IE de terrain et sécurité des hommes

Dans la nuit du mercredi 23 au jeudi 24 novembre, deux français ont été enlevés au Mali. Ils ont disparu dans une zone où « les autorités françaises […] déconseillent tout déplacement, sauf motif impérieux, notamment d’ordre professionnel, et après avoir informé l’Ambassade de France à Bamako ». Alors qu’après quelques jours les contradictions sur leur identité et fonction (véritables géologues ou anciens « mercenaires ») font déjà polémique, une autre question se pose : quid de la sécurité de nos collaborateurs à travers le monde ?

Apparemment sur place pour compléter une étude géologique datant de plus de 30 ans, au profit d’un projet de lancement d’une cimenterie à Hombori au sud du Mali, les deux hommes ont disparu sans laisser de traces. Pour l’heure, différentes informations montrent que les auteurs de l’enlèvement ne sont pas forcément liés à Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique). Pour autant, les deux hommes finiront certainement par devenir une monnaie d’échange lucrative pour des groupuscules locaux, auprès de l’organisation islamique.

Quelles sont les raisons qui ont poussé ces deux hommes à poser le pied sur un sol où la preuve de la présence de groupes armés, la menace du banditisme et d’enlèvement n’est plus à faire ? Une zone dans laquelle tout déplacement terrestre implique un danger et est fortement déconseillé ?  La mise en place de principes essentiels de prudence n’est évidemment pas suffisante. Dans ce cas, si on se place du côté de l’entreprise de construction malienne qui emploierait les deux Français, il n’y aurait pas vraiment d’alternative. Au vu de l’avancement actuel de l’affaire, il semble que des éléments géologiques importants manquaient au dossier commercial. Eléments qui conditionnaient l’éventuelle construction de la cimenterie.

Une recherche d’information difficile

Cette affaire permet aussi donc de mettre en relief la difficulté que l’on peut parfois rencontrer lors d’une recherche d’informations. Ceci est d’autant plus vrai lorsque l’on se trouve dans des pays sensibles, comme c’est le cas ici. En effet, les sources documentaires ou les contacts fiables sur place n’existent pas toujours. Le terrain reste parfois la seule solution des experts pour récolter une information fiable sur laquelle les décideurs peuvent s’appuyer. Quelle que soit la veille qui est mise en place, la recherche de données pertinentes économiques, juridiques, sociales, commerciales ou ici géologiques, ne peut pas toujours être intégralement effectuée à distance. En effet, le manque de fiabilité des partenaires, ou encore la pression et la corruption qui est susceptible d’avoir lieu sur place, peuvent laisser planer un doute, pas toujours tolérable, quant à la qualité et à la véracité de l’information fournie. Pourtant l’étendue des opportunités et des menaces doit être identifiée avant de se lancer dans un projet important. Le risque est ici de faire vaciller l’entreprise qui aura prise les mauvaises décisions, car basées sur de mauvaises informations. L’IE de terrain est donc parfois indispensable.

Quelle est la solution ?

Si la question concerne la sécurité des hommes, une prise de risque raisonnable devrait être envisagée, pour ne pas mettre en danger ses collaborateurs. De nombreux outils existent pour connaitre le niveau de dangerosité d’un pays. Tout d’abord le Ministère français des Affaires Etrangères informe des pays dans lesquels les séjours sont fortement déconseillés, explicitant les risques encourus et les précautions à prendre. Il est mis à jour très régulièrement et informe quasiment en temps réel sur les derniers évènements qui pourraient mettre en cause la sécurité des étrangers sur place (apparition d’un conflit, coup d’Etat…).

Autre lien intéressant, celui du Global Peace Index. Conçu par The Institute for Economics and Peace ainsi que d’autres think tanks et experts internationaux, il classe 153 pays suivant leur degré de paix, en se basant sur 23 indicateurs. Ces derniers prennent en compte un grand nombre d’éléments, de l’intensité des conflits sur le territoire aux importations d’armes, en passant par la population emprisonnée ou la potentialité d’actes terroristes.

Pour le moment, cet enlèvement n’a pas été revendiqué, même si les heures qui précèdent un éventuel message d’Aqmi, sont peut-être comptées. Il est également utile de rappeler que quatre autres français, tous employés d’Areva, sont toujours détenus au Niger depuis septembre 2010, après avoir été enlevés dans le cadre de leur travail.

Julie Prolhac

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