L’Impact Investing, une alternative intéressante aux investissements traditionnels

Introduit en 2007, l’Impact Investing couvre désormais un marché estimé à 100 milliards de dollars. Ce nouvel « outil » à disposition des investisseurs vise à combiner la dimension économique et la dimension sociale.

Impact Investing

La création d’un ministère délégué à l’Economie Sociale et Solidaire (ESS), rattaché au ministère de l’Economie et des Finances, témoigne de l’intérêt croissant pour ce secteur, qui ne cesse de se développer en France. C’est dans ce contexte que la Banque Publique d’Investissement (BPI) a vu le jour fin 2012. Véritable outil de croissance, cette dernière vise à soutenir le financement des Petites et Moyennes Entreprises (PME) et notamment celle issues de l’ESS.

Aujourd’hui, le secteur de l’économie sociale et solidaire est marqué par deux tendances majeures : l’essor d’entreprises sociales aux côtés des structures traditionnelles à but non lucratif (type association) et la diversification de ses propres sources de financement. En effet, ce secteur fait désormais davantage appel aux fonds privés (fonds de placement, entreprises, particuliers, etc.).

L’Impact Investing, littéralement investissement d’impact, est un terme désignant des investissements qui cherchent à conjuguer « impact social et rendement financier ». L’Impact Investing se distingue des autres types d’investissements qui visent uniquement la rentabilité financière.

Impact Investing et ESS

Le secteur de l’ESS suscite depuis maintenant plusieurs années un regain d’intérêt de la part des pouvoirs publics et des acteurs économiques notamment privés (BNP, Areva, etc.) ont recours à ce type d’investissement, souvent pour des questions d’image. Mais ce type de nouvel investissement est-il viable, cohérent avec les valeurs de l’économie sociale et solidaire ? Si oui, peut-il avoir un impact sur les résultats financiers d’une société ?

Si la rentabilité comme finalité de l’investissement est établie, l’investissement doit être adapté au secteur de l’économie sociale et solidaire, ainsi qu’à ses usages. Il va de soi que dans le secteur de l’ESS les Retours sur Investissement (ROI) sont plus lents : la majorité des acteurs ne souhaitent pas seulement accroître leur taille sur les marchés. D’ailleurs, le Taux de Rentabilité Interne (TRI) est bien plus long que la majorité des investissements dits « classiques ». Il serait de l’ordre de cinq ans au minimum selon des études menées par des experts indépendants mandatés par le gouvernement.

Une étude réalisée en avril 2012, par « OpinionWay », a mis en évidence les caractéristiques de l’Impact Investing en France. Ainsi, le montant moyen investi serait de 250 000 euros par entreprise. La durée moyenne de l’investissement serait quant à elle de cinq ans pour une rentabilité visée entre 2-7%. Les fourchettes de financement et la rentabilité varient en fonction du type d’investissement effectué. (Lien vers l’étude)

L’exemple d’Alter Equity

Alter Equity, un fond d’investissement privé qui concilie rentabilité et impact social positif, témoigne de l’engouement croissant pour l’Impact Investing. En effet, cette société a lancé courant 2013 une levée de fonds auprès de BNP Paribas, de Bpifrance ou encore de la CFDT. Plus de 21 millions d’euros ont été récoltés. Cette organisation ambitionne de relancer une levée de fonds pour attirer de nouveaux investisseurs.

Concrètement, Alter Equity investit des sommes allant de 500 000 à 3 millions d’euros dans des PME qui répondent aux critères de l’Impact Investing. Il est hors de question de financer des activités dont les pratiques sociales seraient sujettes à caution. Certaines des PME financées affichent d’excellents résultats. C’est le cas de « BOHO Green », le premier investissement réalisé par le fond à hauteur de 950 000 euros. Cette entreprise fabrique des produits de maquillage bio, à un prix accessible, afin de permettre au plus grand nombre de femmes d’avoir accès à des produits de beauté plus respectueux de leur santé.

Aujourd’hui, cette entreprise emploie une vingtaine de personnes handicapées et verse 1% de son chiffre d’affaires à des organismes de protection de l’environnement. Par ailleurs, c’est aussi une PME qui, après seulement trois ans d’existence, réalise un chiffre d’affaires de plus d’un million d’euros, en hausse de 25% sur les neufs derniers mois. Tout le monde est gagnant dans l’histoire puisque BOHO Green s’est engagé à reverser à Alter Equity un rendement net de 10%.

QUID de l’impact Social ?

L’impact financier est relativement simple à mesurer notamment grâce aux différents outils traditionnels de la finance. La mesure de l’impact social est quant à elle plus délicate à étudier. Il y a de nombreux paramètres à prendre en compte, et qui peuvent varier d’un projet à un autre. Comment est-il possible de matérialiser cet impact social ? Il est plus complexe à évaluer puisque l’on s’intéresse à des objectifs et des résultats difficilement quantifiables dans lesquels entrent forcément des jugements de valeurs subjectifs.

A l’heure actuelle, un consensus émerge sur les best practices de l’impact social, bien que les méthodes ou instruments ne soient pas encore uniformisés. En effet, c’est un préalable nécessaire « à la consolidation de l’investissement d’impact à la fois en France et en Europe ».

Voici deux méthodes fréquemment utilisées :

L’EVPA (European Venture Philanthropy Association)
Le plus important réseau d’investisseurs sociaux européens a publié un guide pratique pour la « mesure et la gestion » de l’impact social. Ce dernier rassemble les contributions de vingt-sept experts. Il permet de conseiller à la fois les investisseurs en quête de sens pour leurs investissements et les organisations à but social pour mesurer plus efficacement leur impact.
Ce guide met donc en évidence la majorité des instruments et outils utilisés pour mesurer l’impact social. Ils partagent les mêmes variables qui peuvent se résumer en cinq étapes :

Cycle Mesurer L'impact

 

1. Fixer des objectifs, à la fois au niveau de l’investisseur et de l’entreprise sociale

2. Analyser les parties prenantes, c’est-à-dire comprendre leurs attentes, et l’impact potentiel que l’investissement peut avoir sur leur pérennité

3. Mesurer les résultats, à savoir déterminer les attentes en matière de résultats et d’impact et sélectionner des indicateurs de mesure

4. Vérifier et estimer l’impact, c’est-à-dire voir si l’impact a eu lieu comme prévu et quelle valeur lui accorde les parties prenantes

5. Monitoring et Reporting

Le Social Return on Investment (SROI), littéralement retour social sur investissement.
Cette méthode va permettre de « valoriser de façon monétaire les impacts sociaux générés et les comparer aux investissements nécessaires pour la réalisation du projet pour obtenir un ratio ». Ce dernier représente alors le rendement social de l’investissement. Par exemple, un ratio de 3 signifie que 1 euro investi a permis de générer 3 euros en valeur sociale.

Ashan Amanat


Sources principales :

http://www.lesechos.fr/10/04/2015/LesEchos/21916-131-ECH_alter-equity-leve-33-millions-d-euros-de-capital—responsable–.html

http://www.economie.gouv.fr/files/files/PDF/RapportSIIFce_vdef_28082014.pdf

http://www.lecomptoirdelinnovation.com/5_qu-est-ce-que-l-impact-investinghttp://www.capsenss.eu/publications/impactinvesting

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