Manifestations étudiantes et fake news : le cas de l’Université Tolbiac

En France, le printemps 2018 annonce un climat social tendu. Les confrontations entre différentes entités et le gouvernement éveillent les esprits. Les médias s’emparent alors de la situation en relayant des informations relatives aux faits. Certains, peu scrupuleux, ont malencontreusement diffusé des fake news qui rajoutent de l’huile sur le feu. Retour sur la rumeur de l’étudiant gravement blessé suite à l’évacuation de l’Université Tolbiac.

La situation

Depuis plusieurs semaines, des étudiants, partout en France, haussent la voix pour exprimer leur mécontentement. Le dénominateur commun et point de départ de ces mouvements sociaux étudiants est la réforme Parcoursup à laquelle ils s’opposent fermement.

Source : https://bit.ly/2HUhmMU

La mobilisation dure depuis 3 semaines maintenant, et le mouvement revêt désormais un aspect protéiforme. Ce climat de grève universitaire s’est effectivement développé dans une ambiance sociale particulière. Les événements de Notre-Dame-des-Landes, le mouvement de grève des cheminots, des hospitaliers ou encore la colère des fonctionnaires ont constitué un mélange détonnant pour faire exploser les revendications des étudiants. Toutes ces protestations bouillonnent alors en même temps. Ce qui aurait pu être une opportunité d’union revendicatrice face à l’exécutif semble au contraire desservir les différentes entités engagées, qui parviennent difficilement à conjuguer leurs forces pour se faire entendre.

D’après le ministère de l’Enseignement supérieur, quatre universités sont entièrement bloquées et une dizaine de sites connaissent de sérieuses perturbations dans cette période de grèves.

Une quête de reconnaissance à tout prix

Malgré tout, les étudiants impliqués dans cette tourmente cherchent naturellement à faire entendre leur parole. Ils multiplient les actions de grève qui sont alors reprises par les médias, à l’affût de toute nouvelle information à diffuser au grand public.

Parfois cependant, les opportunités d’offrir une information inédite à la population prennent le pas sur la véracité des faits. Ce fut le cas le vendredi 20 avril dernier avec le journal en ligne Reporterre qui a dévoilé une rumeur qui s’est diffusée à grande vitesse, aussi bien sur internet qu’à la radio ou encore à la télévision. Cette rumeur indiquait qu’un occupant de la faculté Tolbiac aurait été « gravement blessé dans une chute ». Suite à l’évacuation « violente » par la police de ses occupants, il aurait en effet été « déséquilibré par un policier, serait tombé de plusieurs mètres de hauteur, selon des témoins. » Le témoignage d’une personne qui aurait assisté à la scène nous est même proposé : « Un baqueux lui a chopé la cheville. Ça l’a déséquilibré, et le camarade est tombé du haut du toit, en plein sur le nez. On a voulu le réanimer. Il ne bougeait pas. Du sang sortait de ses oreilles… ».

Source : https://bit.ly/2HvkAqG

Si la description de cette scène sanguinolente semble plausible, il n’en est rien. Il s’agit bel et bien d’une fake new, partie d’un mensonge de la part d’une témoin pas fiable, indique le média Reporterre en faisant machine arrière suite à une enquête. Certains manifestants avaient pourtant crié au mensonge d’Etat lorsque la Préfecture et les hôpitaux démentaient les faits.

Ce qui était alors destiné à donner du crédit à la situation, par les étudiants et en leur faveur, vient finalement discréditer leur engagement et la valeur même de leur mobilisation.

La désinformation, un paradoxe à l’Université

Les fake news de ce type n’entravent pas seulement l’image des manifestants. Elles entravent également les possibilités de fédération avec les autres mouvements grévistes du moment. Témoigner de tels faits erronés au profit d’une meilleure aura produit bien souvent l’effet inverse lorsque la vérité vient à éclater. Ici, les occupants de l’Université Tolbiac risquent de voir leurs actions désormais mal considérées par la population, bafouant tous les efforts entrepris jusqu’à ce jour.

Source : https://bit.ly/2r3EBKJ

L’Université, pourtant, est un lieu de diffusion du savoir. On y apprend pour s’enrichir, en discernant le vrai du faux, tout en se forgeant un esprit critique que la désinformation altère. L’Université nous protège du danger de cette désinformation à laquelle nous pouvons être exposés, comme un « rempart aux fake news ».

Pourquoi des étudiants ont-ils alors proclamé de tels mensonges dans cette situation de grève, se retournant contre eux dans la foulée ? Le quotidien Libération a laborieusement enquêté sur la question, en réussissant toutefois à obtenir des explications de la part d’une étudiante, un des trois témoins qui ont lancé la rumeur. Celle-ci avoue avoir menti, sans pour autant démentir l’existence d’un blessé grave : « Je ne suis pas un témoin visuel. Les témoins ne veulent pas parler aux médias, c’est pourquoi nous relatons les faits. ». Seuls l’excitation, la peur et la colère pourraient alors expliquer ce dérapage de la part des manifestants.

Rappelons pour finir que les fake news représentent un réel danger face auquel nous devons nous prémunir. Pour en savoir plus, je vous invite à parcourir notre article « Fake news, la nouvelle guerre de l’information » dédié à ce sujet, rédigé par Nicolas Bretagne. Vous y trouverez notamment certaines clés pour décrypter l’information et savoir déceler les fake news en question.

Louis ARNAUD


Sources :

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