ses entreprises stratégiques, sensibiliser les PME à la sécurité économique, créer des synergies en terme de circulation de l’information entre le public et le privé, faire du lobbying et développer des stratégies d’influence au bénéfice de ses entreprises et de ses territoires. Depuis deux ans, cette politique publique bat néanmoins de l’aile en se limitant aux aspects sécuritaires, nécessaires mais non suffisants. De ce point de vue, ne pas la relancer après les élections serait une erreur stratégique. Les américains ou les chinois, par exemple, savent parfaitement faire de l’usage stratégique de l’information un avantage compétitif pour leurs entreprises : cela va d’un protectionnisme intelligent à des stratégies d’influence très élaborées en passant par le renseignement économique ouvert et un réel management des connaissances.


L’IE est-elle accessible à tous les types d’entreprises ?


Oui dès lors qu’elle a au moins un concurrent. Plus sérieusement, l’IE est d’abord une question de management et ne nécessite pas nécessairement beaucoup de moyens. Etre plus agile, c’est être capable de traiter intelligemment les informations disponibles pour les transformer en connaissances actionnables. Cela demande certes quelques outils (de veille par exemple) mais surtout une réflexion stratégique et des modes d’organisation adaptés. Et les exemples ne manquent pas de petites entreprises qui dament le pion à de plus grosses, par exemple en influençant des normes ou en faisant de ses clients ses sources d’information privilégiées pour innover. Une chose est sûre. Dans ses aspects défensifs (protection de son patrimoine immatériel : informations, image, savoir-faire), toutes les entreprises sont concernées, ont été ou seront attaquées. L’intelligence économique, c’est comme la politique. Si vous ne vous occupez pas d’elle, elle s’occupe de vous. A bon entendeur…

Quel avenir voyez-vous pour ce concept d’IE, avec les perpétuelles innovations en termes de nouvelles technologies?


L’IE a encore de beaux jours devant elle car dans un monde d’hyper-compétition, ce sont les facteurs immatériels qui font la différence. L’IE appelle avant tout une culture et une posture qui restent à diffuser et à développer. Les technologies modifient profondément l’économie mais il faut se garder néanmoins de tomber dans l’illusion technologique car en bout de chaîne, il y a toujours l’humain.

N.B. : Les droits d’auteurs de cet ouvrage sont intégralement reversés pour le financement d’une thèse de doctorat dont le champ de recherche ou l’objet d’étude sera l’intelligence économique.

Propos recueillis par Simon Picard

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